Saynète de la vie conjugale

Intérieur jour

La scène se situe dans la salle d’attente d’un médecin. Les murs sont vert pisseux. Sept chaises bien espacées composent l’intégralité de l’ameublement. Un homme pénètre dans la pièce. Jeune, grand, rasé de près, les yeux gris, la mâchoire carrée, il dégage beaucoup sensualité et d’assurance. Les chaises s’émeuvent, surtout celle qui reçoit son postérieur musclé. Tout dans son attitude laisse penser qu’il a publié un excellent roman policier intitulé « Dossiers froids » (9,90 euros, prix conseillé) et qu’il écrit des petits billets sans conséquences qui rencontrent un franc succès et qui font trembler sous les ors de la république.

L’Adonis ferme les yeux et profite de ce court instant de répit dans sa vie trépidante pour pratiquer la méditation tibéto-bretonne (en réalité ce con a oublié d’apporter un bouquin, mais chut, ne brisons pas cet instant fragile).

Un deuxième homme, d’une banalité confondante, entre dans l’exigu espace. Il choisit une chaise qu’il déplace afin de se trouver pile entre l’entrée et le premier occupant, à le frôler. Dès qu’une voix se fait entendre dans le couloir, il se penche pour en identifier la provenance. Puis.

— Vous venez pour le vaccin ?

— (non, je suis le pape et j’attends ma sœur) Oui.

— Vous avez rendez-vous à quelle heure ?

— (la semaine prochaine mais j’aime bien être en avance) 14 heures.

— Ah ! Elle doit être en retard alors.

— (ben non tête de con, il est 14H03, un retard pour un toubib, c’est à partir de trois heures)…

Le second patient, qui parle en baissant son masque, ne semble pas satisfait de la conversation du bel éphèbe. Il sort son téléphone et appelle son amie, qu’il vient de quitter, en baissant son masque.

— Cindy, c’est moi (elle le sait andouille, ton nom est apparu sur l’écran), ça va ?

— (nous ne sommes pas en mesure de retranscrire les propos de Cindy)

— Ben oui, c’est long (t’es là depuis deux minutes quinze triple buse) !

— (nous ne sommes pas en mesure de retranscrire les propos de Cindy)

— Ben non j’ai pas peur, tu me prends pour qui ?

— (nous ne sommes pas en mesure de retranscrire les propos de Cindy, mais nous supposons qu’elle le prend pour une quiche, ou une ouiche si vous connaissez « La classe américaine », si vous ignorez l’existence de ce chef d’œuvre, précipitez-vous sur YouTube, toutes affaires cessantes)

— Oui oui t’inquiète pas, je prendrai du pain.

— (nous ne sommes pas en mesure de retranscrire les propos de Cindy, mais nous supposons qu’elle manque de pain à la maison)

Un troisième homme intègre la fine équipe. Catastrophe ! C’est un copain du deuxième. De plus, il est sourd comme un pot et baisse son masque dans le but de mieux entendre, semble-t-il. Il hurle dans un nuage de postillons. La médecin fait irruption dans la salle d’attente.

— Monsieur Jourd’hu ?

— Oui, c’est moi.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

9 commentaires sur “Saynète de la vie conjugale

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