Rien à déclarer

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me raconte.

Depuis quelques jours, vous connaissez ma nouvelle marotte pour les journées dédiées.

Aujourd’hui, enfin hier, crotte, je ne sais plus. Bref, récemment, c’était la journée internationale de la douane.

A une époque, j’ai voulu être douanier. Je ne sais plus pourquoi, ni pourquoi j’ai renoncé.

En revanche, il m’en est arrivé une drôle avec ces zouaves.

Comme je voyage peu, voire plus du tout depuis vingt-cinq ans, je n’ai pas l’occasion de me frotter à cette corporation. Elle a donc décidé de venir me chercher chez moi. Enfin à deux cents mètres de chez moi.

Il y a une vingtaine d’années, j’ai été arrêté au rond-point juste en bas. Vous voyez, celui qui donne sur la route de la gare. Comme il ne me semblait pas que mon quartier avait déclaré son indépendance pendant la nuit, je fus surpris que des costumés touchent leur casquette en m’annonçant qu’ils appartenaient à la douane. Volante. Je cherchais des yeux le terrain d’aviation que je savais ne pas exister, puis demandais fort poliment ce que je pouvais faire pour leur être agréable. Avec la rigueur professionnelle due à leur rang, les uniformes me demandèrent de sortir du véhicule. Au passage, ma Ford Fiesta était presque neuve.

Alors que j’allumais une cigarette sous les yeux soupçonneux d’un subordonné (vous avez remarqué comme le port de l’uniforme rend soupçonneux ?), le gradé fourrait son nez dans l’habitacle. Il releva la tête avec un air satisfait et me fit ce signe du doigt fort impoli qui signifie une demande urbaine mais ferme de se rapprocher. Ce que je fis. Il m’indiqua de ce même doigt deux petites boites noires qui trainaient sur le tapis de sol côté passager qu’il me demanda d’ouvrir, la main posée sur son arme. Pardon ? Mais il est prêt à dégainer cet abruti ! Je m’exécutais car je préférais que ce soit moi qui le fasse plutôt que lui, vu que je ne possédais pas d’arme de poing, à l’époque. J’ouvris donc les deux petits cylindres noirs qui avaient, en d’autres temps, contenus des pellicules photographiques, et les présentais au fonctionnaire afin qu’il puisse constater qu’elles étaient vides. Il eut alors une attitude fort déconcertante, car il se mit à renifler les deux contenants, l’un après l’autre. J’étais abasourdi. Mais comme je craignais d’avoir à faire/affaire (monsieur P. ?) à un déséquilibré, je me tins coi. Devant son air déçu, je levais un sourcil (je me suis longtemps exercé, je maîtrise plutôt bien ce geste élégant et significatif), rien d’autre, bien que j’eus hésité à lever les mains un instant plus tôt, pour obtenir une explication. Qu’il me donna. Ces cylindres étaient l’une des caches favorites des consommateurs de résine de cannabis. Ben merde alors ! Les miens ne sentant rien d’autre qu’un vague relent argentique expliquaient la moue déçu du douanier volant.

Mais il ne s’avoua pas vaincu. Je devais avoir une tête de junkie car il fit venir Rex, un berger allemand impressionnant qui se mit en devoir de renifler l’intérieur de ma voiture, sans me demander la permission. Il grimpa à bord en faisant crisser ses griffes sur la carrosserie, fourra sa truffe partout avant de s’asseoir, sur son trou de balle, au volant qu’il badigeonna d’une quantité de bave qui aurait suffi à remplir une piscine olympique. Rex fit chou blanc. Son maître lui colla une balle dans la tête pour lui apprendre à mieux chercher. Bien sûr, il n’en fit rien, mais je suis sûr que cela le démangea. Rex sortit de mon bolide honteux et confus, sans nettoyer derrière lui. Je fis remarquer l’état du tableau de bord au Dirty Harry des frontières, qui haussa les épaules et me tourna le dos. C’est alors que je notais que les griffes de Rex avait détérioré la peinture du marchepieds. J’en informais connard et son orchestre qui me demanda de prouver que les dégâts ne préexistaient pas, arguant que les douanes n’avaient pas pour vocation de réparer les épaves des citoyens ne sachant pas prendre soin de leur véhicule. J’en restais comme deux ronds de flan.

Je viens de me souvenir de la raison pour laquelle j’ai renoncé à passer le concours des douanes.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

4 commentaires sur “Rien à déclarer

  1. C’est affaire avec.
    Si vous n’avez pas pu être douanier, c’est certainement que vous n’aviez pas un taux d’alcool assez élevé dans le sang.
    Un jour, un douanier me demanda ce qu’était l’écran d’ordinateur par terre, devant le siège passager. Comme je ne comprenais pas de quoi il parlait, son collègue se rapprocha, désigna du doigt un objet et signifia à son collègue qu’il s’agissait, en fait, d’un garde-manger Thermos! J’ai, depuis, essayé de le brancher sur mon ordinateur, mais la résolution d’écran est horrible.

    Aimé par 1 personne

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