Courtoisie d’antan

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Par un de ces hasards que la vie nous réserve, cet après-midi, j’ai emprunté une route sur laquelle je n’avais pas roulé depuis longtemps. A une époque, j’y passais très souvent.

Cette départementale jouit d’une cruelle renommée par chez moi. En effet, elle fut, voici une trentaine d’années, le tombeau d’un certain nombre de motards, tous issus d’une petite ville desservie par le bitume. C’était effroyable. Je ne les connaissais pas, sauf un qui était le frère déjanté d’une amie, mais j’apprenais, régulièrement, que Sainte-Catherine avait prélevé son dû parmi les casqués de la route (Sainte Catherine étant le nom du bled le plus proche des lieux des drames). Un peu inconsciemment, j’avais pris l’habitude de faire des appels de phares lorsque je traversais cette localité. Je le faisais même lorsqu’il n’y avait aucun gendarme à l’horizon. Les automobilistes et les cyclomotoristes que je croisais me retournaient un petit signe de remerciement et ajustaient leur vitesse nettement sous les 90 km/h autorisés. C’était ma petite victoire, rien de bien méchant.

A cette époque, le principe des appels de phares pour prévenir de la présence de la maréchaussée et de ses radars fixes ne surprenait personne. C’était totalement dans les mœurs. Je vous parle d’un temps où les contrôles biniou étaient rares (j’ai même connu la prévention biniou, si vous étiez positif au tut-tut, vous deviez abandonner votre véhicule jusqu’à dégrisement complet du bonhomme, et c’était tout) alors que ceux de vitesse pullulaient bien que l’on sache, très souvent, où les bleus se planquaient. Ils manquaient cruellement de fantaisie et d’imagination.

Cet après-midi, sur cette départementale, j’ai croisé un accident assez grave semblait-il. Les secours étaient sur place, je ne me suis pas attardé. En revanche, comme le crash avait eu lieu dans une courbe, j’ai fait des appels de phares (et non des « à pelle de far », je te devance Ernest) à tous ceux qui venaient face à moi. Eh bien, croyez le ou non, personne n’a esquissé le moindre signe de gratitude.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

12 commentaires sur “Courtoisie d’antan

  1. Ah! Les appels de phare prohibés… Dans les années 60, je roulais en DKW Junior et, avec les conducteurs de Porsche, nous étions les premiers à disposer du ‘Lichthupe’ de série, soit la commande au volant. Comme les ‘porschistes’ nous nous saluions lors des croisements avec nos congénaires mais les autorités ont interdit l’appel de phare, le déclarant juste permis pour attirer l’attention sur un danger, mais il semblerait qu’un contrôle de police ne soit pas un danger digne d’information! Puis les poids lourds s’y sont mis aussi, s’informant des contrôles. Interdit! Qu’à cela ne tienne, les routiers s’alertaient par un court balayage du pare brise… même par grand soleil!

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  2. C’est drôle, je me suis fait la même réflexion il y a peu de temps, pas une réaction à mes appels de phares. J’ai presque failli piquer un fard, me demandant si mon attitude n’était pas complètement vintage.
    Mon hypothèse toute personnelle à la disparition de cette tradition : avec l’option « allumage automatique des feux », je me demande si les conducteurs se souviennent de l’emplacement du comodo qui actionne les feux de leur petite merveille de technologie connectée et qui se gare toute seule. Il leur faudrait regarder un tuto sur youtube mais leur portable ne capte pas très bien à cet endroit et cela les forcerait à couper leur importante conversation téléphonique.
    Bref, soyons lucides, plus personne n’a le temps de prévenir les autres usagers de la route d’un danger imminent. Les priorités sont bien ailleurs, que croyez-vous ? Non mais !

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  3. Une autre hypothèse : ils étaient bien trop occupés à guetter la raison des appels de phares, espérant se repaître d’un spectacle original ! Sur l’autoroute que nous empruntons, dans la vallée qui relie Aix et Marseille, au moindre accrochage deux bouchons se forment : les bloqués par l’accident et, sur des kilomètres, les curieux! J’en suis toujours atterrée !

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