Dormition

L’été nazaréthéen était étonnamment frais. A peine 42° à l’ombre, à midi. Marie, redoutant d’attraper froid, choisit de vêtir une petite laine pour aller rendre visite à Anne, sa mère, à l’EHPAD des Miracles. Elle hésita à attendre un chameau en commun, mais décida qu’un peu d’exercice lui ferait du bien vu qu’elle souffrait de lourdeurs aux jambes.

Les rues poussiéreuses de la ville étaient désertes. Marie pressa le pas car, bien que le soleil ne se coucherait pas avant quatre bonnes heures, depuis quelques années le quartier n’était plus aussi sûr. Des bandes d’illuminés tentaient de convaincre les badauds de les rejoindre pour aller propager la bonne parole. Marie était contrariée car c’est son propre fils et ses tours de magie de charlatan qui était à l’origine de ce désordre. Le petit Jésus était mort depuis bien longtemps maintenant, crucifié par ces salopards de Romains. Marie essuya furtivement une larme qui dessinait son sillon sur sa joue parcheminée. Depuis la mort du vieux Jo, elle se entait un peu seule. Oh, il ne lui manquait pas vraiment le vieux bougon qui passait sa vie à la taverne à boire de l’alcool de figues avec ses copains qui se foutaient de sa gueule à cause de sa paternité suspecte. Mais la solitude lui pesait.

Tout à coup, Marie se sentit soulevée dans les airs. Tout tourbillonna autour d’elle et elle perdit connaissance.

Lorsqu’elle reprit ses esprits, elle se trouvait dans une grande pièce entièrement blanche dont elle peinait à deviner les contours. Au milieu, trônait un immense bureau en bois usé, et derrière le meuble, une petite femme aux cheveux grisonnants, d’étranges loupes perchées sur le nez, semblait fort préoccupée par des papyrus étalés devant elle.

« — Ah, vous revenez à vous, c’est bien ! Non non, ne vous levez pas tout de suite ! Il faut que votre corps s’habitue à la gravité. Elle est très différente ici par rapport à la Terre. Oh pardon ! Je manque à tous mes devoirs. Je m’appelle Marylin Seinpierre. Ouais, je sais, ce nom est débile mais qu’est-ce que vous voulez, ici il n’y a presque que des garçons et comme j’ai des nichons en béton… Ouais bon… Ce n’est pas le moment je crois. Vous voulez un café ?

— Qu’est-ce que je fais ici ? Et c’est où ici ?

— Ben Gabriel ne vous a pas visité comme l’autre fois ?

— Pas vu ce connard depuis plus de quarante ans !

— Bouse de dromadaire ! Bon, il va falloir que je t’explique. Je te fais la version courte. T’es au paradis ma cocotte…

— Je suis morte ?

— Justement non ! C’est là la subtilité que l’autre pochetron devait t’expliquer. Tu intègres le paradis de ton vivant pour service rendu. Cool non ?

— Quoi ? C’est quoi cette connerie encore ? Ca vous a pas suffi de me foutre en cloque sans me demander mon avis ? Et qui va s’occuper de ma mère ?

— Pour ta mère, tout est arrangé, elle est morte depuis, voyons… 45 minutes. T’inquiète, elle n’a pas souffert, enfin moins que ton fils. En principe, tu la retrouveras ici. Si tu parviens à te repérer dans ce merdier.

— Et mon fils ? Il est là ?

— Euh, c’est un peu compliqué… Il mettait un peu le bazar avec ses idées de hippie, on l’a envoyé en stage chez Belzébuth pour qu’il se frotte un peu à la chaude réalité. Par contre, ton mari est bien là. On le chouchoute. Il le mérite vu le nombre de couleuvres qu’il a dû avaler le pauvre.

— Super…

— Ah un dernier truc et je te laisse filer. En haut lieu, ils ont décidé que tu serais sanctifiée. Bon, en vrai ça change rien pour toi, sauf que sur Terre, ce jour sera ton jour. On hésite encore, mais on devrait l’appeler le quinzeaoûtsomption ».

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

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