Tué dans l’œuf

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

A l’occasion, ici-même, je vous ai démontré mes talents de photographe. Pourtant, mon histoire avec la photographie ne fut pas un long fleuve tranquille.

Lorsque j’étais enfant, mes parents avaient pour habitude de se débarrasser de moi, dès que des vacances pointaient le bout de leur(s) semaine(s). J’étais, invariablement, expédié chez mes grands-parents ou chez ma très chère tante, sœur de ma génitrice.

Cette sainte femme, prof de son état, donc en vacances également, se démenait pour divertir son petit neveu. Chaque année, nous allions au cinéma voir le dernier Disney (plus souvent des films que des dessins animés, du genre « Trois bassets pour un Danois » ou « Un candidat au poil », du grand septième art assurément). Puis, ma chère tantine, estimant qu’il était de son devoir de participer à mon éducation artistique, me trainait dans les châteaux de la région, qui ne manquaient pas, vu qu’elle habitait en Pays de Loire. Pour dire la vérité, je conserve assez peu de souvenirs de ces visites qui ne me passionnaient pas outre mesure. Etrangement, un château a marqué ma mémoire, Azay-le-Rideau. Je n’ai pas la moindre idée de la raison pour laquelle mes neurones ont conservé l’image de cette pâtisserie plutôt laide en vérité.

A cette époque, j’adorais prendre des photos. Ma tante m’offrait un appareil jetable et je mitraillais les paysages et objets qui me semblaient dignes d’attention. Mon chef d’œuvre est une calèche du 18è siècle, shootée à contre-jour, à l’improviste, dans son intimité, sans même lui laisser le temps d’un raccord maquillage.

A chaque retour au bercail, fier de mes clichés, je demandais à ma mère de les faire développer, et à chaque fois elle grognait, affirmant que les cartes postales étaient moins onéreuses. Vexé dans ma fibre artistique, je délaissai l’Instamatic, opportunément apporté par le père Noël, et me réfugiai dans la drogue et l’alcool, comme tous les artistes brimés.

Depuis, je fuis le huitième art. Je n’apparais que très rarement sur la pellicule (sauf pour illustrer les articles de presse faisant l’éloge de ma production romanesque). J’exècre les romans photos, les photos de groupe, les faux taux de cholestérol et les fautes au tableau (je commence à fatiguer moi).

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

2 commentaires sur “Tué dans l’œuf

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