Carrière

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je réponds à mon courrier.

Depuis ma soudaine notoriété, méritée, je reçois, chaque jour, un sac postal rempli de lettres d’admirateurs. Mon facteur ressemble à Arnold Sharnezregger, Swarchenegger, merde à Sylvester Stallone, tellement les sacs sont lourds. Je suis très content de cette correspondance qui alimente efficacement ma cheminée, me permettant, au passage, de substantielles économies.

Toutefois, il arrive que j’ouvre une lettre ou deux, les plus épaisses, en espérant y trouver du cash. Et du coup, je lis les messages bienveillants.

Si j’exclus les déclarations d’amour, l’essentiel porte sur les origines de mon talent. Pour économiser des timbres, je vais vous raconter.

Contrairement à une idée reçue, je ne noircis pas des pages depuis ma plus tendre enfance. J’ai commencé à 49 ans. Avant, je n’avais pas le temps, je travaillais. Encore avant, je n’avais pas le temps, je passais mon temps dans les bistrots. Encore avant, j’avais le temps, mais je n’écrivais pas parce que j’étais trop con.

Toutefois, à y bien réfléchir, deux événements scolaires sont, peut-être, à l’origine de ce talent hors normes.

Le premier a eu lieu lorsque j’étais en troisième. J’étais un élève médiocre et paresseux, notamment en anglais. Monsieur R. nous passait régulièrement des feuilletons audios pour nous familiariser avec la langue. Un jour, il nous donna, comme devoir, de raconter la suite de l’histoire. Il s’agissait d’une banale scène de famille au petit déjeuner. Je ne sais toujours pas ce qui m’a pris, j’ai raconté que le père pétait les plombs et massacrait toute sa famille, chantait le « God save the queen » et se suicidait. Monsieur R. a adoré. Il a lu ma copie à la classe. Je n’ai eu que 16/20 car je commettais beaucoup d’erreurs grammaticales, sinon il m’aurait mis 20, a-t-il dit.

Le second se déroula l’année suivante, en sciences-physiques. Je n’ai jamais rien compris dans cette discipline. Donc, je ne récoltais que de très sales notes. Pour le dernier devoir de l’année, j’ai expliqué à monsieur M. que j’étais désolé de ne pas briller dans la matière qu’il enseignait, que je n’avais rien contre lui, mais qu’il m’était cérébralement impossible de retenir les formules que je notais, pourtant, scrupuleusement dans mon beau classeur. J’ai conclu avec un « gros bisou » et j’ai signé. J’ai obtenu un décevant 11, cependant, vu que mon laïus n’avait rien à voir avec le sujet, j’ai estimé que ce n’était pas si mal.

Après, plus rien. Quelques copies moins mauvaises que les autres, en fac. Notamment une particulièrement obscure sur un poème de Baudelaire, « Moesta et errabunda », que je descendais en flammes et pour laquelle j’obtins un 18. Pourtant mon prof était un des plus grands spécialistes mondial du Charles.

Et cerise sur le gâteau, une copie entièrement rédigée en alexandrins lors d’une épreuve de l’agrégation. Le sujet portait sur un des bouquins inconnus de Marivaux (qu’une maison d’édition avait spécialement réédité), que je n’avais pas lu parce que je déteste Marivaux et parce que le bouquin était trop cher. J’avais tout misé sur « La légende des siècles » de Hugo. Deux heures obligatoires en salle d’examen, 174 alexandrins. Et même pas un coup de fil du Guiness Book.

Voilà. Passionnant, n’est-il pas ?

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

15 commentaires sur “Carrière

  1. J’ai rencontré Arnold Schwarzenegger, une fois. C’était à L.A, du côté de Beverly Hills. Il était arrêté à un feu rouge. Dans une (vieille) Rolls marron immatriculée SCHWRZY ONE. Je l’ai suivi pendant deux minutes, puis il a tourné sur la droite, et moi j’ai continué tout droit.
    Un jour, peut-être, je raconterai tout ça dans un livre.

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  2. J’ai rencontré Dieu, une fois. C’était dans un bowling, du côté de Charleville-Mézière. Il enchainait strike sur strike. Dans de (vieilles) chaussures bicolores qui puaient les pieds. Je l’ai regardé jouer pendant deux minutes, puis il est parti aux toilettes, et moi j’ai fini ma bière. Un jour, peut-être, je raconterai tout ça dans un livre.

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  3. Message à Ernest : les carrières sont plus adaptées pour les chevaux de courses que pour les ânes, aussi sympas soient-ils (amen). Peut-être est-ce la raison pour laquelle Dieu les a rassemblés dans les cirques, dont le plus célèbre se nomme Gavarnie. (rubrique asinus asinum fricat). Bon, élève Karouge, au piquet ! Plus une heure de colle à lécher le mur. Non mais !

    Aimé par 2 personnes

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