Royal de Luxe

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, souvent, je déteste le théâtre.

Mais pas tout le temps.

Le théââââââââââtre classique m’ennuie profondément. Molière, Marivaux, Musset me cassent les arpions. Remarquez, vivre avec ce désamour n’est pas très compliqué une fois que l’on a quitté les bancs de l’école et ces profs sans imagination (dont j’ai fait partie) qui vous imposent de lire (ce qui en soit est déjà absurde) des pièces écrites au néolithique par des réactionnaires souvent qualifiés de visionnaires alors que leurs oeuvres sont truffées de clichés sexistes, antisociaux voire rétrogrades (là je vais manger cher en commentaires). Si seulement les établissements scolaires bénéficiaient d’une troupe de saltimbanques à demeure pour jouer les textes, les gamins pourraient se faire une idée plus juste de cet art. Ou pas.

Le mieux serait de varier les spectacles.

Un peu de théâtre antique, Aristophane par exemple. Une dose de farce médiévale, surtout s’ils n’ont pas été sages. Un soupçon de Cid, pour apprendre par cœur, « Nous partîmes trois cents et par un prompt raifort, nous nous vîmes les seins plein de sang en arrivant au Tréport… », ou à peu près. Et du Cyrano en intraveineuse, parce que Cyrano c’est bien. Enfin, un petit coup de Koltès, pour leur apprendre à vivre.

Et Royal de Luxe.

Si vous ne connaissez pas Royal de Luxe, je vous envie, car vous avez le loisir de découvrir cette troupe absolument fabuleuse.

Royal de Luxe est une compagnie nantaise de théâtre de rue. Toutefois, le mot théâtre est bien réducteur pour qualifier le travail de ces gens. A leurs débuts, ils tournaient avec la Mano Negra en Amérique du Sud.

Malheureusement, je n’ai pas eu l’occasion de les voir « en vrai ». En revanche, j’ai assisté à deux de leurs spectacles repris par une troupe chilienne (Gran Reyneta), de grand talent également.

Le premier s’intitulait « Soldes : deux spectacles pour le prix d’un ». Il avait lieu en extérieur et était gratuit. Bien sûr, la foule se pressait et les places étaient en nombre restreint. Une fois installés, nous avons attendu. Les techniciens finissaient la mise en place. Nous apercevions même les coulisses et, notamment, les comédiens qui se changeaient. Ou encore, l’un d’entre eux qui recevait une mémorable gifle pour avoir laissé trainer sa main sur le postérieur d’une collègue. Puis un homme monta dans les gradins et nous annonça un problème. L’un des deux camions de la troupe était coincé à Orléans (nous étions à Saint-Brieuc), or, le véhicule contenait la moitié des décors, des costumes etc… Ils ne pouvaient donc pas présenter le spectacle en entier, mais proposaient de mélanger les deux pièces à leur répertoire (« Hamlet » et « Le malade imaginaire »). Un délice extravagant. La scène ronde tournait grâce à un vélomoteur et nous fûmes tous emportés dans un tourbillon d’inventivité, de rires, de malice. Bien évidemment TOUT ce que nous avions vu constituait le spectacle.

C’était il y a quinze ans, au moins, mais j’y pense souvent. Je pourrais, sans doute, retrouver ce spectacle, et peut-être même l’original, sur YouTube, mais, comme pour certains livres ou films, je préfère garder intact le souvenir délicat.

Quoi qu’il en soit, au lieu de dégoûter vos chères têtes blondes avec « Les feux de l’amour (et du hasard) » ou avec « La miss Anthrope », l’éducation nationale ferait bien de revoir ses priorités et « imposer » Royal de Luxe à tous les enfants de la république.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

6 commentaires sur “Royal de Luxe

  1. Oh comme j’aimerai que l’Education Nationale ouvre un peu ses yeux … et se modernise ! Comme c’est pas demain la veille, je vais plutôt me faire ma propre culture que je partagerai avec mes enfants (une goutte d’eau dans l’océan…)
    Merci pour cette découverte !
    Je vais tâcher d’en apprendre plus sur eux.
    Belle journée

    Aimé par 1 personne

  2. Royal de Luxe, c’était du grand art de rue ! Je les ai vu la première fois à Bayonne avec « le Géant tombé du ciel », une sculpture articulée de dix mètres de haut, qui marchait grâce à un tas de lilliputiens qui faisaient fonctionner les articulations avec de longues cordes. Un peu plus tard ils ont acheté ou loué un vieux cargo dans lequel ils ont recréé en décour une rue de Nantes, et sont partis avec La Mano Negra faire un tour en Amérique du Sud.
    Il y a eu d’autres créations plus récentes. https://fr.wikipedia.org/wiki/Royal_de_luxe
    Idem pour le théâtre, c’était délirant…

    Aimé par 1 personne

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