Dura lex

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Il parait que depuis le premier confinement (vous avez remarqué comme ça fait roman de SF quand on dit « depuis le premier confinement » ?), les Français ont redécouvert leur jardin. Avant, lorsqu’ils le traversaient, ils fermaient les yeux et se cognaient dans le nain de jardin offert par cette andouille de Jean-Claude. Ils tondaient le gazon, enfin l’herbe, deux fois par an, histoire de retrouver les jouets du petit dernier et le dentier de belle-maman.

Mais maintenant, c’est différent. La moitié de la population se prend pour André Le Nôtre, l’autre moitié fait pousser des tomates-cerises sur son balcon.

Seulement, la plupart des gens ont une activité professionnelle rémunérée qui occupe l’essentiel des jours de la semaine. Il arrive même que des contemporains ne disposent que du dimanche pour s’occuper de leurs plants de courgettes et de leurs massifs d’hortensias. Mais alors, en silence.

De très nombreuses municipalités ont pris un arrêt interdisant de faire du bruit le dimanche. Vous pouvez jardiner, mais hors de question de sortir le tronçonneuse, la débroussailleuse, la souffleuse ou la tondeuse. Même certains sécateurs sont prohibés. Ou alors vous êtes équipés en outillage à batterie, nettement plus silencieux, mais un chouia moins efficace. Ben si, lorsqu’il vous faut deux batteries pour tailler le haie et que les grosses branches continuent à vous narguer, c’est moins efficace. En plus, la déchetterie est fermée le dimanche. Normal. On ne va pas demander à un employé municipal de travailler le dimanche (ceci dit sans aucune ironie). En revanche, moi je veux bien.

Quand j’étais petit garçon, je détestais les dimanches dédiés au jardin. Sauf la fin de journée. Le tantad. « Tantad » est un des mots bretons qui signifient « feu ». J’avais horreur de gratter la terre pour en extraire les mauvaises herbes, mais j’adorais jeter l’allumette enflammée sur le tas de saloperies.

C’est terminé. Fini le petit plaisir de regarder se consumer tout ce que vous avez arraché, la journée durant. La loi est passée par là. Comme le législateur est un être sage, je suppose que la décision d’interdire les feux domestiques est consécutive à l’observation, par des fonctionnaires zélés, de l’inconséquence de certains qui auront abusé de liquides inflammables pour se débarrasser de broussailles.

Clairement mon voisin ne connait pas la loi. Ce matin, il a emboucané tout le quartier en faisant bruler je ne sais quoi. J’ai failli appelé les pompiers, mais je me suis souvenu qu’il ne faut pas déranger les employés municipaux, le dimanche. Et puis, il a plu.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29

14 commentaires sur “Dura lex

  1. Une fois de plus, je ne mesure pas ma chance de pouvoir faire du feu en toute légalité grâce à l’OLD (pour ceux qui ne savent pas encore ce qu’est l’OLD alors que j’en cause dans presque chacune de mes chroniques : Obligation Légale de Débroussaillement (50 m autour de la maison, soit 8848 m2, en admettant que Pi fasse 3,14116 ce qui reste à prouver). En effet, par dérogation préfectoral, je peux brûler tout ce que je veux (jusqu’au 15 juin) sans que l’on puisse me dire quoique ce soit ! Et je ne m’en prive pas ! Au début, un peu con-con, je préférais me débarrasser des branches et arbustes coupés de façon écologique (!) en trimballant tout ça vers ma déchèterie située à 10 bornes de chez moi (à mes frais et des dizaines de voyages…) mais devant la masse considérable de végétaux s’accumulant au fil des jours, et ma fibre écolo s’amenuisant petit à petit autant que mes forces physiques : je me suis dit que cela serait plus facile de tout brûler ! En terme de pollution, c’est un désastre, je vous le concède, mais pour ma défense, je plaiderai que ce n’est pas moi qu’y a commencé les conneries, en m’intimant l’ordre d’abattre des dizaines d’arbres en pleine santé…

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  2. J’y vais de ma petite histoire:

    Dans une commune du bassin lémanique où j’habitais, il y avait incompatibilité d’humeur entre les résidents et les organisateurs de fêtes, de concerts et d’autres choses disons… bruyantes. Les plaintes émanaient surtout de nouveaux habitants, récemment arrivée de la grande ville (Genève pour ne pas la nommer) mais qui ne se gênaient pas pour passer la tondeuse à gazon les samedi et dimanche matin!

    Un jour nous avons découvert une gigantesque inscription, avec des lettres de 1m50 de haut, sur un mur de dépôt agricole:

    BAISSEZ LA MUSIQUE… QU’ON ENTENDE LES TONDEUSES!

    Ça n’a probablement rien changé mais personnellement j’ai bien ri!

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  3. Ouf, dans mon village, personne ne se prive de passer la tondeuse ou autres outils bruyants le dimanche matin et jours fériés. Et puis, faut pas pousser, ça ne dure que quelques mois, d’autant qu’en plein été, avec le cagnard, l’herbe ne pousse plus. Je ne sais même pas s’il y a une loi pour ne pas brûler les végétaux, mais, quand j’ai besoin, ben, je prends le droit.
    Pour ce qui est de la déchèterie, y ayant bossé durant ma jeunesse (dans un siècle précédent), elle était ouverte le dimanche matin. Sinon, comment feraient les gens?

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