Bayard et le crime d’Amboise – Eric Fouassier

Bayard et le crime d’Amboise (La saga d’Héloïse, l’apothicaire, tome 1) – Eric Fouassier – Le Livre de poche (Editions du masque)

Eric Fouassier écrit un roman d’époque, dans lequel il se permet des hypothèses historiques, voire des avis personnels. Il n’est pas le premier à manipuler l’Histoire, Alexandre Dumas, avant lui, ne s’est pas gêné Toutefois, ce qui passe chez Dumas pour de l’arrangement narratif, tend, chez Fouassier vers le révisionnisme. Le mot fait trembler, dans d’autres cas, mais dans « Bayard… », rien de révoltant, juste un petit manque de précision, selon moi.

Par ailleurs, l’écriture est agréable et fluide, malgré une tendance à l’utilisation de mots désuets, certes en usage au 15è siècle, mais pas toujours utile, même si l’auteur a placé un glossaire en fin d’ouvrage (système particulièrement agaçant quand des notes, en bas de page, s’avèrent bien plus pratiques), et Fouassier maîtrise bien son sujet.

Reste un souci. Et un gros.

Dois-je continuer à lire la saga en grevant mon budget (j’ai acheté cet exemplaire), ou compter sur les hasards des CAL pour connaitre la suite des aventures d’Héloïse ?

Cruel dilemme.

Non, mais culturellement.

© Jourd’hu – décembre 2022

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Clivage

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Je présente, par avance, mes excuses à mon lectorat adoré, pour le sujet excluant que je vais traiter aujourd’hui.

Lors des matchs de poules de la coupe du monde de football, se déroulaient 48 rencontres. Pour m’amuser, et m’auto-démontrer ma capacité analytique en matière de sport, j’ai rempli, au préalable, le tableau des scores de ces 48 matchs.

Et bien, vous me croirez si vous voulez, j’ai trouvé (roulements de tambour) deux bons résultats. Pas mal hein ?

2 sur 48, je suis très fier. En pourcentage, ça donne, heu… une minute…(pétard ! même avec une calculatrice, je suis incapable d’estimer un pourcentage), bon j’arrondis, 5%.

Quoi ? C’est bien 5% non ?

D’autant que je n’ai pas trouvé n’importe quel score. Bande de médisants !

Espagne/Costa-Rica : 7-0

Espagne/Allemagne : 1-1

Deux fois l’Espagne…

Je pense que c’est normal.

Ma grand-mère maternelle, que j’adorais, bien que bretonne pure souche, présentait des caractéristiques physiques assez proches de celles des belles andalouses. Elle était née en 1914, or, à cette époque, une grande migration espagnole avait eu lieu en centre Bretagne pour je ne sais plus quelle raison. De là à imaginer que mon arrière-grand-mère ait fauté avec Pedro, il n’y a qu’un pas. Que je vous interdis d’effectuer. De quel droit jugeriez-vous mon aïeule, je vous prie ?

Non, mais sérieusement.

 © Gifnem29 – décembre 2022

Par dessus l’épaule

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

A l’entame de la dernière ligne droite avant le troisième âge (60 ans, non ?), comme beaucoup d’entre vous, j’en suis convaincu, je regarde en arrière. Ce n’est pas de la nostalgie, cette fois, davantage une sorte d’adieu à une époque pourtant révolue depuis longtemps.

L’enfance.

Non pas que je pense à mon enfance avec regret, même si je n’ai pas été malheureux, je ne garde pas une foultitude de souvenirs marquants. En revanche, je pense de plus en plus à des objets, de la nourriture.

L’autre jour, j’ai acheté un paquet de Mi-Cho-Ko. Comme ça, sans raison. Du moins, c’est ce que je croyais dans un premier temps. Dès que j’en ai mis un dans ma bouche, je me suis souvenu que j’adorais cette friandise. Indéniablement, le bonbon m’a fait basculer dans un monde perdu, un monde effacé. J’ai bouffé tout le paquet sans me soucier de mon taux de glycémie qui ferait certainement la gueule le lendemain. En effet.

Enfant, mes jouets favoris étaient mes petites voitures. Je les vénérais. Quarante-cinq ans plus tard, je pourrais les citer toutes : ma mini rouge, mon Land-Rover tout déglingué, mon camion-poubelle écrasé sous un chargement de pommes de terre, ma voiture de police non-identifiée mais la plus rapide du lot, ma DS qui ressemblait à tout sauf à une DS, ma deudeuche qui avait perdu ses phares, le pick-up blanc avec ses antennes que j’avais mordillées, le camion-grue jaune, et la plus belle, ma chouchoute, une R12 bleue de chez Norev, attention la Norev en plastique fabriquée en France, pas une cochonnerie métallique chinoise.

