A bout de souffle

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Le moins que l’on puisse, c’est que Jean-Luc Godard ne faisait pas l’unanimité. Et ce qui est vraiment bien, c’est qu’il s’en battait les steaks en cadence sur l’air de la Wally.

Figurez-vous, cher lectorat adoré, que je connaissais très bien Jean-Luc. Nous étions très proches. Certes nous ne nous sommes vus qu’une fois, en 1987, mais je n’ai jamais oublié cette rencontre, et je suis convaincu que, de son côté, il s’est souvenu, jusqu’à la fin, de ce beau jeune homme venu l’écouter, dans le grand amphithéâtre de la Fac de Lettres, parmi quatre cent cinquante étudiants hystériques. L’un de nos profs, une espèce de connard infatué qui passait sa vie à donner des conférences dans différentes capitales européennes lorsqu’il ne lutinait pas la jeune fille qui jouait le premier rôle dans les pièces qu’il montait. Il était tellement imbu de sa petite personne (à peine 1m60) qu’il s’est lancé dans une présentation interminable de JLG, qui, lui-même était gêné. Comme la prestation ne durait qu’une heure, un étudiant s’est levé et a demandé au prof de fermer sa gueule (sic). Ensuite, tout en étouffant un fou-rire, Jean-Luc nous a parlé du film pour lequel il faisait cette tournée des universités françaises, en l’occurrence, « Soigne ta droite ». Puis, tel un prince, il quitta les lieux, non sans avoir serré la main de votre serviteur (Django Edwards m’avait roulé une pelle, on ne peut pas gagner à tous les coups). Depuis cette rencontre, nous ne nous sommes jamais perdus de vue, sauf pendant une période de quarante-cinq ans.

Deux anecdotes concernant Jean-Luc me plaisent bien.

La première est ultra-connue. Lors du tournage de « Le mépris », pour convaincre BB de défaire sa choucroute chevelue, il lui proposa un centimètre contre un mètre qu’il marcherait sur les mains. Or JLG était bien plu sportif que son image le laissait supposer (il existe d’ailleurs des images de lui marchant sur les mains dans une émission télé, dans les années 60).

La deuxième est l’un des deux ou trois plus grands moments de télé auquel il m’a été donné d’assister. Ardisson animait une émission dont le décor était une boite de nuit (« Lunettes noires pour nuits blanches » il me semble). Il aimait recevoir des gens pour les mettre dans l’embarras. Ce jour-là, il recevait Jean-Luc et son ex-égérie et compagne aussi, je crois, Anna Karina. L’interview était lunaire. Ardisson faisait les questions et les réponses vu que ses deux invités ne pipaient mot. Puis ce salopard (avis tout à fait personnel que j’assume) leur demanda un truc du genre « Qu’est-ce que ça vous fait de vous revoir après tout ce temps ? ». Anna Karina fondit en larmes et quitta le plateau. Silence ultra-gênant (dont se délectait l’animateur). Le cocaïné mondain enfonça le clou en demandant à JLG pourquoi lui ne pleurait pas. Godard répondit : « Je pleurerai quand je serai rentré chez moi ».

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – septembre 2022

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5 commentaires sur “A bout de souffle

  1. Je suis très éloigné du cinéma (dernier film en 1968, Il était une fois dans l’Ouest) mais j’ai vu A bout de souffle. Un souvenir de ce qui était du vrai cinéma, sans électronique, sans effets spéciaux truqués, mais avec des acteurs époustouflants. Belmondo, rien à ajouter mais Jean Seberg… j’en ai encore des vibrations internes. Oui c’est l’actrice la plus ‘bandante’ (Oups!) dont je me souvienne! (A part bien sûr BB!)

    Godard restera, pour moi, l’un de ceux qui ont eu le courage de faire appel à Exit pour partir le jour et l’heure qu’il a choisi. Bravo Monsieur Godard!
    P.S. Ma belle-mère a suivi la même trajectoire pour partir en beauté!

    Aimé par 2 personnes

  2. Bel hommage à Jean Luc Godard. Bon, ceci dit, je pense qu’il s’en fout autant après sa mort qu’avant. Il fait partie de mes réalisateurs dont je ne me lasse pas. Sans oublier Belmondo (jeune) et Jean Seberg (avant son « suicide »?).
    j’espère qu’ARTE lui rendra aussi hommage, homme-âge, ô !

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    1. PS: à la lecture du titre, je pensais que c’était de vous dont vous parliez (« à court d’idées » disiez-vous hier). Comme quoi, vous êtes suivi de près ! (ne vous lancez pas dans la politique, c’est devenu trop transparent).

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