En avant l’amnésique

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me raconte.

J’ai déjà eu l’occasion de vous écrire, ici, que la musique n’occupe pas une grande place dans ma vie. Toutefois, l’une des plus grandes journées de ma vie, je la dois à quelques gueulards équipés de guitares électriques.

En 1991 ou 1992 (amnésie quand tu nous tiens), j’ai participé au festival Tamaris (ancêtre des Vieilles Charrues) en tant que serveur au restaurant (j’aurais préféré au bar, mais toutes les places étaient prises et essentiellement féminines).

Cette année-là, la tête d’affiche, c’était les Wailers (les zicos de Bob Marley), l’esplanade était blindée de babas sur le retour qui ne fumaient pas que des gauloises. Les Négresses vertes, FFF, Godfather, entre autres complétaient le casting.

En début d’après-midi, pendant la mise en place, nous, les grouillots, avions la possibilité, à tour de rôle, de visiter les coulisses artistes. Lorsque vint mon tour, mon cousin (organisateur) me promit que j’allais passer un bon moment. Alors que nous traversions le champ, une 4L, sortie de nulle part (le périmètre était bouclé), déboula à toutes berzingues et pila à quelques mètres de nous. En sortit un homme d’une laideur assez étonnante qui tomba dans les bras de mon parent. Ce dernier me présenta Elno, leader des Négresses, à qui, impressionné (j’étais jeune), je serrai la pince. Il mourut trois mois plus tard, sans que la police ne fasse de rapprochement entre les deux événements.

Le service fut épique, mais la fin, à partir de minuit, se transforma en grand n’importe quoi. Les consommateurs devaient acheter des tickets, afin de limiter la circulation du cash, mais les organisateurs avaient fermé trop tôt la guérite. Ce qui fait que les derniers fêtards affamés nous payaient avec ce qu’ils avaient sur eux (souvent pour des sandwichs un peu odorants…). J’ai récupéré un peu de sous, un soutien-gorge et une barrette de vieux pneu.

A minuit, les Wailers devaient monter sur scène. Ils ne sont jamais venus. La veille, ils étaient en Espagne, le lendemain à Londres pour un méga concert à la mémoire de Bob. Ils ont zappé Morlaix. On a frôlé l’émeute, mais les reggae fans étaient trop stones pour râler. FFF rafla le cachet des Jamaïquains et donna un second récital absolument excellent.

Une fois les lieux évacués, vers 2 heures du matin, nous, les grouillots, sommes restés jusqu’à l’aube, à terminer les fûts (fût commencé fût ingurgité, proverbe breton). Les gars de la sécu, des Hells Angels de Nantes, se sont joints à nous, ainsi que les filles de la buvette, et même quelques artistes, mais pas les plus connus. Bœufs, délires, tournées, un grand moment.

L’année suivante, j’ai gagné une entrée à un jeu radiophonique. Je me suis rarement autant ennuyé.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

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