Mov’in

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je revis.

Nous y voilà. C’est le grand jour. Depuis deux ans. Putain deux ans !

Personnellement, ça m’a manqué de ouf. C’est bien simple, je ne savais plus quoi faire de mes samedis soirs. J’avais remisé mon costume en velours violet, avec ses pattes de mammouth, au fond de la penderie. Les mites se régalaient. Mes bottines en suédine bleue avaient reçu le même traitement mais dans la buanderie. Les araignées se régalaient.

Que voulez-vous, lorsque, à mon image, le groove vous habite, comme un seconde peau, depuis l’enfance, très vite, l’absence de dance-floor devient une torture pour mon corps d’Adonis sculpté par les dieux dans l’unique but d’évoluer sous les boules à facettes, les sunlights et les mandarines.

Les platines en deuil se lamentaient de ne plus déverser des flots de house, de techno et de funk sur mes muscles effilés par quarante ans de déhanchements en mesure, scandés par les applaudissements des groupies qui se battaient pour un mouchoir humide de ma sueur sacrée salée.

La bouteille de Malibu s’évaporait dans des larmes au goût de noix de coco industrielles, alors que le jus d’ananas aigre rêvait d’ombrelles en papier et de pailles en carton ondulé.

Les cintres du vestiaires, en bois de cèdre directement importé des forêts primaires de la profonde Sibérie, se desséchaient du désespoir de ne plus supporter ma doudoune verte en nounours véritable.

Les balais, au poil soyeux, se déplumaient au fond du placard, ruminant leur douleur de ne plus regrouper, en petits tas inégaux, les cendres de mes cigarettes consumées sur le bord des tables, y lassant des marques indélébiles que des générations vénèreraient jusqu’en 2600, date de la destruction de la planète par la surconsommation de l’animal situé tout en haut de la chaîne alimentaire (si si, vérifiez, article « 2600 », ou les écrits posthumes de Stephen Hawking).

Le videur, reconverti dans la cueillette des tomates sous serres, regardait, avec la nostalgie des mâchoires fracassées au coup de poing américain, la date de péremption de sa bombe au poivre de cayenne et au piment d’Espelette, petit cocktail personnel, ergonomiquement adaptée à ses mains-enclumes.

Les discothèques rouvrent. Et je m’en fous. Mais d’une force.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

10 commentaires sur “Mov’in

  1. Idem. Qui va en discothèque ? Je suis sidérée par ces médias qui sont capables de faire leur une, et de la rabâcher, pour des trucs qui ne concernent qu’une toute toute petite partie de la population. Les discothèques réouvrent et peu de gens savent ou s’intéressent à ce qui se passent dans le monde. C’est fou. Bon je suis de mauvais poil, ce matin on dirait. Vais me refaire un café🤣Bon mercredi !

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