Ce qu’il advint de l’ours blanc

 » Billy regardait ses enfants jouer dans la congère. Il versa une larme qui gela instantanément et qui resta accrochée aux poils de sa joue. Il ne se souvenait plus du nom de la mère, mais il lui faisait confiance. Elle était suffisamment solide et hargneuse pour prendre soin des petits. Il n’en doutait pas.

Billy tourna le dos à la scène touchante et, en dandinant son gros derrière, il mit résolument le cap au sud.

Il avait bien réfléchi. Son grand âge le condamnait à une vie solitaire, loin des femelles et des jeunes mâles qui le chasseraient. Il n’en ressentait aucune amertume. A une époque, c’est lui qui faisait fuir les anciens pour lutiner tranquillement les demoiselles.

Il marcha jusqu’à ce que le soleil disparaisse sur sa droite. Il gratta un peu la neige et s’assoupit dans ce petit nid douillet sans diner. Il lui restait encore un peu de réserves.

Au matin, il ne prit pas le temps de se débarbouiller. Il se remit sa marche.

Au bout de quelques heures, des plaques de terres et de végétation firent leur apparition. La neige perdait du territoire alors que la température augmentait sensiblement. C’est pour cette raison qu’il avait quitté son milieu naturel, sans grand espoir de retour, Billy. Il voulait rencontrer les responsables de ce désastre, et essayer de leur expliquer qu’il aimerait que ses fils puissent grandir sur des gros glaçons immaculés et non pas dans des décharges à ciel ouvert.

Soudain, une pluie drue se mit à tomber. Aucun souffle de vent ne la dérangeait. Elle chutait verticalement sans rencontrer le moindre obstacle, sauf un vieil ours arthritique, cherchant son souffle.

Le soir, Billy se demanda où il pouvait se blottir. Il n’y avait plus assez de neige pour s’enfouir. Il repéra, à proximité, une anfractuosité qui pourrait lui convenir. Une drôle d’odeur flottait dans l’air. Puis un bruit assourdissant lui explosa les tympans avant qu’une douleur foudroyante lui déchirât la poitrine.

Billy s’écroula sur une plaque de neige rescapée et sa dernière pensée fut pour sa jeunesse triomphante sur l’iceberg bleuté ».

— Voilà Ignace, l’histoire est finie, il est l’heure de dormir. Mais pourquoi tu pleures ?

— Elle est triste ton histoire papa.

— En effet fiston, elle est tragique même. Mais elle représente bien la réalité, crois-moi.

— C’est une métaphore en quelque sorte.

— Ignace ! Tu sais très bien que tu n’as pas le droit de proférer des gros mots ! Tu es un méchant garçon ! Moi, qui ai abandonné mon match pour te raconter une histoire ! Je suis très déçu…

— Le match a été interrompu papa, et le mot métaphore n’est pas…

— Tatata, je ne veux rien entendre. Estime-toi heureux que je ne t’envoie pas ramasser les feuilles dans le jardin.

— J’ai tout ramassé cet après-midi quand tu regardais le grand prix.

— Oui bon, tu n’as pas fini de scier le bois avec ta belle tronçonneuse toute neuve, que je sache !

— Non papa.

— Bonne nuit fiston ».

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

6 commentaires sur “Ce qu’il advint de l’ours blanc

  1. Voilà qui me rappelle le premier livre que j’ai lu quand j’étais gosse ; « Fram, l’ours polaire ». Une histoire triste d’un ourson capturé par des pêcheurs, qui finit par être vendu à un cirque…mais l’histoire finit bien. Il s’évade avec l’aide d’un marin qui le raccompagne sur sa banquise natale…🐻 Bonne journée !

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  2. Mon 1er nounours était polaire aussi, bien qu’il me fut offert dans la brousse africaine… il était doux et blanc. Offert par une famille belge. Mon nounou africain l’appelait « nana », en swahili il n’y a évidemment pas de traduction, et sans doute ne savait-il pas prononcer « nounours » alors je l’ai appelé Nana, ça me plaisait bien. Voilà l’histoire d’un autre ours polaire perdu lui, en Afrique équatoriale !

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