Loulou de Versailles

Loulou s’ennuyait.

Encore la chaleur accablante d’un jour d’été. Mais rien d’autre.

— « Tiens, je vais écrire « Rien » dans mon agenda à la date d’aujourd’hui. Quel jour sommes-nous d’ailleurs ? Et où j’ai fourré mon Quo Vadis ? Ce que je peux être étourdi ! J’espère que je ne perds pas la tête. Ah ! Sous le coussin, bien entendu, comme d’habitude. Il faudra que j’écrive dans mon agenda de toujours chercher mon agenda sous le coussin rouge. Alors, voyons… 14 juillet… Bon, une date comme une autre. Je préfère le seize perso. Je vais demander qu’on organise un truc après-demain. Genre de la musique avec des lumières. Toinette aime bien les lumières. Ainsi j’aurai une chance de la voir. Ma femme, tu parles ! Elle passe sa vie dans son petit village reconstitué. Quelle connerie ce machin ! En plus, ça m’a coûté une blinde. Elle commence à me courir l’Autrichienne avec ses caprices de star. C’est vrai que c’est une star, au fond. Mais son Suédois, qu’est-ce qu’il m’énerve !

Je me demande ce qu’il y a à manger ce soir. J’espère qu’il y aura de la brioche. Allez, demain je commence un régime. Même mon cheval Bastillou fait la gueule dès que j’approche. Je l’aime bien pourtant mon embonpoint. Trop maigre, ça fait pauvre.

Ce que je m’ennuie ! Je n’en peux plus. Si seulement un événement important pouvait survenir. Tiens une guerre… Non, ce n’est plus aussi populaire que jadis. Alors quoi ? Chasser ? Mais non, je déteste cela. Une gourgandine ? Bof, pas envie. Heureusement qu’il me reste cette serrure trois points. Une sacrée coriace celle-ci. Si j’en viens à bout, je dépose un brevet. Je connais deux ou trois usurier qui seraient prêts à débourser quelques écus pour mettre à l’abri tout le reste. Et si j’abdiquais ? Toinette en ferait une jaunisse, ce serait rigolo. C’est qui le suivant sur la liste au fait ? Mon frangin sans doute, cette grande andouille. Je ne lui ferai pas ce plaisir. Louis dix-sept. Beurk, c’est moche. Bon je reste. C’est une bonne place. A vie en plus. Et j’ai de bons gènes, les hommes font de vieux os dans la famille ».

Loulou regarde par la fenêtre en soupirant. Les jardins sont calmes au crépuscule. C’est vraiment joli Versailles. Un peu pompeux peut-être. Mais le peuple aime le clinquant. Ah le peuple ! Heureusement qu’il est là lui.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

3 commentaires sur “Loulou de Versailles

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