Mission accomplie

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je tiens parole.

L’autre jour, je vous ai, brillamment, conté ma visite de la pépinière R. à P., et l’intérêt que j’y ai trouvé. Pour parfaire ma connaissance des plantes en pots, ce matin, je devais subir une introduction à la formation d’agent de pépinière. Je n’en ai pas dormi de la nuit, tant j’étais excité par la promesse d’une matinée studieuse. Et je n’ai pas été déçu.

Neuf heures tapantes. François nous accueille. François est formateur au ministère de l’agriculture. Il présente bien, rasé de près, petites lunettes rondes, crâne en boule de billard. Un peu moins convaincante est sa façon de s’habiller. Pantalon rouge (un jour, il faudra que quelqu’un m’explique cette mode ridicule qui couvre les jambes des hommes dès qu’ils ont passé quarante-cinq ans…), chemise bleu-clair (aucune autre couleur de chemise n’est validée par les formateurs de formateurs) aux manches remontées jusqu’aux coudes malgré la fraicheur de la salle (problème de budget ma pauvre dame) avec, fantaisie osée, des revers à petites fleurs, certainement pour rappeler les prairies de nos campagnes.

François nous projette un diaporama conçu à la fin des années 70, par un stagiaire de 3è. Il parle d’une voix faible, soporifique, étouffée par le masque fourni par le ministère. Résultat, mes paupières sont lourdes et je dois lutter contre le sommeil qui s’insinue en moi comme à la grande époque des réunions inutiles de l’éducation nationale. Heureusement, François semble lui-même assez peu intéressé par son propre laïus. Surtout, il garde une carte en réserve. Un as. Large. Il nous annonce que nous allons passer des tests de Français, de Maths et de « connaissances agricoles ». Mon sourcil gauche se soulève. C’est quoi ce plan ? En plus, pendant que nous plancherons sur ces questionnaires, qui je l’avoue titillent ma curiosité, nous serons reçus en entretiens individuels. La souricière se referme sur moi. Mais François, soient-ils loués, lui et sa famille pendant sept générations, nous fait une annonce, qui résonne encore en moi comme une oraison funèbre de Bossuet (pour la solennité, pas pour les couronnes de chrysanthèmes). « Si (ah ce « si », un nectar…) vous le désirez, nous ne retenons personne, vous n’avez aucune obligation de rester avec nous. Nous comprendrions si… ». Je n’ai même pas entendu la fin de la phrase, j’étais déjà dehors, au cas où il change d’avis.

Rassurez-vous, j’ai émargé.

Rendez-vous lundi pour la semaine « boucherie chevaline ».

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

8 commentaires sur “Mission accomplie

  1. Ici plus de boucheries spécialisées depuis longtemps, en même temps les suisses sont ( en général, of course !) peu friands de chevaux et d’agneaux, mais plus d’autruches. Ce qui me fait aussitôt songer que je n’ai plus vu d’autruches depuis quelques temps… aurais-je loupé quelque chose ? Une grève des autruches ? Une migration saisonnière vers des pays plus hospitaliers ?

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  2. Je ne connais pas de conférences où personne ne s’endorme, peu importe le dynamisme du présentateur. J’avais même, un jour un peu passé maintenant, confié mon sonomètre à une personne du deuxième rang pour faire une mesure d’intensité sonore pendant que je passe une bande son courte et très désagréable, à 97 dB. 97 dB, ça remue ! Et bien la personne dormait paisiblement à la fin de la bande son. J’ai fait sans la mesure …
    Une belle fin de journée à toi, Patrick.

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