Un roi sans ambition

Connaissez-vous l’histoire du roi sans ambition ?

Non ?

Alors, allongez-vous confortablement sur votre chat, préparez-vous une bonne infusion de canapé et installez votre mug sur vos genoux, car je m’en vais vous la conter.

« Il était une fois un royaume immense qui s’étendait des terres du haut jusqu’aux terres du bas et des terres de droite jusqu’aux terres de gauche. Il était si grand qu’il fallait dix-huit jours aller et dix-huit jours retour, à un bon cavalier et une monture vaillante, pour en faire le tour.

A la mort du souverain du royaume, Trèsgrand 1er, ses onze fils se succédèrent sur le trône et n’eurent de cesse de repousser les frontières du domaine pour qu’il puisse rivaliser avec les plus imposants du pays. Chacun des onze frères mourut lors de batailles sanglantes pour gagner un talus ou un bosquet. En réalité, il existait un douzième frère. Cependant, celui-ci était si insignifiant que tout le monde l’avait oublié. Bien qu’il s’en défendît, il se trouva dans l’obligation d’accepter de devenir roi. Comme il était tout petit, ses sujets le baptisèrent Toutpetit 1er.

Toutpetit 1er entreprit de visiter son royaume. Comme il était tout petit, il dut chevaucher une toute petite monture qui mettait dix fois plus de temps qu’un cheval normal à parcourir une distance. Il lui fallut donc une année entière pour explorer chaque recoin de son fief. C’était beaucoup trop.

Alors, Toutpetit 1er décida de réduire la superficie de son bien. Il se rendit dans les terres du haut, et annonça aux pêcheurs, ici majoritaires, qu’il les affranchissait et qu’il leur offrait toutes les terres du littoral. Après il se rendit dans les terres du bas, et annonça aux paysans, ici majoritaires, qu’il les affranchissait et qu’il leur offrait toutes les terres alluvionnaires. Ensuite, il se rendit dans les terres de droite, et annonça aux éleveurs, ici majoritaires, qu’il leur offrait toutes les vastes prairies. Enfin, il se rendit dans les terres de gauche, et annonça aux montagnards, ici majoritaires, qu’il leur offrait tous les sommets.

Puis il rentra chez lui, satisfait.

Son castel se situait sur une colline qui dominait une cité de grande importance. Trop grande importance. Toutpetit 1er réunit les édiles et leur annonça qu’il les affranchissait et qu’il leur offrait toute la ville.

Puis il rentra chez lui, satisfait.

Toutefois, sa demeure était bien trop vaste pour lui. Il convoqua la cuisinière, lui annonça qu’il l’affranchissait et lui offrit toute la cuisine avec les batteries de casseroles. Elle accepta seulement si elle pouvait continuer à lui préparer ses repas et les brioches au chocolat qu’il aimait tant. Il en fut ainsi. Après, il convoqua la femme de chambre, lui annonça qu’il l’affranchissait et lui offrit tout le premier étage. Elle accepta seulement si elle pouvait continuer à prendre soin de son linge et de son ménage. Il en fut ainsi. Ensuite, il convoqua le palefrenier, lui annonça qu’il l’affranchissait et lui offrit toutes les écuries. Il accepta seulement s’il pouvait continuer de bouchonner le petit cheval du roi. Il en fut ainsi. Enfin, il convoqua le jardinier et son épouse, il leur annonça qu’il les affranchissait et leur offrit tout le parc. Ils acceptèrent seulement s’ils pouvaient continuer à fleurir son logis et lui fournir les fruits des arbres. Il en fut ainsi.

Puis il se retira dans ses appartements, satisfait.

Et Toutpetit 1er se convoqua lui-même. Comme il ne possédait plus rien d’autre qu’une modeste demeure et un tout petit cheval, il abdiqua et récupéra son vrai prénom, Jean-Claude. Il installa une coquette échoppe de cordonnier dans la salle du conseil, afin de subvenir à ses besoins.

Puis il vécut, satisfait.

Son histoire n’apparait pas dans les livres, mais on raconte qu’il épousa sa cuisinière, et qu’ils n’eurent aucun enfant biologique car le monde était bien assez peuplé à l’époque. En revanche, il se battirent avec l’administration pendant huit ans pour pouvoir adopter une petite fille et un petit garçon qu’ils couvrirent d’amour, de brioches au chocolat et chaussures neuves ».

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

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