Purpura

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me raconte.

J’ai déjà eu l’occasion de vous narrer, brillamment, les anomalies corporelles et autres maladies que j’ai dû supporter au cours de ma triste existence (cf article « Ouvrard »). Par pudeur, peut-être, ou pour ne pas choquer votre sensibilité, j’avais passé sous silence mon enfance.

En effet, mes souffrances ont commencé très tôt. A vrai dire, dès la maternité, pour un problème masculin sur lequel je ne m’attarderai pas mais qui concerne beaucoup plus d’hommes que l’on croit.

C’est à sept ans que s’abat sur le petit garçon charmant que j’étais, une maladie qui laissera pantois un certain nombre de praticiens, pourtant spécialisés dans les affections enfantines. Une grande lassitude s’empare de moi du jour au lendemain et, peu à peu, mon corps ne répond plus aux pulsions électriques envoyées par mon cerveau. Il m’était devenu quasiment impossible de quitter mon lit. Et ce n’était pas de la comédie, vu qu’à l’époque, pauvre petit garçon irresponsable, j’aimais l’école. Enfin, j’aimais surtout Frénégonde (prénom d’emprunt) qui, elle, ne m’octroiera pas le moindre regard jusqu’à la fin de la cinquième, et qui épousera un footballeur de seconde zone.

Panique à bord ! Mes parents se rongent les sangs mais n’annulent pas, pour autant, leur voyage en Grèce parce que bon tu comprends, mignon, on a versé des arrhes. Je n’ai pas la moindre idée de ce que sont les arrhes mais je suis assez content, au fond, car je suis expédié chez mes grands-parents pendant quinze jours, et je sais que j’y serai chouchouté.

Au retour de mes parents, bronzés et souriants, à leur grand regret, je ne vais pas mieux. Pourtant, j’ai été gavé de Crème Mont-Blanc (goût praliné). Sans effets notables. Ma génitrice se décide à me présenter à un pédiatre. J’ai un très bon souvenir de ce pédiatre car, d’une part, il ne me faisait pas mal et ne m’imposait pas de traitement médicamenteux infect, et, d’autre part, il m’offrait un petit soldat à la fin de chaque consultation.

Au final, ni le pédiatre ni les spécialistes ne mettront un nom sur ma pathologie. Il sera question, un temps, de leucémie (cela je l’apprendrai quarante ans plus tard !), puis le terme « purpura rhumatoïde » semblera emporter l’adhésion. A nouveau quarante ans plus tard, le hasard me mettra face à une jeune fille atteinte, officiellement, d’un purpura rhumatoïde. Rien à voir. Toujours quarante ans plus tard, alors que je sommais ma mère de me dire, enfin, de quoi j’avais souffert, selon elle, infirmière de son état, elle noya le poisson et me dit, juste, que mon père et elle avaient eu très peur pour la vie de leur petit garçon. C’est sans doute pour cette raison que mon géniteur n’a jamais foutu les pieds dans ma chambre de malade.

C’est ainsi que, bien que j’aie gardé le lit pendant quatre mois, l’année de mon CE1, je ne sais toujours pas, près de cinquante ans plus tard, le nom de ma maladie, mais je suppose que ma fatigue chronique et mon énergie absente, depuis tout ce temps, sont les symptômes d’un mauvais diagnostic. Je n’en veux pas aux médecins, étant donné que, à l’époque, la médecine moderne n’avait pas encore soufflé ses cinquante bougies.

Je vous prierai de pleurer en silence.

Non, mais sérieusement.

 © Gifnem29 – juin 2022

14 commentaires sur “Purpura

  1. Bonjour je « sanglote en silence sur le clavier de mon ordi » mais tr^ve de plaisanterie, cela n’a pas du être drôle pour le gamin que vous étiez , le principal vous en êtes sorti vivant OUF! bonne journée Amitiés MTH

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  2. Cette histoire nous ramène à Hector Malot puisqu’elle suscite de la gêne pour les malheurs d’autrui . Je n’en rajoute pas à une situation qui me dépasse. Et qui dépasse probablement la plupart de tes lecteurs.
    Quand on n’a rien à dire… on se tait. C’est donc en silence que je vais repenser à ta vie…
    Salut l’ami!

    Aimé par 3 personnes

  3. Le Purpura d’effort m’étreint… Je ne parviens pas à compatir et je ne pense qu’au magnifique adjectif « purpurines », prononcé du bout des lèvres… L’insensibilité pour 40 années de dilution du danger, c’est grave, docteur?

    Aimé par 1 personne

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