Persona non grata

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

J’ai souvent l’occasion de vous parler de mes malheurs médicaux et de ce que je mets en œuvre pour les éloigner, le plus possible. Chaque jour, je m’évertue à marcher, au moins, quarante minutes. Il parait que ma glycémie n’aime pas cela. J’avoue que je ne vois pas bien les résultats mais je ne veux pas fâcher ma médecin, alors j’use mes semelles avec application.

Le principal inconvénient, lorsque l’on habite une petite ville de 9000 habitants, c’est qu’il est assez difficile de varier les itinéraires. Depuis le temps que j’arpente les rues de la commune, il en reste peu que je ne connais pas.

Aujourd’hui, j’avais un but de promenade. Il y avait un vide-greniers à proximité de chez moi. Je ne le savais pas, mais l’entrée était payante. 1,50 euro pour déambuler entre des fringues démodées et des bouquins en plus mauvais état que ceux, gratuits, des Cabanes à Livres. N’étant pas un habitué de ces lieux, j’ai été fort surpris de constater que certains exposants sont des professionnels. Vraiment, je ne m’y attendais pas. Je croyais qu’il y avait des lois dans ce pays. Or, une femme vendait une multitude de figurines de tous horizons (Schtroumpfs, Mario, Naruto…), qui, visiblement, n’avaient jamais encombré son grenier. 5 euros la Schtroumpfette ! Elle m’a pris pour un lapin de trois semaines ou bien ?

Pour calmer mes nerfs, j’ai choisi de rentrer chez moi en traversant une zone pavillonnaire en plein travaux. L’accès n’est pas interdit, mais, clairement, le badaud n’est pas le bienvenu. Il est vrai que, si j’avais été malhonnête, j’eus pu subtiliser de nombreux matériaux abandonnés là, vendredi soir, à la portée du premier venu équipé d’un Fenwick et d’un fourgon. En effet, il ne s’agit pas de petits outils aisément escamotables dans la poche de son coupe-vent, mais de palettes de parpaings ou de sacs de ciment, et, plus surprenant, de fenêtres rutilantes, en attente de pose, fort attirantes pour qui a besoin de fenêtres. Ce n’est pas mon cas. Et je n’ai jamais rien volé dans ma vie (sans doute l’héritage de mes ancêtres commerçants), à part des verres vides en discothèque.

De toute manière, je ne risquais pas de barboter quoi que ce soit. En effet, les futurs résidents passent une partie, non négligeable, de leur ouikène, entre les murs de leur maison en devenir. Ils surveillent. Avec tous ces branleurs adeptes du saccage gratuit, je les comprends. Toutefois, cette situation donne lieu à des scènes cocasses. Ainsi, cette famille nombreuse qui a installé un barbecue dans le salon, expérience originale qui sera déconseillée lorsque le bâtiment sera déclaré hors d’air. Ou ce chien qui teste tous les coins du futur jardin pour décider de l’emplacement de sa niche. Ou ces enfants qui profitent des gravats pour s’amuser comme des petits fous.

Les regards sur moi ne sont pas très bienveillants. Qui c’est celui-là ? semble dire la grand-mère, plantée sur sa chaise en plastique, dans ce qui sera l’entrée dans quelques semaines.

J’espère que mes futurs voisins se décrisperont quand on leur remettra les clés.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29

20 commentaires sur “Persona non grata

  1. La marche, c’est sous les arbres, pas entre les parpaings 😂. Effectivement, ça doit être frustrant d’être hors sol.
    Bon, je vais marcher moi aussi, mais dans les chemins (900 habitants ici, pas de lotissement).
    Je t’enverrai une photo.

    Aimé par 1 personne

  2. Vivant depuis 2005, ça m’a pris 5 ans avant de recevoir les salutations sincères et aimables des voisins. Lors d’une balade avec mon chien, je me suis retourné face à un voisin et j’ai dit  »Coucou, je suis là ! » Ce voisin comptable de son état perdit son flegme pour rire aux éclats. Vers la même époque, un autre voisin taciturne sortit de chez lui pour venir caresser mon bouvier des Flandres sans me regarder. Par la suite, ce deuxième voisin se dégela peu à peu et le comptable me déclara que j’étais le seul dans le quartier qui avait réussi à apprivoiser le flatteur anglo de toutou. Bref, faut juste être patient avec les gens, semble-t-il.

    Aimé par 1 personne

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