Alerte disparition

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

J’ai un gros défaut peu en symbiose avec l’époque dans laquelle je vis. Je supporte pas les fautes de Français sur quelque support que ce soit, même internet. Je comprends pas que des gens qui éprouvent le besoin de s’exprimer sur les réseaux sociaux notamment, fassent pas l’effort de corriger leur langue en ouvrant un dictionnaire ou une grammaire niveau CM1. Je veux pas m’ériger en pourfendeur des mauvais usages de la langue française, mais j’estime qu’il est important de pas laisser celle-ci se déliter davantage.

Alors oui, les gros malins, j’ai commis cinq fautes de Français dans le paragraphe précédent. Cinq fois la même en vérité. J’ai omis le « ne » dans mes tournures négatives. Si j’ai choisi cet exemple, c’est parce qu’il faut bien opter pour une cause. Impossible de combattre tous les moulins à vent de la dégénérescence de notre langue. Je vais donc plaider pour la sauvegarde d’une négation complète.

Que je sache la grammaire française n’a jamais eu à subir le feu de l’ennemi. Dans le cas contraire, je pourrais comprendre qu’elle ait été amputée d’un mot lors d’un bombardement meurtrier ou lors d’une charge sabre au clair. Elle n’a pas non plus été dépouillée par un cambrioleur manquant d’ambition, dont le choix se serait porté sur ce pauvre petit « ne » sans valeur marchande.

Une langue évolue me direz-vous. Certes approuverais-je. Mais elle évolue essentiellement par l’oralité. Et je ne veux pas combattre l’oral. C’est une cause perdue. Et au fond, je n’y vois pas vraiment d’inconvénients, ma propre expression orale laissant, parfois, à désirer. L’écrit impose suffisamment de travail pour sa sauvegarde.

Si je m’en tiens au « ne » de la négation, force est de constater sa disparition presque complète et quasi définitive du discours oral. RIP. J’aimerais que les journaux, les télévisions, les éditeurs et tous ceux dont le métier repose sur la diffusion de la langue écrite aux masses laborieuses s’unissent pour que vos petits-enfants puissent encore lire dans la PQR, dans les sous-titre d’Arte ou dans les polars (traduits) scandinaves, de belles négations agrémentées de leur « ne » indispensable. Sinon, dans cinquante ans « Chépa » fera son apparition dans les pages du Petit Robert (qui aura bien grandi, mais de travers). Heureusement, je ne serai plus là pour constater une telle abomination, qui m’aurait achevé.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29

14 commentaires sur “Alerte disparition

  1. Quelque chose qui me surprend, en ce qui concerne l’évolution de la langue, c’est qu’elle n’a pas adopté la même habitude que l’espagnol quant aux pronoms. En français, il faut toujours dire « je », « tu/vous », etc. En espagnol, on peut utiliser les verbes conjugués sans noms — « tengo » au lieu de « yo tengo », « tienes » au lieu de « tu tienes,» etc.

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    1. Je pense que cela tiens au fait que nous avons un temps en français qui n’a pas besoin de son pronom : l’impératif. Si nous enlevions les pronoms, cela changerait tout le sens de la phrase… « Je fais à manger. » deviendrait « Fais à manger. », ce qui n’est pas du tout la même chose…

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  2. J’ai eu du mal à me concentrer à la lecture du premier paragraphe… les « ne » me manquent ! Je vous rejoints totalement sur cette idée : je ne comprends pas cette absence de volonté de vouloir écrire correctement… quand je fais un faute même dans un SMS ou en discussion WhatsApp avec ma famille, je suis obligée de renvoyer un message de correction… et quand je ne peux pas changer les choses j’ai vraiment honte … est-ce normal docteur ?

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  3. S’il ne s’agissait que du « ne », tout ne serait pas perdu. Chaque année je désespère devant la découverte des mots qui font leur entrée dans le dictionnaire.
    Nous perdions des points si nos dissertations comportaient des fautes, je doute qu’aujourd’hui ce critère soit toujours d’actualité dans le système de notation.
    Pas plus tard que la semaine dernière, je suis passée devant un lycée. J’ai capté une conversation d’un groupe de jeunes : je n’ai pas compris un traitre mot de ce qu’ils se disaient. Leur langage truffé de mots en verlan, agrémenté de « genre » et débité à une vitesse qui dépasse celle du son (un comble) m’a laissée dubitative et surtout effrayée.

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  4. Il me semble que chacun de nous a ses combats! Je ne supportais pas d’entendre une collègue prof de français dire  » un espèce de » au lieu du féminin. Ce masculin se répand traîtreusement (avec accent) à notre époque. Je détestais la formule de subordonnée finale négative « pour pas que » (pour pas que tu le fasses) au lieu de  » pour que ne pas » ( pour que tu ne le fasses plus)… Et je lis cette structure de plus en plus souvent. En ajoutant ces fameuses corrections automatiques qui me rendent folle… je me donne bien du souci inutile. La langue évolue depuis toujours et l’orthographe, fixée
    par des grammairiens du XVIème, n’a pas cessé d’être remaniée depuis… Et les accents ne sont plus obligatoires sur les u et les i (une ile… Aïe, j’ai mal!) Personnellement, je me contente désormais de m’auto-corriger de mon mieux… sans réduire les autres à leurs erreurs… Ni les juger uniquement sur l’orthographe. Ne vaut-il pas mieux penser droit au risque de mal le formuler plutôt que l’inverse?

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  5. Entièrement d accord ! Dans la bande passante des chaînes d infos c ´est fou le nombre de fautes ! Et dans la bouche de certaines personnes interviewées, même des gens lettrés parfois! Une faute très bizarre que je remarque depuis quelques années : le non accord de « lequel » est-ce toléré ? Car je l entends hyper souvent, par exemple: « la France dans lequel j ‘ évolue … » ça me choque l’oreille à chaque fois !

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