Par dessus l’épaule

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

A l’entame de la dernière ligne droite avant le troisième âge (60 ans, non ?), comme beaucoup d’entre vous, j’en suis convaincu, je regarde en arrière. Ce n’est pas de la nostalgie, cette fois, davantage une sorte d’adieu à une époque pourtant révolue depuis longtemps.

L’enfance.

Non pas que je pense à mon enfance avec regret, même si je n’ai pas été malheureux, je ne garde pas une foultitude de souvenirs marquants. En revanche, je pense de plus en plus à des objets, de la nourriture.

L’autre jour, j’ai acheté un paquet de Mi-Cho-Ko. Comme ça, sans raison. Du moins, c’est ce que je croyais dans un premier temps. Dès que j’en ai mis un dans ma bouche, je me suis souvenu que j’adorais cette friandise. Indéniablement, le bonbon m’a fait basculer dans un monde perdu, un monde effacé. J’ai bouffé tout le paquet sans me soucier de mon taux de glycémie qui ferait certainement la gueule le lendemain. En effet.

Enfant, mes jouets favoris étaient mes petites voitures. Je les vénérais. Quarante-cinq ans plus tard, je pourrais les citer toutes : ma mini rouge, mon Land-Rover tout déglingué, mon camion-poubelle écrasé sous un chargement de pommes de terre, ma voiture de police non-identifiée mais la plus rapide du lot, ma DS qui ressemblait à tout sauf à une DS, ma deudeuche qui avait perdu ses phares, le pick-up blanc avec ses antennes que j’avais mordillées, le camion-grue jaune, et la plus belle, ma chouchoute, une R12 bleue de chez Norev, attention la Norev en plastique fabriquée en France, pas une cochonnerie métallique chinoise.

De temps en temps, je traine mes guêtres dans les vide-greniers. Sans me l’avouer, j’espère y trouver mes petites amies du début des années 70. En effet, la plupart a disparu. Normal, me direz-vous avec la perspicacité qui vous caractérise, en fait non, pas normal. Je ne jette rien (« mes parents ont acheté une Cagivo », si vous avez la référence, vous êtes vieux). Par contre, ma génitrice se fout des affaires des autres comme de l’an 40. Elle a donné mes Majorette à mon petit neveu, son petit-fils, qui les a passées à son frère. Je ne vous conterai pas l’ambiance familiale, sachez juste que je ne peux pas me pointer chez ma sœur et lui demander, le sourire aux lèvres, la permission de fouiller les combles de sa baraque.

Dès que mes droits d’auteur s’envolent, je me procure toutes les petites voitures que je déniche sur les étals des enfants qui regretteront, dans quelques années, d’avoir bradé leurs jouets mécaniques pour une vulgaire tablette tactile qui ne leur survivra pas.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – décembre 2022

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11 commentaires sur “Par dessus l’épaule

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