Gris

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Depuis quelques années, je suis très préoccupé par les signes de sénilité qui m’assaillent. Outre le fait que je dors en pyjama, que je n’aime pas les jeunes et que j’apprécie surtout les chanteurs morts, comme je vous le contai naguère, un autre symbole de mon âge avançant m’a sauté au visage ce soir.

Je goûte de moins en moins le cinéma télévisé. Je préfère, et de loin, me plonger dans un bon, voire un mauvais roman. C’est ainsi ma pauv’ dame. Or, ce soir, en zappant de lassitude, je suis tombé sur un film que j’ai déjà vu voici trois, et peut-être même quatre, décennies. « Le train » de John Frankenheimer (à ne pas confondre avec « Le train » de Pierre Granier-Deferre, ni avec « Coup de pompes dans le train » d’un réalisateur que l’histoire a oublié). Et, miracle, j’ai été happé par le spectacle. Je dis bien le spectacle, davantage que le film lui-même. Ce long-métrage de 1964, s’il est plutôt de bonne facture, n’appartient pas au haut du panier de la production cinématographique du 20è siècle (quoique cette affirmation péremptoire soit assez discutable, je vous le concède).

Lorsque j’étais enfant, voire jeune homme, je ne supportais pas les films en noir et blanc. Je trouvais, à juste titre, qu’ils ne représentaient pas la réalité. Qu’ils la déformaient même. Je ne comprenais pas ces metteurs en scène qui avaient toute la technologie voulue à portée de bourse pour tourner en couleurs, mais qui s’escrimaient à tourner dans une pénombre agaçante.

« Le train » propose des images simples mais magnifiques. Plus qu’un film, c’est une œuvre d’art. Et de fort bonne qualité qui plus outre. Le noir et blanc ne s’imposait pas. Pourtant, il accentue l’intensité dramatique de ce film de guerre qui, coloré, passerait totalement inaperçu. On assiste à une succession de tableaux, volontaires ou non, qui exacerbent tout. Les hommes, les trains, les visages, la violence, les émotions, et Jeanne Moreau. Sublime Jeanne Moreau. Je crois aussi que le noir et blanc souligne la bêtise de la guerre (c’est ma minute miss France) comme si l’absence de couleurs effaçait la réalité de l’horreur.

En regardant ce film, je me suis souvenu aussi pourquoi, petit garçon, mon acteur favori était Burt Lancaster. Maintenant, je sais.

Saloperie de vieillesse.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

7 commentaires sur “Gris

  1. perso, j’ai toujours adoré le noir et blanc, le ciné club tard le soir sur le petit écran, était mon régal. je regrette toujours qu’il en passe si peu maintenant. et quand j’en vois un, je me régale

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