De temps en temps, je traine mes guêtres dans les vide-greniers. Sans me l’avouer, j’espère y trouver mes petites amies du début des années 70. En effet, la plupart a disparu. Normal, me direz-vous avec la perspicacité qui vous caractérise, en fait non, pas normal. Je ne jette rien (« mes parents ont acheté une Cagivo », si vous avez la référence, vous êtes vieux). Par contre, ma génitrice se fout des affaires des autres comme de l’an 40. Elle a donné mes Majorette à mon petit neveu, son petit-fils, qui les a passées à son frère. Je ne vous conterai pas l’ambiance familiale, sachez juste que je ne peux pas me pointer chez ma sœur et lui demander, le sourire aux lèvres, la permission de fouiller les combles de sa baraque.

Dès que mes droits d’auteur s’envolent, je me procure toutes les petites voitures que je déniche sur les étals des enfants qui regretteront, dans quelques années, d’avoir bradé leurs jouets mécaniques pour une vulgaire tablette tactile qui ne leur survivra pas.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – décembre 2022

Douce, douce vengeance – Jonas Jonasson

Douce, douce vengeance – Jonas Jonasson – Pocket (Presses de la cité)

Jonas Jonasson est un auteur rigolo. Enfin, pas lui, ses romans. Quoique lui aussi, peut-être, je n’ai pas l’honneur de connaitre mon estimé collègue qui, à noter, lui non plus ne me connait pas. Je vénère les romanciers qui me font rire car le rire est le propre de l’homme comme disait je ne sais pas qui, mais surtout c’est le truc le plus important et le plus intéressant dans cette chienne de vie. Toutefois, les auteurs rigolos ne sont pas légion. Je pourrais même les compter sur les doigts de la main d’un artificier maladroit. Jonasson donc, et Paasilina (orthographe à vérifier, j’ai la flemme) et son excellent « Le fils du dieu de l’orage » (titre à vérifier, j’ai la flemme), plus un autre sûrement, mais qui m’échappe là tout de suite (Romain Puertolas ?).

« Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » et « L’analphabète qui savait compter » m’ont arraché de nombreux sourires et quelques éclats plus bruyants.

« Douce, douce vengeance » est, à mon sens, complètement raté. Jonasson a eu une idée qu’il n’a pas jugé bon de faire circuler autour de lui pour vérifier la validité d’icelle. C’est dommage.

Vivement le prochain.

© Jourd’hu – décembre 2022

Maltraitance

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Depuis quelques semaines, l’inspiration pour vous raconter des âneries me fuit un peu. Comme vous êtes des gens bien élevés, vous ne vous êtes pas plaints auprès de la direction, et je vous en sais gré.

Toutefois, un doute masaï. D’où vient cette sécheresse imaginative lorsque pendant des décennies (enfin, presque…), je suis parvenu à faire rire des millions de lecteurs (à une vache près) ? Comment se fait-il que de mes petites cellules grises entrainées à pondre des drôleries à la chaîne, ne surgissent plus ces sujets irrésistibles qui m’ont valu de si nombreux papiers élogieux dans le Huffington Poste, le Pèlerin et Pif Magazine ?

A force de me triturer les méninges, j’ai émis une ou deux hypothèses.

Tout d’abord, nous n’avons jamais été aussi proches de Noël. Or, je déteste la période des fêtes. Je déprime. Enfin, pas plus que d’habitude, mais là je m’en rends compte. Les sapins tout blancs, le père Noël, les enfants heureux, les cadeaux pourris, les guirlandes, et surtout, surtout, les façades des particuliers ornées d’une multitude de cochonneries chinoises achetées chez Saloprix (Monoprix, Uniprix, vous l’avez ?…). Je n’y arrive pas.

Dans le bled qui jouit de ma présence, une personne, voire toute une famille, a accroché sept nounours de toutes tailles sur la façade de sa maison. Maison qui donne sur une rue non-commerçante, très peu fréquentée si ce n’est par les automobilistes. De plus, depuis une semaine, il pleut comme une vache espagnole, et les pauvres peluches dégoulinent d’eau plus ou moins dégueulasse. Pour moi, cela dépasse l’entendement. Ces gros nounours auraient certainement préféré échoir dans les bras de petits nenfants défavorisés qui les auraient choyés comme des trésors tout doux. Les gens sont bizarres. Et je ne parle pas de cette cohue de pères Noël qui pendent des gouttières tels des outlaws lynchés sommairement au far-west. Non, je n’en parle pas. Comme je me refuse à évoquer la profusion de guirlandes lumineuses qui, bientôt, vont égayer les rues des bourgades tristounettes dans le but de faire croire que la récession est partie s’aérer un peu aux antipodes. Non, je n’évoquerai pas les milliers d’euros qui vont s’évaporer pendant trois semaines alors qu’ils auraient pu servir à autre chose.

