Cinéphobie

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours adoré le cinéma.

Pourtant, je ne viens pas d’une famille cinéphile. En quinze années de vie à cinq, nous sommes allés, tous ensemble, au cinéma, une seule et unique fois. Je devais avoir une douzaine d’années et nous nous sommes déplacés à Brest (45 kms) pour assister à une projection cinématographique. C’était tellement inattendu que je m’en faisais une joie que vous ne pouvez pas imaginer.

Je ne me suis jamais autant ennuyé de ma vie. Il s’agissait du film « Le Crabe-Tambour ». « Le Crabe-Tambour » putain ! Ce titre stupide aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Je suppose que mon géniteur appréciait Pierre Schoendoerffer, auteur de « La 317è section », militariste et colonialiste patenté. J’ai tellement détesté cette projection que je n’en ai pas parlé aux copains qui allaient voir les films des Charlots ou ceux avec De Funès qui m’étaient interdits sous prétexte de pauvreté intellectuelle.

A chaque période de vacances, mes parents se débarrassaient de leurs gosses trop encombrants. J’atterrissais souvent chez ma tante adorée qui me faisait visiter les châteaux de la Loire et qui m’emmenait au cinéma voir des films de mon âge (« Un candidat au poil », « Quatre bassets pour un danois », « Bernard et Bianca » entre autres). Ou alors, je débarquais chez mes grands-parents qui me laissaient libre de mes après-midi que je passais au cinéma. Je me souviens d’avoir vu « L’été meurtrier » deux fois et « Tootsie » deux fois, car la programmation peinait à se renouveler (et parce que madame Adjani est fort jolie).

Plus tard, lors de mes années fac, il m’est arrivé d’avoir vu tous les films à l’affiche dans les cinémas de Brest, soit une bonne vingtaine. En effet, j’étais plus souvent assis dans une salle obscure que dans un amphithéâtre lumineux. Comme je ne bénéficiais pas de finances extensibles, je reconnais, la honte au front, que je grugeais allègrement. Il suffisait de se planquer à la fin du premier film, ticket payé celui-là, pour se faufiler dans une autre salle à la séance suivante. Personne ne vérifiait jamais. Il m’est arrivé de voir quatre films à la suite. Si vous étiez exploitants de salles de cinéma à Brest dans les années 80, je vous dois plein de sous. D’autant que mon pote et moi nous fournissions en pq également. Ah jeunesse, que de délits commet-on en ton nom !

Lorsque j’ai touché mon premier salaire, je me suis précipité chez le premier revendeur pour m’abonner à Canal+. Pendant dix ans, j’ai vu au moins un film par jour, hors période estivale. Je regardais tout. Sans exception. Quelques années de fidélité, et je me trouvais l’heureux détenteur d’un abonnement incluant Canal+Cinéma, le pied intégral. En trente ans de Canal+, j’ai calculé, à la louche, J’ai vu dix mille films.

Tout en écrivant, je me rends compte que si je deviens peu à peu cinéphobe, c’est à cause d’une indigestion.

Plus je vieillis moins les films trouvent grâce à mes yeux. Je me détourne du cinéma. En six mois, je considère avoir vu deux excellents films, « Edmond » et « ADN »… Plus ça va, moins j’arrive à rester collé face à ma télé pour ingurgiter des kilomètres de pellicule. Presque tous les films m’ennuient. Sauf ceux de Lelouch et Sautet. L’honneur est sauf. Mais, je les connais tous par cœur.

Bientôt je regarderai la chaîne parlementaire, j’écouterai du Telemann, et je lirai une biographie de Pierre Joxe.

Chienne de vie !

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

10 commentaires sur “Cinéphobie

  1. Cinéphobe je suis. Je ne regarde jamais la télévision non plus. Elle a un talent inouï à me fâcher en moins d’une minute. Il y a des alternatives à Télérama et à la politique papier peint passé. Non, pas les livres. Je suis dyslexique. La musique, la marche, les dessins, le jardin, les copins-ines, publier de ce de là, chercher un gîte dans le Jura pour juin 2022 …
    Douce et souriante journée à toi, Gifnem29.

    Aimé par 2 personnes

  2. moi je vais assez peu au ciné et du coup je garde mon âme d’enfant prompte à prendre plaisir. Quelque soit la qualité de la pellicule ou du jeu. je trouve qu’il y a souvent quelque chose à sauver d un film. est ce que tu as vu the father ? description d un alzheimer en pkongeant dans la ou plutôt les réalités du malade. émouvant glaçant parfois drôle : excellent

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  3. Le plus beau film que j’ai vu étant enfant c’était « Fantasia » (le vrai, le premier) qui m’a aussi fait découvrir la musique classique (alliée à l’image, je trouvais ça splendide !), je n’ai jamais retrouvé cette magie de la découverte cinématographique.
    Dans les salle de cinéma d’art et d’essai : je dors merveilleusement bien. J’y accompagnais souvent un ami dont c’était la seule sortie, alors pour faire plaisir… (il faut savoir sacrifier de temps en temps un peu de son temps pour les vrais amis !)
    Je suis la honte de ton groupe de fins connaisseurs, mais tant pis !

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  4. Moi j’aurais bien aimé le cinéma si ça n’allait pas trop vite, j’ai à peine le temps de voir une scène que ça passe à une autre. Le seul genre qui me va à peu près ce sont les films mongoles, là j’ai le temps de tout voir, mais malgré tout ça m’arrive aussi de m’endormir devant.

    Aimé par 1 personne

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