CAL

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Je n’ai pas acheté de livres depuis quelques mois. Pourtant, pendant de longues années, mon budget librairie dépassait, allègrement, mon budget cocaïne. Puis, comme tout un chacun, la récession m’a frappé de plein fouet. J’ai cessé de hanter les marchands de livres et les rayons bouquins des grandes surfaces de crainte de succomber à cette si douce addiction qui consiste à s’offrir des livres alors que deux cents « non-lus » vous attendent à la maison.

Ce fut une période difficile. Petit à petit ma « Pile à lire » diminuait et, surtout, je voyais, avec terreur, arriver le moment où je me verrais dans l’obligation de lire Balzac, Huysmans ou Rousseau (non, pour Rousseau je déconne, je préfère encore m’abstenir de lire plutôt que m’abaisser à ouvrir un ouvrage de celui qui aurait mieux fait de s’occuper de ses enfants au lieu d’écrire des âneries).

Un beau jour, j’ai découvert les CAL, les Cabanes à Livres. Enfin, je n’ai pas vraiment découvert ces bienfaits de l’humanité, c’est juste que jusqu’alors j’estimais qu’elles étaient réservées aux indigents et qu’elles ne contenaient que des romans sans intérêt et infestés de poissons d’argent. En réalité, ce n’était pas non plus un beau jour. C’était par une nuit sans lune lors de laquelle un crachin breton vous mouillait jusqu’aux os. J’étais vêtu de noir, de la tête aux pieds, cagoule et boxer compris. Je longeais les murs pour trouver plus d’ombre encore. En vue de la CAL, j’ai foncé tête baissée, ouvert la porte et saisi le premier livre à portée. Rentré chez moi, trempé comme une soupe, j’ai eu la surprise de constater que mon « larcin » était un roman policier en excellent état, et, de plus, je ne l’avais pas lu.

Ensuite, pendant longtemps, j’ai « dévalisé » les CAL dans un rayon de dix kilomètres autour de chez moi (quatre à la mer, une seule dans les terres), sans jamais y déposer quoi que ce soit dans la mesure où je suis atteint d’une pathologie assez redoutable qui m’interdit de me défaire d’un livre que j’ai lu. Ceci étant, la philosophie des CAL est « Servez-vous et déposez si vous voulez ». Par conséquent, je ne commettais aucun crime.

Toutefois, ma conscience me torturait. Il fallait que je dégote une solution pour apporter mon écot à ce formidable élan populaire.

C’est alors que la Providence a volé à mon secours.

En mettant un peu d’ordre dans le grenier de ma génitrice, je suis tombé sur sa collection de roman à l’eau de rose remisée dans les combles en attendant… je ne sais pas trop quoi. Sa lubie lui a passé. Avec son accord, j’ai commencé à débarrasser les, au bas mot, trois cents bouquins qui encombraient.

Alors, je sais ce que vous allez me dire. Que ce n’est pas très beau de balancer ses ordures dans cet espace dédié à la culture. Je vous répondrai en deux points. Tout d’abord, je ne dépose que des livres en bon état, minimum, les autres finissent à la benne. Ensuite, figurez-vous que ces romans ont beaucoup de succès, et loin de moi l’idée de me moquer de ces dames (en grande majorité). En un mois, je pense avoir rangé une centaine de romances désuètes sur les étagères de la CAL. Les trois-quarts ont disparu. Na !

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – juillet 2022

5 commentaires sur “CAL

  1. c’est un texte long ,mais je vais le lire car j’aime lire vos textes longs.

    ah!
    et bien, je suis dans votre cas

    sauf
    que j’ai pris la décision il y à quelque temps de remettre tous les livres que je prends dans les boîtes à livres dans des boîtes à livres

    j’y inscris à l’intérieur:
    « boîte à livres
    partage de lecture
    livre voyageur »

    mais j’y mets toutes sortes de livres qu’ils soient en bon état ou juste un peu.

    le fait d’écrire dessus me rassure car je me dis que comme cela
    ils ne resteront pas
    dans
    les étagères d’ne bibliothèque.

    bon,
    j’avoue
    j’ai trouvé
    un exemplaire édition originale
    de Olivier Séchan
    celui ci
    je l’ai rangé délicatement
    avec ceux
    que je possède sur le chanteur
    Renaud.

    cordialement

    ledactylographe2022

    Aimé par 4 personnes

  2. 😂😂😂Excellent ! Je me reconnais tellement ! Alimentation permanente de PAL pour remiser le plus loin possible les classiques, imposibilité de me débarasser des livres lus, même les nuls. En plein sevrage ceci-dit because inflation. 90% de la came est achetée d’occasion…bon lundi !

    Aimé par 2 personnes

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