Ensuite, dans un mois et cinq jours, je passerai un nouveau cap (d’ailleurs, vous pouvez utiliser la liste de Noël, pour marquer cet événement planétaire). Or, depuis plus de trente ans, je n’ai pas mon âge. Il faudra que je vous explique ce paradoxe un de ces quatre.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – décembre 2022

Carla Gueurfèlde

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Comme tant de jeunes indécis, je fus, en mon temps, fort mal orienté. Plus exactement, je m’orientais moi-même, fort mal. Par fainéantise et sécurité de l’emploi, je me dirigeai vers l’administration, la paye régulière et l’ennui profond.

Pour vous dire la vérité, ma vocation était ailleurs.

Tout petit déjà, j’esquissais des croquis sur le moindre bout de papier. Le papier peint de ma chambre était recouvert de mes premières œuvres, ce qui me valut un nombre de taloches conséquent. Rien n’y faisait. Les nappes, la faïence de la salle de bain, la carrosserie de la R16, le sable de l’estran, les torchons, le journal, tout y passait.

Mon imagination était sans fin. Je dessinais des robes, des jupes, des pantalons, des chemises et des chemisiers, des manteaux, des chandails, des vestes, des gilets, tout. Aucune matière ne manquait à ma production. Le tulle, la laine, la soie, l’organdi, le drap, le lamé, le mohair, le velours côtelé, tout. Mon nuancier couvrait l’intégralité des couleurs de la création. Bref, j’étais un couturier en herbe.

L’herbe n’a pas crû. Encore jeune pousse, elle fut fauchée par les ambitions stupides de parents qui ne pensaient qu’au bien de leur fils unique en le détournant de ses rêves artistiques.

La haute-couture a perdu un génie, l’éducation nationale a gagné un sans ambition.

Savez-vous ce que vous avez manqué du fait de ma carrière avortée ?

Outre la jupe pour homme qui aurait été au centre de ma production, j’avais également esquissé la chaussette intégrale, le col roulé décolleté, la chemise pour homme sans dernier bouton, le pantalon type jean au trou unique (sans tissu), le retour du panty, les doigtettes (chaussettes pour doigts), la veste inversée (boutonnée derrière), et, bien entendu, j’aurais banni le jogging blanc de mes collections.

Vous pouvez pleurer, mais en silence.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – décembre 2022

Un ange sans pitié – Robert Crais

Un ange sans pitié – Robert Crais – Pocket (Belfond)

J’ai lu quelques romans de Robert Crais et je n’ai jamais été déçu de découvrir les aventures des deux comparses, Elvis Cole et Joe Pike.

« Un ange sans pitié » ne narre pas les tribulations des deux inséparables, même si Robert Crais, en la personne de Chen, permet à un personnage secondaire, ami des deux susnommés, de faire une apparition dans ce roman-ci.

J’ai moins accroché à cette histoire de tueur de démineurs. La volonté, un peu extrême, de créer des personnages cabossés par la vie, voire en errance complète, est choix narratif qui me fatigue un peu. Certes, raconter la vie de flics sans taches qui arrêteraient des conducteurs en excès de vitesse pour leur signifier qu’ils viennent de perdre quatre points et trois cents euros ne présenterait pas un intérêt majeur pour les lecteurs. Toutefois, j’avoue que lorsque les flics sont plus compliqués et tourmentés que les délinquants, je trouve que la véracité de l’intrigue en pâtit.

Il n’en demeure pas moins que, selon mes critères parfaitement subjectifs, sieur Crais est l’un des tout meilleurs auteurs de polar de notre époque.

Non, mais culturellement.

© Jourd’hu – décembre 2022

Emménagement

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je passe une petite annonce.

« Être exquis et très difficile à vivre cherche, à partir de tout de suite et jusqu’à la fin de l’hiver, voire un peu plus tard, une résidence pour accueillir un romancier talentueux, bien que non reconnu par ses pairs, pour le moment, afin de lui permettre d’écrire ses futurs chefs d’œuvre dans une atmosphère ambiante maintenue au-delà de 17° Celsius, dans le respect des consignes gouvernementales ; exigences raisonnables ; trois repas par jour (sans escargots ni huitres) ; un matelas dur mais confortable ; une couette moelleuse ; un espace fumeur ; présence d’enfants non souhaitée ; peut s’accommoder d’animaux domestiques bien élevés et discrets ; cheminée bienvenue ; étagères à discrétion ; préférence pour la montagne ; chemins de randonnées pas trop difficiles espérés ; rémunération non envisageable (ni dans un sens ni dans l’autre, sauf si vous insistez pour me dédommager) ; étudie toute proposition ».

