Conseils d’orientation

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me souviens.

Quand j’étais petit, j’étais fasciné par Marcel. Marcel conduisait le camion-poubelle qui ramassait les ordures deux fois par semaine dans la rue. Je voulais grandir pour lui piquer sa place. Je trouvais qu’il exerçait un merveilleux métier, sans avoir à tripoter les saloperies comme ses deux camarades accrochés à l’arrière. Je ne voyais que son buste recouvert d’un t-shirt blanc sans manches, été comme hiver. Un jour, j’ai appris que l’on appelait cela un marcel. Ouaw ! La classe ! Un t-shirt portait son nom. Lorsque l’on me demandait ce que je voulais faire quand je serais plus grand, je répondais sans hésiter : chauffeur du camion-poubelle. J’avais même écrit un petit texte que je vous livre in extenso.

« Quand je serai grand je m’ferai la belle

Au volant d’mon camion-poubelle ».

Je possédais déjà mon petit talent.

Plus tard, j’abandonnais cette idée saugrenue pour affirmer à mes grands-parents que mon désir le plus cher était d’assurer leur succession. Ils possédaient un magasin de rideaux et tissus d’ameublement, mais surtout ils faisaient les marchés trois ou quatre fois par semaine. Et j’adorais cela. Le seul petit hic, dans mon esprit d’enfant, c’est qu’ils n’avaient jamais voulu investir dans un camion-magasin. Et ce véhicule, au milieu des années 70, c’était la classe absolue. Du haut de mon mètre trente-deux, je voyais déjà le gros avantage du camion-magasin : l’économie de temps et de sueur. Je ne désirais pas non plus vendre du tissu au mètre. Mon rêve était de posséder un bazar comme madame Jaioubliésonnom. Tu m’étonnes ! A huit ans, je ne voyais que la marchandise qui me faisait fantasmer. Tout un tas de cochonneries en plastique, dont une formidable collection de pistolets à eau. Hélas, mes parents n’avaient pas la même vision de l’avenir que moi. Ils voulaient que j’fais des études (hommage à Coluche).

Et, au final, ces études sont la plus belle connerie de ma vie. Je décrochais, laborieusement, une licence de Lettres Modernes, mais je n’envisageais pas une seconde de devenir enseignant, étant donnée mon aversion de l’école depuis toujours. Je lorgnais du côté de l’administration. Un jour, j’appris que j’étais admissible au concours de receveur des postes. Autrement dit, guichetier. Le premier oral de l’admission se passe à merveille (compréhension de texte). Alors que j’attendais de passer le second examen, histoire, j’eus une vision d’horreur. Une veste en velours avec des coudières et une éponge à humecter les timbres. J’ai paniqué. Lorsque j’ai tiré le sujet d’histoire (la colonisation française de 1870 à 1914, l’un des cinq sujets qu’il fallait bosser), mon cerveau a bogué.

— « La France avait des colonies en Afrique pour avoir des bananes pas chères et en Asie parce que le général de Gaulle adorait les rouleaux de printemps. Voilà, j’ai fini.

— …

— …

— Dites-moi monsieur…

— Oui madame ?

— Vous ne croyez pas que nous aurions gagné du temps, vous et moi, si vous m’aviez dit d’emblée, que ce concours ne vous intéressait pas ? »

Ceci dit avec un large sourire.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

3 commentaires sur “Conseils d’orientation

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s