La questura

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je finis mes histoires.

Réveil compliqué donc.

Etat des lieux des larcins. Il semble que nos détrousseurs se soient contentés de faire glisser la porte latérale avant de faucher tout ce qui se trouvait à portée de leurs mains scélérates. Pas de bol pour moi, mon petit sac à dos a disparu. Envolées mes lunettes de rechange, évaporé mon jeu d’échecs de voyage. Sans oublier ma carte d’identité, notre argent liquide à tous les trois (en effet, je faisais office de trésorier), environ mille francs. Et mes poste-chèques. Pétard ! Ces enfoirés peuvent vider mon compte, d’autant que mon intelligence légendaire m’a poussé à cacher, dans le sac à dos, le code ultra-secret.

Nous sommes dans un drôle d’état. Piteux et la tête dans le fondement, suite à nos agapes de la veille. E. propose de quitter la ville car il est égoïste et se fout de mes affaires comme de l’an 40. Lui ne s’est fait soulager que de quelques centaines de francs et ne tient pas à « perdre » une journée. J. est un peu plus compréhensif d’autant que nos visiteurs ont fait main basse sur sa sortie de bains préférée. En plus, il se réveille avec une envie pressante dont on ne peut se défaire en douce derrière un camion.

Première urgence, trouver la poste pour que je puise faire opposition sur mes travellers. Pas facile de s’expliquer lorsque l’on ne parle pas la langue et que J. s’entête à parler français en rajoutant des o et es i à la fin de chaque mot. Rires, malgré l’angoisse. Puis, je résous le problème. Direction un bistrot avant que J. ne souille sa culotte.

Deuxième urgence, porter plainte à la questura. Et la police ritalienne, c’est un vrai poème. Comme à la poste, impossible de se faire comprendre. Ces andouilles nous enferment dans une pièce en nous faisant comprendre que nous devons attendre. Ce n’est pas à proprement parlé une cellule, mais nous ne sommes pas seuls. Un couple d’Allemands assez âgés y pleure toutes les larmes de leurs corps. Soudain, une jeune femme, vêtue comme une prostipute, fait irruption dans la pièce et s’adresse à moi dans un anglais pratiquement incompréhensible. Je l’envoie sur les roses, persuadé qu’elle me propose ses charmes. C’est une fliquette. La seule de la questura qui a des notions de langue(s) étrangère(s). S’ensuit un dialogue surréaliste qui dure très longtemps, au cours duquel l’atmosphère se détend considérablement car la jeune femme est extrêmement sympathique, à tel point que je regrette qu’elle ne me vende pas ses charmes contre une lire symbolique, et parce que je suis pris d’un fou rire en essayant de trouver les mots pour décrire mon jeu d’échecs.

L’histoire ne s’arrête pas là.

De retour en France, je fonce dans la première poste venue pour vérifier mon compte. Evidemment, les services postaux italiens n’ont pas agi. Heureusement, nos truands n’ont pas jugé utile de s’embêter avec de la paperasse.

Quatre mois plus tard, je reçois un coup de fil de ma génitrice qui me demande si j’ai fait refaire ma carte d’identité. Je réponds par la négative car, à l’époque, sur le territoire français, le permis de conduire suffit pour prouver qui on est. Elle m’invite alors à prendre contact avec la sous-préfecture de Morlaix. La police italienne a retrouvé ma carte sur le cadavre d’un sans-abri.

Quelques années plus tard, je suis retourné à Florence dans le cadre d’un voyage scolaire. Je n’ai pas visité, à nouveau, la questura, mais le musée des Offices. Je n’ai pas bu de grappa, mais un petit lemoncello de derrière les fagots. Je l’ai cherchée, mais je n’ai pas revu la gentille fliquette.

A peu près à la même époque, J. m’avoue qu’il est sorti uriner pendant la fameuse nuit, et qu’il n’est pas persuadé d’avoir refermé les portes en regagnant le camping-car.

Bon, ma vie palpitante ne vaut sans doute pas beaucoup d’autres articles.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

4 commentaires sur “La questura

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