Voyez comme on

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Comme tout être doué de raison et de sentiments, je suis sensible à l’art. Si mes préférences me dirigent vers la littérature et la peinture, je ne dédaigne nullement la sculpture voire la musique. Même l’architecture peut trouver grâce à mes yeux, tant que celle-ci ne représente pas des dogmes assassins.

Toutefois, un art me reste totalement imperméable. La danse, dite classique.

Je ne déteste pas les galipettes tectoniques des danseurs de hip-hop sur les pavés des ruelles humides, ni les pas de deux des danseurs de tango argentins qui expriment toute la souffrance du monde sur des parquets usés, ni les valseurs viennois qui tourbillonnent au milieu des flocons de neige immaculée, ni les gesticulations tribales qui parcourent la Terre, des plaines d’Amérique du Nord, aux steppes d’Asie en passant pas les savanes et forêts africaines, ni les gavottes bretonnes qui réunissent grands et petits sous les lampions blafards des Fest-Noz estivaux.

J’apprécie même, particulièrement, les exécutions aériennes des danseuses folkloriques irlandaises, raides comme la justice, leurs jambes tourbillonnant au son des cornemuses et des bombardes.

J’irais jusqu’à apprécier les déhanchements hésitants des adeptes des dance-floors d’antan, avec leur sourcils froncés et leur bouche pincée comme pour se donner contenance et concentration pour suivre les mièvres mélopées écrites par des vomisseurs de musique dans le but avoué de tremper les chemisiers et les t-shirts.

En revanche, je reste coi et imperméable face aux entrechats, aux ronds de jambe, aux pliés, aux lignes, des danseurs dits classiques. Je ne comprends pas leurs désarticulations loufoques et répétitives. Si je n’ai jamais mis un orteil à l’opéra, c’est par peur de m’ennuyer, de m’endormir, voire de ronfler. Il me déplairait de gâcher le plaisir extatique des connaisseurs qui considèrent la danse comme l’expression parfaite de la condition humaine. Il me faudra une autre vie pour adhérer à ce mystère qui m’est insondable.

Il est possible que mon incapacité physiologique à produire, ne serait-ce que deux pas de madison, me rend, à la fois envieux et admiratif de ces êtres humains qui domptent l’espace avec une facilité déconcertante pour traduire, en gestes, les émotions les plus élémentaires qui étreignent nos cœurs de misérables vermisseaux.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – octobre 2022

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2 commentaires sur “Voyez comme on

  1. je ne suis pas spécialiste, disons que je ne m’endors pas devant un ballet, mais j’en regarde rarement, et j’avoue, qu’un sensuel tango me fait davantage frémir. Le monstrueux effort physique que l’on demande aux danseurs classique, me rend indulgente les rares fois où je regarde quelques pas de danse. Par contre, mettez moi Shakira, Goldman, Telephone ( bref, de la musique entrainante )et je me lève pour ne me rassoir que les notes disparues

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