Moi vouloir toit

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Lorsque je prends mon petit déjeuner, à l’aube, vers dix heures, je jouis d’un privilège que ma génitrice se réserve, et dont je profite en son absence. Le quotidien local.

C’est une feuille de chou qui se lit le temps de laisser le thé refroidir. Très peu de fond, sauf un édito si vaniteux et autocentré (plusieurs éditorialistes se succèdent tout au long de la semaine, mais le pire c’est Yann Queffelec, je crois qu’il est champion du monde de la grosse tête celui-là) que je ne lis pas. Le journal comporte le minimum d’actualités internationales et nationales des nouvelles de tous les bleds du coin, la page « sports » (très importante) suivie des pronostics hippiques, les avis d’obsèques (de plus en plus importants à mon âge), les trucs judiciaires (jamais compris ce que ça fout là), quelques conseils du quotidien et la page télé. En gros.

Le petit plus est un dossier d’une page traitant d’un sujet qui concerne beaucoup de gens.

Aujourd’hui, il s’agissait des loyers. Pas le coût, les impayés.

A chaque fois, je suis sidéré par ce genre d’histoires. Un couple de modestes retraités a économisé toute sa vie pour s’offrir un appartement qui, une fois loué, mettra du beurre dans les épinards de leurs maigres retraites. Petite digression. Je ne comprends pas bien le projet d’investir dans la pierre. Je ne connais pas le prix du logement, mais je sais qu’il leur faudra beaucoup de temps pour récupérer leur mise de départ. Pourquoi ne pas garder cet argent et le dépenser au jour le jour ? Un investissement pour les enfants qui vont se déchirer au moment de l’héritage, sans doute. Bref, ils louent. Mais pas à la bonne personne. Résultat, ils ne perçoivent pas de loyers depuis belle burette, et ont même constaté des dégradations dans leur bien.

Et cela dure depuis des lustres sans que papy et mamy ne disposent de recours pour exclure les locataires. Je déplore, come tout le monde le prix des loyers et l’infinie pauvreté d’une partie de la population, mais je pense que les propriétaires devraient avoir davantage de droit. A noter que ce ne sont pas, forcément, les plus démunis, souvent dignes dans leur marasme, qui rechignent à payer.

Pendant quatorze ans, j’ai loué un appartement de 60 m2 pour la somme extravagante de 670 euros mensuels. J’ai toujours payé rubis sur l’ongle. Il faut dire que l’agence immobilière se trouvait à cent mètre de chez moi. Sauf une fois. Une malheureuse fois sur plus de cent cinquante. J’ai reçu un courrier réclamant ce que je devais assorti d’une amende de soixante-quinze euros. J’ai vu rouge. Alors, j’ai écrit une lettre que j’ai glissé dans une enveloppe avec le chèque de la honte et le loyer, bien entendu. En voici la teneur, en substance.

 » Madame, monsieur,

Voici plus de dix ans que je loge au pi de la rue du Chat qui pète à Trifouillis-les-Oies. Le mois en cours, pour la première fois, j’ai omis de vous faire parvenir l’excessif loyer que je vous verse depuis plus de dix ans sans râler bien que les raisons de me plaindre ne manquent pas. Je suppose que vous suivez scrupuleusement la loi sur l’augmentation annuelle que vous pouvez infliger à vos locataires, mais plus de 40% d’augmentation en dix ans me semble un chouia exagéré. Par ailleurs, lorsque j’ai signé le bail, voici dix ans donc, vous m’aviez promis plusieurs choses. Comme quoi les promesses… La porte du garage n’a toujours pas été repeinte. Les huisseries d’origine, soit années 60, attendent encore d’être changées. La porte d’entrée des communs est toujours défectueuse, ce qui permet aux jeunes en goguette et aux vieux en perdition d’entrer dans l’immeuble comme dans un moulin. D’où la tentative d’incendie de l’an dernier, que j’ai déjoué en éteignant le feu dans le local à poubelles, sans que vous me démontriez la moindre reconnaissance. J’estime ne pas être un voyou ou un mauvais payeur comme vous devez en connaître un grand nombre. Vous trouverez, ci-joint, le chèque de 75 euros que vous me réclamez, mais je suis convaincu que votre dignité vous poussera à le détruire. Dans le cas contraire, je vous prie d’aller vous faire cuire le cul.

Cordialement. Ou pas.

PF »

Maintenant, je fais comme les voyous, je squatte. Mais avec l’accord de la propriétaire.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

10 commentaires sur “Moi vouloir toit

  1. Arf, ce n’est plus du tout un complément de retraite (la pierre). C’était bon il y a 40 ans 😂.
    Maintenant, tu fais des gîtes ou des chambres d’hôtes à la campagne.
    Soyons sérieux.
    Je te souhaite une excellente journée. A bientôt 😘

    Aimé par 2 personnes

  2. Je n’ai jamais compris l’intérêt d’investir dans la pierre non plus, mes amis qui l’ont fait ont eu des gros problèmes aussi (impayés, locataires qui laissent le logement dans un état effroyable etc). C’est plus d’emmerdes qu’autre chose… En revanche moi qui suis à Paris ça me fait rêver 60m2 pour 670€, si ça existait ici je signerais direct !

    Aimé par 1 personne

  3. Juste anecdotique, ça fait plaisir de voir qu’on n’est pas seul à faire une lecture quasi exhaustive et hautement réjouissante du « Télégramme ».
    Avis copieusement partagé sur Yann Queffelec, non seulement imbuvable, mais, la plupart du temps, abscons et incompréhensible…

    Aimé par 1 personne

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