Gueule de bois

« — Isaac, la même chose !

— Et un alcool de figue pour le charpentier, un !

Quel con ! Mais quel con ! Je me suis fait eu ! Et dans les grandes largeurs encore ! Passe encore que tout le monde me traite de cocu dans le dos, ça, on s’y fait. Puis les copains savent bien que je ne l’ai jamais touchée la Marie… Mais que les trois olibrius nous aient suivis depuis Bethléem et squattent à la maison, ça c’est dur à digérer. Comme si leurs cadeaux pourris pouvaient tout excuser. De l’or ! Tu parles ! A peine de quoi payer les dettes de madame, son coiffeur et sa nouvelle lubie, des robes bleues. C’est pas demain la veille que je vais agrandir l’atelier. Non, mais je vous demande ! Et avec ce qu’il bouffe le Melchior, c’est pas quelques onces qu’il aurait fallu, mais des lingots. Au moins l’encens de Balthazar permet d’évacuer cette vieille odeur de sueur rance. Balthazar ! Sacré numéro çui-là ! Et pas dégoûté avec ça. Qu’il tourne autour d’une jeune mère en lui susurrant des insanités, je veux bien, et je m’en fous au point où j’en suis, mais qu’il ramène à la baraque toutes les putes qu’il dégote dans la basse ville, ça non ! On est obligé de s’enfiler du persil dans les oreilles pour ne pas supporter les ébats de monsieur. Merde, je suis chez moi non ? En plus, si ce n’est déjà fait, il va se faire plomber sa lance d’incendie ce con ! Gaspard, le croque-mort qui offre de la myrrhe à un nourrisson. De la myrrhe bordel ! C’est pour embaumer les morts ce truc-là ! Tu parles d’un boute-en-train. Il doit rigoler quand il se fout les doigts dans la lourde c’t apôtre !

Quel chemin de croix ! Si encore ce gosse me ressemblait un peu, histoire de donner le change et de clouer le bec à tous ces enfoirés. Un blondinet pâlichon aux yeux noisette avec un père au teint olivâtre et aux cheveux corbeau, pas étonnant que ça jase. Les mecs, je m’en fous, t’façon y’en a pas un qui est certain d’être le père de sa marmaille. Mais les madones, elles me gonflent, mais d’une force… La mienne, enfin celle qui vit sous le même toit que moi, me calcule pas, les autres passent leur temps à se foutre de ma gueule. Quel calvaire…

Bon, heureusement que c’est un garçon, au moins il apprendra le métier. Tant qu’il ne suit pas ces jeunes chevelus qui fument de la ganja et racontent n’importe quoi, je m’estimerai heureux.

Allez, un dernier pour la route. Tant que je ne vois pas l’autre abruti de Lazare se lever et marcher, c’est que je suis raisonnable.

— Isaac, la même chose !

— Et un alcool de figue pour le cocu, un !

Sombre connard… »

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

3 commentaires sur “Gueule de bois

  1. Je ne suis pas certain que calvaire soit du genre féminin, quoique cela définisse une épreuve douloureuse, ce qui est bien souvent le cas avec les femmes de notre vie…
    Continue à coller comme ça à l’actualité (ou au calendrier), demain, c’est la journée mondiale sans pantalon…

    Aimé par 1 personne

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