Ding dingue dong

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Il m’arrive, assez rarement il est vrai, de m’égarer face au JT de 13 heures sur France 2, pour tâcher de me tenir au courant de ce qui se passe dans le monde qui m’accueille depuis un certain temps et pour, encore, quelques mois/années/décennies/siècles (veuillez rayer les mentions inutiles). Clairement, ce n’est pas le meilleur support pour s’informer à l’internationale, mais si vous voulez voir des images de vos compatriotes en maillot sur la plage, vous êtes au bon endroit.

Toutefois, ce midi, je suis tombé sur une information de la plus haute importance, qui aurait pu m’échapper si j’avais décidé d’entamer une sieste anticipée vu que je me suis levé à 7 heures 45, sans aucune raison valable.

Les cloches du pays de France atteignent, peu à peu, leur date de péremption. Il n’est pas question, ici, des sénateurs ou des candidats de téléréalité, mais bien des énormes engins en bronze (ou tout autre alliage, mes connaissances en métallurgie s’arrêtent aux carreaux à la pétanque) installés depuis des temps immémoriaux dans les clochers de nos églises. Enfin, de vos églises. En aucun cas, je ne voudrais être associé à un de ces édifices, symboles de la barbarie, de l’intolérance et de la stupidité.

Une jeune femme était interviewée. Il se trouve que lors de la cérémonie religieuse de son mariage, le battant de la cloche s’est détaché, a traversé le plafond de l’église d’Arromanches avant de s’écraser dans la nef sans, par miracle, blesser quiconque. Un petit bout de ferraille de deux cents kilos qui aurait pu défoncer l’occiput de tonton Marcel qui avait fait la route depuis Saint-Pourçain/Sioule pour la noce de la petite de son grand frère, et surtout parce qu’il allait pouvoir se piquer la ruche et se remplir la panse gratos.

Puis, c’était au tour d’un campaniste de répondre aux questions du journaliste. Je fais mon malin, mais j’ai appris, ce midi, ce qu’est un campaniste. Le spécialiste de la rénovation des cloches a exposé un constat assez alarmant. Selon lui, près de 10% des cloches françaises sont dangereuses. Sachant que l’hexagone compte 160 000 cloches, faites vous-même le calcul.

Dans ce constat effrayant, il y avait un truc assez étonnant. Un maire, regard de chien battu de circonstance, déclarait que sa petite commune ne disposait pas des fonds nécessaires pour les travaux qui permettraient de sécuriser le clocher du village.

Pardon ?

Quel rapport avec la mairie ?

J’ai envie d’écrire à ce monsieur. Je lui rappellerai que ce bâtiment, érigé au centre de sa commune, est un établissement dédié à un culte moyenâgeux dont un petit état européen se déclare le garant. Je proposerai à monsieur le maire deux solutions. La première est la destruction pure et simple de l’église, mais je conçois que les administrés ne soient pas tous d’accord ne serait-ce que pour une raison esthétique. J’embrayerais sur la seconde solution. Celle-ci consiste à demander au propriétaire de financer les travaux. Il me semble que les fidèles parlent de la « maison du Seigneur » pour désigner l’église. Donc, c’est à monsieur du Seigneur de sortir son carnet de chèques. Ou, au moins, à ses avoués, héritiers de ses préceptes, qui demeurent du côté du Vatican, et qui, selon des sources que je ne peux pas citer, pètent dans la soie et mangent du caviar à la louche ( « et ce n’est pas meilleur à la louche » Coluche).

Je ne veux de mal à personne. Mais j’avoue que le jour où une cloche écrasera des pauvres gens venus écouter le sermon d’un abruti illuminé, je suis curieux d’entendre le discours dégoulinant que ne manquera pas de prononcer Jean-Paul XII ou Kevin 3,14, quel que soit le nom de l’escroc en place à ce moment-là.

En conclusion, je déconseille à mon lectorat adoré de visiter les petites églises de campagne.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – juillet 2022

11 commentaires sur “Ding dingue dong

  1. ITE MISSA EST. ( La messe est dite). Quand j’entendais ces mots qui nous autorisaient à courir chez la buraliste pour acheter des bonbons… Je me sentais d’un esprit très religieux. Puis j’ai appris le latin et le son des cloches me devint totalement indifférent. Reste le désir de voir la lumière à travers les vitraux… Mais je me contenterai des photos!

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  2. Et si il n’y avait que les cloches qui s’effritent, mais que dire des milliers de ponts qui ne demandent qu’à s’écrouler s’ils ne sont pas très vite révisés ! Je vais écrire au Vatican pour remercier les curés qui s’y vautrent, de ces miracles journaliers qui font qu’ils tiennent encore, ne serait-ce que par un fil !

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  3. Je m’excuse de placer ici un troisième commentaire. Je suis anti-clérical, athée et tout ce que vous voulez. Mais j’habite à 10 kms de Lourdes (en France, pas aux States). Je vais parfois me balader sur la grande esplanade mariale, et rarement vers la grotte où Bernadette a eu des apparitions., dues sans doute aux herbes folles et mystérieuses de ce petit pays (je n’en dirais pas plus). Tout ce qui a été bâti alentours depuis le XIX siècle, cette exploitation mercantile et religieuse ne sont que miroirs aux alouettes, devenues depuis pigeons. Mais un autre regard peut se poser, en l’occurrence le mien.
    Quand vous voyez des personnes de tout âge caresser les parois granitiques de la célèbre grotte, ou tous ces malades en fin de vie allongés sur des chariots/brancards poussés par des bénévoles, parfois sous la pluie battante, qui attendent la messe, ou de pouvoir à leur tour caresser le mur suintant de la grotte, alors vous vous rendez compte de la puissance et du désespoir que portent en eux tous ces gens, petits, grands, vieux. Cela s’appelle la foi. Pas besoin de curés, de bible ou de cérémoniaux pompeux. La foi est dans l’homme qui se bat pour sa survie, pour le sens même de la vie. Je pourrais ici lui trouver d’autres noms, la conviction, le courage, la résilience, le combat, le désespoir vainqueur de tous les désespoirs, bref le fondement de l’Humanité. Sans curés, sans eau bénite, sans encens et cent burettes. L’Homme, tout simplement et tout à la foi. Mais dans ces cas désespérés, les curés mènent la danse, car il n’y a pas de concurrence avérée. Pas de promesses ni d’espoirs. Alors on caresse les pierres en se disant « peut-être » un jour je guérirai.
    ( La rédaction décline toute responsabilité quant à cet article dû à notre correspondant à Lourdes)

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    1. Je comprends votre propos et votre point de vue. Je n’y souscris pas (enfin juste un petit peu). Je hais les religions pour des raisons très nombreuses et très variées. Quant aux murs de la grotte, je préfère ceux de l’hôpital. Merci pour votre message.

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  4. « C’est l’amour » cette foi-là car cette fois-là on croit en un autre, un alter… Et go! On pourrait soulever des haltères avec nos corps débiles ou avec nos cœurs, ces billes lancées plus haut, plus fort… Crac! Zut un battant m’a abattue en plein essor lyrique! Mes excuses!

    Aimé par 2 personnes

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