Quoi ma gueule ?

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Huit mois de l’année, je vis dans une riante cité de 9000 habitants et des cacahuètes. C’est la commune dans laquelle je suis né et où j’ai passé les trente premières années de ma vie. Puis, je me suis exilé pendant vingt ans, avant d’y revenir donc.

Entre dix-huit et trente ans, j’ai pas mal trimballé ma carcasse dans les lieux de débauche de la ville. Oh, rien de très original, quatre ou cinq bistrots et une discothèque qui a fermé depuis belle burette.

Comme je vous le dis souvent, je suis scrupuleusement les conseils de ma toubib, donc je marche beaucoup dans les rues de la ville.

Au début, je n’avais pas fait attention à un truc. Les gens me dévisagent. Non pas à cause de ma notoriété grandissante (ma mère m’a reconnu dans le jardin et elle m’a demandé un autographe), non pas du tout. En réalité, je fais la même chose. Je dévisage aussi. Mais pas tout le monde. Je scrute la figure des gens qui ont à peu près mon âge.

(attention la suite de ce texte contient une réflexion philosophique à la mords-moi-le-nœud ; la rédaction de Jourdhumeur décline toute responsabilité quant à d’éventuelles séquelles neuropsychologiques sur la personnalité de ses lecteurs ; en vous remerciant)

Il me semble que cette scrutation réciproque correspond à une volonté inconsciente de retrouver sa jeunesse. Je cherche, dans ces visages que le temps a, en partie, gommé, à distinguer des bribes de mes années folles. Pour l’instant, les résultats sont assez décevants. Il faut dire que je ne suis pas très physionomiste. Toutefois, derrière certaines rides, sous certaines chevelures grisonnantes ou en cours de disparition, parfois, j’ai l’impression de discerner des faciès pas totalement inconnus. Comme si mon cerveau essayait de reconstituer une peau lisse et des boucles brunes.

Deux ou trois fois, il m’ a semblé deviner, dans les yeux d’un passant que je croisais dans la rue, comme une étincelle d’étonnement. Une étincelle qui voulait dire : « Tiens, il me dit quelque chose celui-là ! »

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – juillet 2022

11 commentaires sur “Quoi ma gueule ?

  1. J’aime plus les gens qui me tournent le dos que ceux qui me regardent en face, car ceux qui me tournent le dos savent que l’on se connait depuis longtemps. (Ah ! il est une heure du mat et je laisse un commentaire super élaboré !)

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  2. Il y a quelques années, je me retrouve à l’urgence de l’hôpital de la commune d’à côté. Je scrute les patients pour découvrir que mon voisin de siège était un ancien étudiant qui m’avait harcelé à l’école vers l’âge de 13-14 ans. Je l’ai interpelé. Il a sursauté et je me suis mis à lui faire un discours sur les familles dysfonctionnelles dont la marmaille joue aux terreurs dans les cours d’école. Il s’est excusé, puis on a rigolé un brin. Jamais revu. Ça sert parfois d’être physionomiste.

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  3. La peau lisse… Il suffit d’être en surpoids pour la retrouver… Mais le cou ferme sans replis… Adieu, c’est fini ! Et les commissures de lèvres souriantes sans pli du lion entre les sourcils…. Voilà la jeunesse envolée.. je ne scrute plus, moi.

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  4. Bonjour, cela m’arrive aussi de scruter les personnes que je rencontre, effectivement je recherche ma jeunesse sauf que , moi, je n’ai aucune chance dans la retrouver dans les rues de la petite ville d’à côté , vu que ma jeunesse je ne l’ai pas passé ici, puis me vient une chanson « un jour tu verras, on se rencontrera quelque part n’importe où… » oui, je rêve bon Samedi MTH

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  5. Reconnaître les gens… souvent difficile pour un borgne!

    Voici un extrait de mon manuscrit « Ma vie en monovision »:

    Grâce à la profondeur de champ générée par votre vision avec deux yeux, vous connaissez le relief des choses, le profil de vos interlocuteurs et les distances entre les objets.

    On me reproche souvent de ne pas reconnaître les gens. Avez-vous pensé à l’importance ‘du relief’ d’un visage ? Vous avez des critères de reconnaissance optique qui me manquent : longueur du nez vu de face (eh oui !), pommettes saillantes ou non, profondeur des cavités oculaires, inclinaison du front et même ‘pulposité’ des lèvres… (‘pulposité’ est un néologisme ‘maison’, ne le cherchez pas dans le Petit Robert). Vous n’avez probablement jamais associé la profondeur de champ à la reconnaissance faciale. Les ingénieurs qui travaillent au développement de l’intelligence artificielle, technologie d’avenir, ne pensent qu’à ça !

    P.S. Pour les nouvelles lectrices et lecteurs de mon blog, vous pouvez lire la totalité du manuscrit en question dans ma page spéciale dans l’en-tête du blog!

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    1. Je ne savais pas qu’on avait le droit de se faire de la pub, ici ?! Cool !
      Connaissez-vous Ernest Salgrenn, l’auteur qu’il faut avoir lu (juste après Patrick Fouillard, qui n’est pas mal non plus, mais qui n’a pas une jambe de bois, lui) ? Je vous propose de venir faire un tour chez moi (Lemondeselonernestsalgrenn.com) et de vous abonner (je ne touche que 500 euros à chaque nouvel abonnement). Viendez, viendez, y’en aura pour tout le monde !
      PS : t’inquiète, tu sais bien que je t’aime mon cher Akimismo !

      Aimé par 4 personnes

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