Vieux motard (jeu camé)

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Lorsque j’étais gamin, les cours de récréation ressemblaient à des tripots quand les garçons se chamaillaient autour des vignettes Panini. C’était une véritable économie parallèle avec les pièces qui, selon des études adolescentes très poussées, étaient plus rares que d’autres et donc, à l’échange, valaient deux voire trois images. J’étais un fondu de ces bouffe-fric. Tout mon argent de poche y passait, d’autant facilement que je recevais cinq francs, le dimanche. Pour ceux qui n’ont pas connu la guerre, cinq francs correspond à quatre-vingts centimes d’euro aujourd’hui, mais avec l’inflation, disons, cinq euros.

Une année, j’ai voulu me démarquer. Au lieu d’acheter les sempiternelles représentations de footballeurs, j’avais jeté mon dévolu sur une collection annexe, le monde du sport motocycliste. J’étais très fier de mon choix, mais pas longtemps. Comme j’étais le seul de la cour à posséder ces vignettes, il m’était très difficile de procéder à des échanges.

De cette époque date mon amour contrarié pour la moto. Je n’ai pas le permis, je ne sais même pas comment on conduit un engin à deux roues motorisé, possédant une boite de vitesses et une cylindrée supérieure à 49,9 centimètres cubes. Mon expérience sur la selle d’une moto se résume à une équipée dans le sud-ouest en situation passager. Un souvenir cuisant tant cette position est inconfortable.

Parmi mes nombreux rêves récurrents, l’un me trouve au guidon d’une grosse moto noire. Exagérément grande, exagérément noire. Bizarrement, dans mon sommeil, je sais pertinemment que je risque gros si je suis contrôlé par la maréchaussée car, même en rêve, je n’ai pas le permis.

Dans mes projections les plus folles, je gagne suffisamment de sous, pour me rendre à la moto-école, puis chez le concessionnaire Harley-Davidson. Pour ce faire, il faudrait que Spielberg achète les droits de mon roman, ou que le jury du Goncourt se penche sur mon travail, ou que mon lectorat adoré mette la main à la poche. Autrement dit, ce n’est pas gagné.

Me connaissant, si jamais, un jour, je possède une moto, je m’en lasserai au bout de trois mois. C’est un de mes problèmes, je me lasse. Pourtant, j’adorerais arpenter les routes littorales au guidon d’une Harley customisée, casque-bol sur le crâne, Billy en passager (Billy c’est mon Labrador chocolat virtuel), queue de renard en acrylique accrochée à l’arrière, chromes rutilants, taptaptaptap, réservoir de cinq litres qui oblige à s’arrêter tous les trente kilomètres pour le remplir et vider le porte-monnaie, cheveux au vent (oui, il m’en reste), mouches sur les dents, santiags aux pieds (j’adore les santiags et je vous ennuie), perfecto sur le dos.

Et « Born to be wild »!

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

15 commentaires sur “Vieux motard (jeu camé)

  1. N’as-tu pas dans la vraie vie, un vélo, un tricycle, une caisse à savon, une brouette, une trottinette ou des patins à 4 roulettes dans le fond du garage, pour faire genre et la nique à tes rêves fous de vitesse ? As-tu seulement une pente à ta rue ?

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  2. Ah, voilà qui me rappelle un petit « road movie » en 1980, parti avec ma chérie sur une MZ125 (qui coûtait, neuve, le prix d’une mobylette) depuis le Béarn, bateau à Roscoff, Irlande, Ecosse, embarquement à Thurso, puis Islande, dont nous avions fait le tour avant de revenir par le Danemark…Arrêts fréquents car la selle était dure, tape-cul comme les pays de l’Est (moto fabriquée en RDA)…Roulez jeunesse !
    Bonne journée à vous (et vroum vroum)!

    Aimé par 1 personne

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