Verba volant scripta manent

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Petit, je ne me souviens plus.

Adolescent, je parlais très peu.

Il a fallu que je rencontre l’alcool, vers 18 ans, pour que ma langue se délie.

Une vingtaine d’années dans une « bande » d’amis, tous, moi y compris, plutôt loquaces.

Vingt-cinq ans payé à causer toute la journée, souvent dans le vide.

Et, depuis cinq ans, motus et, presque, bouche cousue.

Je vis quasiment en ermite. Il m’arrive de passer une semaine complète sans adresser la parole à quiconque. Sauf aux commerçants, boulangerie et bureau de tabac, et aux connards qui m’appellent pour me vendre une mutuelle ou un tapis persan. Pourtant je réponds très peu au téléphone. Je parle tellement peu que lorsque je dois me servir de ma voix pour demander une demi-baguette, je me sens comme un adolescent découvrant la mue de son appareil phonatoire. Une voix éraillée manquant de force, étouffée par le masque, je dois m’éclaircir la gorge avant de commander mes clopes, qui contribuent certainement à la désagrégation de mon organe de baryton-martin.

Figurez-vous que ce constat me convient. Souvent, trop souvent, l’être humain ouvre la bouche pour rien. Les blablas incessants me fatiguent. L’argumentation ? Elle est inutile à mon sens. 99% des gens restent campés sur leurs positions même lorsque l’on met en lumière la bêtise de leur raisonnement. Même en randonnant, les gens discutent, ça me dépasse.

Je ne sais pas si la parole peut s’atrophier. Si c’est le cas, bientôt je serai muet. Avec tout le respect que je dois à ceux qui n’ont pas ou plus l’usage de leurs cordes vocales, j’avoue que cela ne me dérangerait pas. Si je perds la vue, je disparais, si je perds la parole, je me tais.

Je fuis les conversations. Notamment celles entachées d’un trop plein d’alcool. Etais-je aussi pénible lorsque je picolais ? Parlais-je aussi fort pour affirmer mon opinion sans écouter les autres ? Je n’étais pas alcoolique, mon corps ne voulait pas, je buvais juste un peu trop, le vendredi soir. Je fuis même les conversations du quotidien. Le voisin qui me raconte son jardin. L’installateur de portails qui m’explique les avantages de l’alu et ceux du pvc.

Alors j’écris, et vous êtes quelques-uns à me lire. C’est sympa. Mais je commence à éprouver davantage de difficultés à trouver des sujets. Hier et avant-hier, j’ai triché en recyclant des billets de l’époque où personne ne me lisait.

Les paroles s’envolent, les écrits restent. Ou pas.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

14 commentaires sur “Verba volant scripta manent

  1. Bonjour, chacun fait comme il veut, comme il peut, moi, je noie mes angoisses dans la parole, je parle, beaucoup , beaucoup trop sans doute, le silence m’angoisse profondément, Bonne journée Amicalement MTH

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  2. Parler ou se taire? un équilibre toujours difficile à trouver. Mais je ne rejoindrais pas Stendhal quand il affirme  » Pourquoi parler ? Pourquoi se mettre en communication avec cet éteignoir de tout enthousiasme et de toute sensibilité : les autres » Je serais plutôt en accord avec Victor Hugo qui dit que la parole intérieure démange.

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  3. Trouver un sujet original à développer ou sur lequel s’exprimer, que ce soit en écrivant ou en discutant, je crois n’avoir jamais rencontré un interlocuteur capable de cette prouesse. Nous sommes très limités tant par nos entourages, les mots, les actions, que de notre façon de nous exprimer. C’est ce qui fait, je crois, qu’il arrive un moment où nous devenons un peu blasés… fatigués… de ces perpétuels recommencements que certains prennent pour de la nouveauté.

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  4. Je me retrouve un peu. Enfin beaucoup. Si je bossais pas et devais pas causer à minima familialement, je serais p’têtre muette. Régulièrement je délaisse ceux qui partagent mon quotidien pour prendre mon repas seule dans « mon antre », comme ils l’appellent. Cool d’être comprise, par contre. Paraît qu’on est des introvertis. Moi çà me va. J’aime le silence. Ou les conversations mais avec des gens exactement sur la même longueur d’ondes. Et attentifs. Rare. Bon sinon, après ma petite recherche, tu es bel et bien inscrit dans mes abonnés. Donc normalement sur ton lecteur WP doivent apparaître mes articles. Bonne soirée !

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