(prenez) (toujours) Garde-à-vous !

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je termine ce que j’ai commencé.

Lundi matin, entrée à l’hôpital militaire de Brest, en plein centre ville. Je suis reçu par un trouffion qui me regarde comme une déjection canine avant de me conduire à ma chambre. Je lui demande quand auront lieu les examens, il se contente de hausser les épaules.

Je partage une chambre d’hosto classique avec un gars de mon âge épais comme un sandwich SNCF et haut comme deux pommes et demie. Nous discutons un peu, et je tombe de haut. Si je suis là pour me faire exempter à (presque) tout prix, lui se trouve en ces lieux pour la raison inverse. Il veut rentrer dans l’armée, en faire son métier, mais aux trois jours, ils l’ont recalé à cause de son gabarit. Le monde est vraiment mal fichu. Dans la chambre d’à côté se trouve un autre jeune type qui pourrait, aisément, jouer troisième ligne chez les All Blacks. Il est muet comme une tombe et je ne sais pas pourquoi il est là.

A l’hôpital militaire, les médecins sont des appelés. Ils ont l’air de bien se plaire même s’ils doivent mettre un frein à leurs études. En revanche, ils ne se foulent pas, c’est le moins que l’on puisse dire.

Premier jour, je ne vois aucun médecin.

Deuxième jour, non plus. Heureusement que j’ai pensé apporter un bouquin, « Le livre du rire et de l’oubli », Kundera.

Le mercredi matin, je me rends à la salle des toubibs. Il faut rester derrière un guichet pour leur parler. Ils m’annoncent que mes examens sont programmés l’après-midi même.

Jeudi. Je n’ai toujours vu personne. Enfoirés. E j’ai fini mon bouquin.

Vendredi matin. Un infirmier vient me chercher. Direction la radio. Au final, une simple échographie suffira. Le médecin me dit que c’était une ânerie de faire cette démarche médicale. On n’a jamais vu un petit rein se développer après un certain âge. Youpi…

Direction le guichet pour obtenir le visa de sortie. Le toubibs appelés me disent de repasser un peu plus tard car ils sont occupés. Un coup d’œil. En effet, ils sont très occupés. Ils jouent au tarot. Je reviens à midi moins le quart. Quel dommage ! C’est l’heure du repas. A 14 heures, je campe dans leur bureau lorsqu’ils reviennent du self. En me voyant là, ils rigolent comme des bossus et me tendent un papier. Leur jeu favori est de faire poireauter le plus longtemps possible ceux qui sont certains de se faire exempter.

Je retourne chercher mes affaires. Mon coloc est effondré sur son lit. Il pleure toutes les larmes de son corps. L’armée ne veut pas de lui. Définitivement. En sortant, je croise le costaud tout sourire qui s’avère être un véritable moulin à paroles. Il est réformé, P3.

Si vous n’êtes pas très au fait de la nomenclature militaire, il existe un certain nombre de catégories, elles-mêmes échelonnées de 1 à 5. En gros :

1, cela n’existe pas.

2, bon pour le service.

3, ça dépend.

4, réformé, exempté, inapte.

5, mort. Ou pire.

Je connais deux catégories.

P, psychiatrie (P4 est la plus recherchée par les dissimulateurs de tout ordre : asociaux, schizophrènes, paranoïaques…)

G, état général.

Sur mon papier, il est écrit, « inapte G5 ».

Non, mais sérieusement.

Gfnem29

11 commentaires sur “(prenez) (toujours) Garde-à-vous !

  1. Et on se plaint de quoi, hum ? Moi j’ai fait 8 ans d’internat sans aucun moyen d’y échapper, avec de la purée de pois cassés et du boudin chaque semaine, des horaires à respecter, des cours de chant, défense de rêver pendant les autres cours, des profs psycho-rigides, des salles de bain avec des lavabos à perte de vue et des dortoirs à chaque étage. Alors, on pleurniche encore ? 👨‍🎤

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      1. Je n’ai pas parlé des heures de colle qui pleuvaient pour les w.e. de sortie, ni de la prière du soir, ni de la fête de fin d’année où il fallait danser ( nous n’avions rien de danseuses étoile avec nos shorts ridicules !) devant un parterre de parents amusés. Et j’en oublie ! (Heureusement !)

        Aimé par 1 personne

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