Voyez-vous, il m’est assez difficile de survivre dans le logement que j’occupe actuellement car 7,5° au réveil me semble un effort trop difficile pour mes vieux os. Certes, je pourrais allumer les radiateurs, mais, dans ce cas, pour payer la facture d’électricité, je me verrais dans l’obligation de vendre mon corps, et je redoute de ne pas trouver d’acquéreurs.

J’aimerais, dans la mesure du possible, ne pas revivre certains désagréments de l’hiver dernier comme le refus catégorique de mon testeur de glycémie de fonctionner en dessous de 5° ou l’impossibilité de me laver correctement car le gel douche a gelé dans le flacon. Et puis mon automobile ne rajeunit pas, j’aimerais lui offrir un abri contre les vicissitudes de la météo déréglée.

Je vous saurai gré de me répondre en commentaire(s) avant la fin du monde.

En vous remerciant.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – décembre 2022

Possessifs excessifs (poil au pif)

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Ce matin, lorsque je suis rentré dans la boulangerie, j’ai lancé un enthousiaste « Bonjour dames et sieurs ». Je ne vous cache pas que les regards qui se braquèrent sur moi furent un brin dubitatifs.

Voici quelques années, des voix féminines se sont élevées contre l’utilisation, par la gent masculine, du terme « mademoiselle ». Je n’ai pas vraiment suivi l’affaire, me contentant d’obéir comme un bon toutou bien dressé, par des femmes. J’ai réussi à effacer de mon vocabulaire le mot honni, le remplaçant par « madame » ou « jeune fille », selon l’âge du sujet. J’estimais cette interdiction langagière un peu con-con, mais bon, n’étant pas concerné au premier chef, je décidais de passer outre.

Et maintenant, v’là t’y pas que le conseil des emmerdeuses patentées cherche à prohiber le mot « madame » sous prétexte qu’il contient un adjectif possessif « ma » qui traduirait l’oppression masculine en place depuis la nuit des temps et même un peu avant.

Alors, deux choses.

Même si je soutiens la cause des femmes, l’émancipation tout ça, si je suis le premier à ne pas comprendre que l’égalité salariale homme/femme ne soit pas de mise sur notre territoire, par exemple, je voudrais rappeler à qui le souhaitera que l’une des raisons, et pas la moindre, de cette « domination » masculine trouve sa source dans un bouquin écrit par une bande de petits malins qui avaient abusé de l’alcool de figues et qui cherchaient un stratagème pour pécho sans trop se fatiguer.

Par ailleurs, à partir de désormais, je refuse que l’on s’adresse à moi en usant du « monsieur » qui inclut un adjectif possessif, « mon ». Je n’appartiens à personne.

Enfin, à partir de ce jour, je m’auto-déclare défenseur des mots qu’on s’approprie. Ainsi, je trainerai devant les tribunaux celles et ceux qui, nonobstant, se permettraient d’articuler les termes suivants : montagne, macadam, mondiovision et marjolaine. En effet, tagne, cadam, diovision et rjolaine tiennent à leur autonomie linguistique.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – décembre 2022

Les fautes de nos pères – Jeffrey Archer

Les fautes de nos pères – Jeffrey Archer – Le Livre de poche (Les Escales)

Deuxième tome de la saga de monsieur Archer, qui en compte sept.

Un vrai régal de lecture même si les ficelles pour allonger la sauce sont un peu grosses (les rendez-vous manqués, notamment). Toutefois, pour écrire une saga, il est difficile de se contenter de la réalité. Il faut créer des coïncidences, des hasards, des accidents.

Petite annonce.

Madame, monsieur, vous qui avez déposé les deux premiers tomes de la saga de Jeffrey Archer dans la CAL de L. au mois de juillet 2022, je vous serais reconnaissant de compléter ma collection en vous débarrassant, avec élégance, des cinq tomes suivants ; si vous ne les possédez pas, je vous prierais de les acheter, de les lire sans corner les pages ni verser du café sur la couverture, puis de me prévenir du jour de votre don aux lecteurs indigents. En vous remerciant.

Non, mais culturellement.

© Jourd’hu – novembre 2022