Marronnier

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Tous les ans, tous les ans, tous les ans, il y a un 14 février. Franchement, on ne pourrait pas passer du 13 au 15, mettons une année sur deux. On le fait bien avec le 29 février une année sur quatre.

14 février, le jour de la fête des amoureux et celle des fleuristes.

C’est cynique de dire que c’est la fête des fleuristes, sauf que c’est la vérité.

La preuve, c’est qu’il n’y a pas de fête des célibataires.

Le célibataire n’est pas bankable. Le jour de sa fête, le célibataire ne s’offrirait pas des fleurs. Il ne réserverait pas une table au restaurant. Il n’achèterait pas un ticket pour le dernier spectacle à la mode. En résumé, il ne dépenserait pas plus que les autres jours, alors pourquoi lui dédier une journée tous les ans.

D’ailleurs, l’idée que le célibataire est un peu pince est un cliché. Sous prétexte qu’il achète des demi-baguettes, qu’il défait les paquets de lait pour ne prendre qu’une bouteille ou qu’il pèse une seule tomate dans un sac plus lourd que le fruit, il passe pour le radin de service.

Mais je m’excuse de vous demander pardon ! Le célibataire ne veut pas gâcher. Il n’est pas économe, il est responsable.

Si j’achète un pack de six bouteilles de lait, je suis certain d’en jeter au moins cinq. Je ne bois pas de lait et je fais une béchamel tous les six mois, en moyenne. Une baguette entière, c’est trop pour moi, et je ne possède ni poules ni cheval ni hamster.

Est-ce que les spécialistes du packaging pensent parfois aux célibataires ? Non. Presque rien n’est vendu à l’unité dans la grande distribution. Ni les côtes de porc, ni les petits pots de faisselle, ni les brosses à dents, ni les chaussures.

Au-delà de l’absence de fête annuelle dédiée aux célibataires, j’affirme que les singles souffrent de discrimination sociale. Les hommes en tout cas. Le célibataire, sans enfant(s), après un certain âge, devient louche. Au mieux, c’est un asocial, au pire un sociopathe.

Avouez que vous regardez de travers votre voisin de cinquante-huit ans que vous n’avez jamais vu en compagnie d’une femme, ni d’un homme d’ailleurs, qui a trois chats, une voiture de collection, des haies taillées au cordeau et qui ne reçoit jamais personne. Vous êtes persuadé que si la police faisait des fouilles dans son jardin, elle trouverait les corps de tous les disparus de la région depuis 1985.

Personnellement, je n’ai rien enterré dans mon jardin, à part une poupée de ma sœur, alors que j’avais six ans. Il y a prescription.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

8 commentaires sur “Marronnier

  1. Me permettez-vous d’apporter une précision au terme ‘marronnier’?
    C’était il y a plus de 60 ans, à Genève. Un journaliste du quotidien « La Suisse », disparu depuis longtemps, le quotidien et je pense le journaliste…
    En manque d’inspiration pour sa chronique journalière il avait salué l’apparition de la première fleur d’un célèbre marronnier de la cité de Calvin. La coutume était instaurée et chaque année ses collègues plaisantaient avec une question du genre: et le marronnier?
    C’est de là qu’est née l’expression journalistique: je ne sais pas que dire, qui a une idée pour un ‘marronnier’?

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s