Qui va à la chasse ?

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Nous vivons une époque difficile. Tout augmente. L’autre jour, j’ai fait des courses, des produits de première nécessité, j’ai payé avec mon sang. Comme j’aimerais garder les organes qui me restent, j’ai décidé de me débrouiller pour m’alimenter gratuitement.

Je vous l’ai souvent conté, et même parois montré, j’habite à vingt mètres de la mer. Or, quel meilleur garde-manger que la Manche ? D’autant que, ce ouikène, avaient lieu les grandes marées.

Je dispose d’un supermarché à ciel ouvert grand comme une cinquantaine de centres Leclerc. Sans caisses, sans caddies, sans pizzas Buitoni. Seul petit problème, malgré l’immense surface à explorer, la faune comestible est assez rare. Contrairement à un grand nombre de plages environnantes, la « mienne » ne produit pas de coquillages. Ni coques, ni huîtres, ni bigorneaux, ni moules, ni palourdes, ni couteaux, walou. En même temps, cela m’est égal, je déteste ces trucs qui ressemblent, au mieux, à des crottes de nez, au pire, à des glaviots de tuberculeux. Et puis, creuser le sable pendant des heures pour récolter des bestioles dont l’activité principale est de filtrer l’eau et de stocker tout un tas de saloperies dans leur coquille, très peu pour moi. L’avantage, c’est que les pêcheurs n’abondent pas.

Si les coquillages sont aux abonnés absents, il n’en est pas de même des animaux nobles dont je me targue d’être un des plus grands spécialistes de l’hémisphère nord, j’ai nommé la crevette. Attention, je parle du bouquet, pas de la minuscule crevette grise que pêchent ces sauvages de l’extrême ouest de la péninsule bretonne et qu’ils mangent, intégralement, sans le petit plaisir supplémentaire de la délicate décortication qui fait sentir des doigts.

D’ailleurs, je ne pêche pas, je chasse. Et c’est tout un art.

Le pêcheur de bouquet lambda arpente l’estran en remuant des tonnes d’algues et de rochers, pour un résultat décevant et une lombalgie. Le chasseur de bouquet se pose à un endroit stratégique, demeure immobile pour passer inaperçu et attend. Le plus important est de ne pas oublier ses cigarettes, même si vous ne fumez pas, c’est tellement long que vous vous y mettrez.

Les mois d’avril sont meurtriers, disait le romancier, sauf pour les crevettes, je rajouterai. Je suis revenu bredouille (broucouille comme on dit dans le Bouchonnois). Toutefois, si mon panier était vide en rentrant chez moi, ce n’est pas parce que les crevettes étaient toutes à Rome, c’est que, d’une part, la meilleure saison pour le bouquet, c’est plutôt fin de l’été début d’automne, d’autre part, le printemps est la saison des amours et ces dames qui échouaient dans mon haveneau portaient toutes des œufs. Or, ma déontologie m’interdit de prélever des futures mamans de notre écosystème. En plus, les œufs de crevettes, à la coque, ce n’est pas terrible.

J’ai bien croisé deux ou trois homards, mais c’est d’un tel commun par chez moi que je les ai laissés vaquer.

Ce soir, j’ai mangé des coquillettes au naturel.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29

13 commentaires sur “Qui va à la chasse ?

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