Bœufs-carottes

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Cet après-midi, 15 heures, j’ai un rendez-vous téléphonique avec Pôle Emploi. Pas avec mon conseiller, avec une dame dont le métier consiste à vérifier que les bénéficiaires d’allocations gouvernementales se bougent le derche afin de quitter la liste des demandeurs d’emploi.

A 16 heures, j’ai quitté mon poste de guet auprès de mon smartphone, 14 ans d’âge, pour m’en retourner tailler les haies. Il n’a pas sonné.

Et lorsque je manipule ce bienfait de notre civilisation qui permet d’exposer, à la face du monde, des haies parfaitement tirées au cordeau, je réfléchis.

Je bichais un peu, je l’avoue. J’imaginais les excuses les plus plates que la dame serait bien obligée de me présenter pour m’avoir posé un lapin. Et puis, je m’interrogeais sur la hiérarchie dans la fonction publique.

Si le taf de cette femme est de vérifier que les chômeurs produisent les efforts nécessaires pour s’extraire de leur condition misérable, qui la surveille, elle ? Existe-t-il des vérificateurs de vérificateurs ?

Ce n’est pas très clair. Alors, je vous propose un autre exemple, issu de ma vie d’avant.

Dans l’Education Nationale, il existe une catégorie d’êtres humains (qui n’ont pas grand chose d’humain) que l’on appelle les inspecteurs. Leur boulot consiste à venir faire chier les profs sur leur lieu de travail, afin de constater si les enseignants mettent bien en application les réformes stupides que le corps inspectoral a décidé, en dépit du bon sens. Notamment les profs n fin de carrière qui n’aspirent qu’à une chose, qu’on les laisse tranquilles.

Je me suis toujours demandé si les inspecteurs étaient, eux-mêmes, inspectés. Et si oui, ils devaient l’être pendant l’exercice de leur fonction. Donc lors d »une inspection. Et les inspecteurs d’inspecteurs, ne devraient-ils pas être inspectés ? Et les inspecteurs d’inspecteurs d’inspecteurs ? Et… Bon, vous avez compris où me mènent mes réflexions philosophiques.

A quel moment se dit-on : « Tiens, je vais exercer un profession qui me permettra de sanctionner mes semblables » ?

A 19H20, j’ai reçu un appel sur ma messagerie. Il émanait de la dame, à 15H00. Mon téléphone a, encore, fait des siennes. C’est moi qui vais devoir présenter des excuses. A tous les coups, elle ne me croira pas.

Chienne de vie !

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29

15 commentaires sur “Bœufs-carottes

  1. C’est 1984… ! Pour avoir été inspectée par un Inspecteur Général au… 3eme jour d’exercice de ce qui fut mon métier, quand j’étais auxiliaire, et plus tard par un trio (les apprentis et le maître) puis plus tard encore par une apprentie qui ne pouvait m’indiquer la note obtenue, devant en référer à son chef… Et avoir pâti comme tout le monde des oukazes de cette catégorie de rouage… Je recauchemarde en lisant votre chronique… Ça fonctionne mal parce que c’est plein de petits chefs avec des certitudes temporaires, au gré des directives régionales et des tempéraments humains… Des machines feraient-elles mieux?… Ouh là… Je me sens observée ! J’éteins vite! Vous effacerez mes traces, hein ?

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  2. Le principal n’est-il pas que tes haies soient bien taillées (Chacun sont métier et les haies seront bien taillées…) ? Ton histoire résume, à elle seule, ce qui nous tue à petit feu depuis des lustres… Pourquoi faire compliqué lorsqu’on peut faire simple ?! Nous avons une pléthore de petits surveillants (bien payés), de services administratifs, d’institutions, de labels, de commissions, de sur-commisssions, etc, etc… bref, « trop de trop, tue le trop ! » et nous, avec ! Bien sûr, qu’elle ne te croira pas ! Elle va te prendre en grippe, t’enquiquiner jusqu’à plus soif, te faire hièche ! Bon courage, mon pote !
    Une société qui surveille à ce point les individus, que nous sommes, avoue avoir raté quelque chose, finalement…

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    1. Un prof doit évaluer et… Surveiller ses élèves ! Il envoyaient des bouts de gomme dans mon dos ou du papier au plafond pour exprimer leur révolte ! Désormais libérée de cette surveillance imposée par la hiérarchie comme les parents… Je surveille mes haies! Quoi? Elles souffrent d’oïdium! Vite! je les taille… Vlan, le soleil les brûle ! Les haies aussi se révoltent : elles font leur tête de vieille rabougrie!

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  3. Mes collègues préférés étaient ceux avec qui je mettais l’ambiance en salle des profs ( blagues, chant… Disputes parfois… Blagues toujours)! Une bataille de boulettes, on n’y avait pas pensé mais , une année, on s’est jeté des bombes à eau, fin juin… à la sortie du brevet bien sûr ! Fin juin -début juillet près d’Aix, le soleil tape fort!

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  4. Elle va venir exercer son contrôle à votre domicile, je le sens. Ne vous méprenez pas, il se peut que ce soit une véritable créature qui apparaisse lorsque vous ouvrirez la porte. Vous pourrez lui montrer votre gros taille-haie et lui enseigner des techniques d’élagage. Puis, vous lui offrirez une citronnade.

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