Carla Gueurfèlde

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Comme tant de jeunes indécis, je fus, en mon temps, fort mal orienté. Plus exactement, je m’orientais moi-même, fort mal. Par fainéantise et sécurité de l’emploi, je me dirigeai vers l’administration, la paye régulière et l’ennui profond.

Pour vous dire la vérité, ma vocation était ailleurs.

Tout petit déjà, j’esquissais des croquis sur le moindre bout de papier. Le papier peint de ma chambre était recouvert de mes premières œuvres, ce qui me valut un nombre de taloches conséquent. Rien n’y faisait. Les nappes, la faïence de la salle de bain, la carrosserie de la R16, le sable de l’estran, les torchons, le journal, tout y passait.

Mon imagination était sans fin. Je dessinais des robes, des jupes, des pantalons, des chemises et des chemisiers, des manteaux, des chandails, des vestes, des gilets, tout. Aucune matière ne manquait à ma production. Le tulle, la laine, la soie, l’organdi, le drap, le lamé, le mohair, le velours côtelé, tout. Mon nuancier couvrait l’intégralité des couleurs de la création. Bref, j’étais un couturier en herbe.

L’herbe n’a pas crû. Encore jeune pousse, elle fut fauchée par les ambitions stupides de parents qui ne pensaient qu’au bien de leur fils unique en le détournant de ses rêves artistiques.

La haute-couture a perdu un génie, l’éducation nationale a gagné un sans ambition.

Savez-vous ce que vous avez manqué du fait de ma carrière avortée ?

Outre la jupe pour homme qui aurait été au centre de ma production, j’avais également esquissé la chaussette intégrale, le col roulé décolleté, la chemise pour homme sans dernier bouton, le pantalon type jean au trou unique (sans tissu), le retour du panty, les doigtettes (chaussettes pour doigts), la veste inversée (boutonnée derrière), et, bien entendu, j’aurais banni le jogging blanc de mes collections.

Vous pouvez pleurer, mais en silence.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – décembre 2022

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16 commentaires sur “Carla Gueurfèlde

  1. Moi, je dessinais des fusées. Ou plutôt des fusées-arches de Noè avec plein d’étages ou s’entassaient tous les animaux de la création (et quelques familles d’humains triées sur le volet (la mienne exclue donc…). Le reste du temps, je bricolais un vieux programmateur de machine à laver, histoire de comprendre comment cela fonctionnait (plus tard, j’ai fait la même chose avec un carburateur de Fiat Panda). Chacun son truc… !

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    1. Dommage, là aussi ! C’est pas mal, comme job, sorcière ! J’en ai croisé une, lorsque j’étais enfant. Attention, je parle bien d’une véritable sorcière… elle vivait en Bretagne, dans la forêt, du côté de Plomodiern (29)… J’ai jamais eu autant les chocottes de toute ma vie !

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