Angoisse lumineuse

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me raconte.

Mon blog est un peu une succursale de « Auto Plus » (« le premier journal qui se met à la place du conducteur » disait leur pub naguère ; le slogan le plus stupide et le plus létal de l’histoire de la publicité puisque, selon des chiffres officiels, quarante-sept conducteurs auraient pris la phrase au pied de la lettre ; paix à leur âme) tant il m’arrive de vous parler de mon automobile.

Mais que serait l’homme sans sa voiture ? Où se nicherait sa virilité ? Et comment massacrerait-il les hérissons sinon ?

L’autre jour, mon cœur a loupé un battement. Alors que je cheminais sereinement au volant de mon bolide, un coude nonchalamment posé sur la portière, une Benson & Hedges aux lèvres, une bouteille de bourbon coincée entre mes cuisses musclées et une poupée peroxydée assise sur le siège d’à côté, ses appas tentant, vainement de s’échapper d’un corsage taille huit ans, sans crier gare, quatre voyants s’illuminèrent, tel un sapin de Noël funeste, pour m’indiquer que le fleuron de l’industrie automobile teutonne toussait.

Quatre voyants ! La vache ! A côté, la fin du monde c’est de la roupie de sansonnet.

Quatre voyants ! Je ne savais même pas qu’il y en avait tant que cela, vu que je n’ai jamais ouvert le manuel.

Je me suis arrêté dans une entrée de champ, je suis descendu de mon véhicule, je me suis agenouillé et j’ai prié le dieu des joints de culasse et des salades de bielles, Jody Scheckter.

Puis, je me suis rendu chez VW.

A l’accueil, j’ai été reçu par une fort charmante jeune femme à qui j’ai entrepris d’expliquer mon problème tout en scrutant l’arrivée d’un homme aux doigts maquillés de graisse et à la combinaison repeinte au cambouis. En effet, comment une jeune femme, chargée de répondre au téléphone et de prendre des rendez-vous, aurait-elle pu éclairer ma lanterne ?

Comme quoi la société se meut sur ses bases préhistoriques.

La jeune dame m’énonça avec une grande clarté, flanquée d’une compétence éblouissante que je ne devais pas m’en faire. Qu’elle comprenait mon angoisse car des voyants qui s’allument sur un tableau de bord déclenchent des angoisses incontrôlables chez le mâle moyen qui n’a jamais ouvert un capot. Que ces voyants ne concernaient que les aides à la conduite, et que, par conséquent, je pouvais reprendre le volant en toute quiétude, tout en pensant à la Simca 1300 que mon grand-père conduisait sans ABS, ni direction assistée, ni start & go, ni limitateur de vitesse, mais avec un cendrier, car je ne risquais rien, ni ma chère Coccinelle.

Je la demandais en mariage. Elle déclina. Toutefois, elle me proposa un rendez-vous pour vendredi 13H45.

Encore un billet de 200 euros qui s’envole.

© Gifnem29 – octobre 2022

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15 commentaires sur “Angoisse lumineuse

  1. Il m’arrive parfois qu’en vous lisant, je dois rechercher un mot ou autre, puis il s’avère que je ne connais pas la traduction non plus ! Cette fois, Google m’a dit que sansonnet voulait dire « starling », un animal que je ne connaissais pas du tout.

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