Plein fer

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Je ne suis pas, à proprement parlé, ce que l’on appelle un sportif. Je n’ai jamais pratiqué un sport à un niveau supérieur à celui d’amateur. Mauvais amateur.

Lorsque j’étais gamin, mes parents ne se souciaient pas de m’inscrire à tel ou tel club de sport. J’ai fait deux années de football, à un âge où l’influence du père était plus importante que le talent du fiston. Comme mon géniteur n’a jamais daigné déplacer ses grosses fesses sur le bord du terrain pour m’encourager, les dirigeants ne se sont pas sentis obligés de me faire jouer, d’autant que j’étais nul.

Un peu plus tard, j’ai soumis à ma mère l’idée de me faire découvrir le judo. Fin de non-recevoir. Le judo était bien trop populaire et trop dangereux. Ma mère ne supportait pas l’idée que son fils mêle sa sueur à celle des autres. Quelle vulgarité !

Comme je n’avais pas d’activité sportive, je passais les ouikènes tout seul, à m’imaginer surdoué du ballon, de la raquette ou du tatami, pendant que les copains s’éclataient sur les terrains et surtout après. Car, bien entendu, il n’était pas question que je rejoigne les « sportifs » dans les lieux de débauche, en fin d’après-midi.

Pourtant, je me débrouillais plutôt bien dans un sport. On pourrait, presque parler, de don. Sauf que le sport en question n’était pas, du tout considéré, à l’époque. Au mieux, c’était un loisir, au pire un passe-temps de vieux messieurs.

Tout petit, j’ai développé des capacités intéressantes pour la pétanque. Oh, rien de hors normes, mais une habileté qui faisait de moi un petit phénomène dans le quartier, l’été, à la plage. Une dizaine de vieux bonhommes passait sa journée à jouer aux boules sur le petit chemin qui menait chez moi. Je ne sais plus comment cela a commencé, mais dès qu’il manquait un joueur, ils venaient jusqu’à la maison demander si j’étais disponible. Et je l’étais, toujours. En vérité, je n’attendais que cela. J’étais tireur. Le meilleur du quartier. Ceci dit, mes voisins n’étaient pas des champions, non plus. C’était juste des petits vieux qui tuaient le temps.

J’ai participé à un seul concours. Que j’ai gagné. Je possède toujours la coupe. J’étais en 6è, et mon partenaire et moi avons gagné très facilement. Depuis, je ne joue qu’avec les copains (donc je ne joue plus du tout puisque je n’ai plus de copains) qui se battent pour que je sois dans leur équipe.

Un jour, je suis allé assister à un championnat quelque part dans le nord du département. Je ne savais même pas que cela existait. J’ai découvert un monde assez étonnant, avec ses stars (Fazzino, Foillot, Suchet…), ses produits dérivés et l’enthousiasme d’un nombreux public conquis.

J’ai raté ma vocation. J’aurais pu devenir un bon joueur de pétanque. Sauf que pour ma famille, et notamment ma mère, la pétanque était trop ordinaire, trop populaire. Dommage…

Non, mais sérieusement.

 © Gifnem29

8 commentaires sur “Plein fer

  1. La pétanque a sûrement plus d’un lien avec l’écriture dont le moindre est de se rapprocher au plus prêt du cochonnet. Et je ne fais nullement allusion à autre chose qu’à une idée qu’on essaie de rendre claire bien sûr, rien de cochon là dedans sauf l’homonymie.

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  2. Pour autant c’est une discipline qui est revenue depuis quelques années. Dès le retour des beaux jours, bon nombre de jeunes adeptes se retrouvent sur la place non loin de chez moi pour des parties endiablées.
    Je passe et ne fait que regarder, toute discipline exigeant de viser et lancer n’étant pas dans mes cordes. Ma seule préférence sportive : la glace.

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  3. « J’ai participé à un seul concours. Que j’ai gagné. »

    Ah ah ! ça ne vous a pas empêché d’être « Lauréat » en 2020 pour votre bouquin (Dossiers froids, éditions Ouest France) ! Et quand vous nous racontez que vous vivez comme Crusoë dans votre Bretagne déserte, tous vos lecteurs/trices connaissent votre aventure avec madame Robinson!

    Pour documenter mes dires, j’ai même retrouvé une vidéo filmée dans votre appartement il y a quelques années (c’était avant la parution du bouquin et l’apparition de la Covid). Alors, la pétanque, ce n’est que miroir aux alouettes. 😎

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