Jus d’orange amère

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Il n’aura fallu que deux jours pour que le premier scandale éclate à Tokyo, et ce n’est pas la tenue vestimentaire des skateurs. Quoique.

Un judoka algérien a préféré déclarer forfait plutôt que de combattre contre un adversaire israélien.

Vous me connaissez, je suis quelqu’un de modéré.

Mais WTF !

Il croyait quoi l’autre abruti de service ? Que les JO ne concernent pas TOUS les pays du monde, même un qui n’existe pas mais qui devrait, même un dont on a changé le nom pour que les athlètes dopés puissent tout de même participer, même un qu’on a créé juste pour l’occasion afin que des athlètes réfugiés puissent, dignement, exercer leur art (si vous trouvez les trois, je vous accorde 15% de remise sur l’armoire bretonne) ? Il ne pouvait pas rester chez lui à adorer son dieu hypothétique plutôt que venir faire le zouave à l’autre bout du monde ?

Vous allez encore m’accuser de religionophobie, et vous aurez raison. Toutefois, je ne crois pas que le monsieur dont je ne veux même pas connaître le nom, ait refusé de combattre sous prétexte que son adversaire trimballait une haleine de poney, ou parce qu’il avait insulté sa mère, ou car il n’y avait plus de Flanby à la cantoche.

Je n’ai aucune certitude, mais je soupçonne le malpoli de souscrire aux idées nauséabondes de l’Islam. Non pas que je défende celles tout aussi puantes du Judaïsme, mais que je sache, l’outragé est plus oriental que l’offenseur. Remarquez, si Allah et Yahvé endossaient un kimono et se défiaient sur un tatami, il se pourrait que je revoie mon jugement à l’emporte-pièces sur la foi du vainqueur par ippon.

Je n’y arrive pas. Inutile de perdre votre temps à essayer de me convaincre. Jamais je ne comprendrai comment des hommes et des femmes, a priori plutôt sains d’esprit, malheureusement, choisissent de confier leur vie à des malfaisants manipulateurs. Comment un bonhomme qui a dû s’entrainer des années pour accéder à son rêve de JO, peut-il être assez stupide pour tout balayer d’un revers de main au nom d’une croyance moyenâgeuse ? A la limite, vraiment la limite, il aurait pu régler symboliquement son différend dans le dojo (non, après réflexion, c’est très con).

Cet incident grotesque est l’occasion de vous en conter un autre qui eut lieu à Melbourne, au JO de 1956, en pleine guerre froide et juste après les événements de Budapest, Un match de water-polo opposait les Soviétiques aux Hongrois. Une bagarre générale se déclencha au point que, selon la légende, l’eau de la piscine vira au rouge. La police dut intervenir pour éviter le massacre. A noter que la Hongrie vaincra et obtiendra, quelques jours plus tard, la médaille d’or.

J’aime l’idée utopique que des conflits se résolvent sur un terrain de sport. Mais ce qui serait vraiment bien, c’est que les dirigeants ennemis s’affrontent eux-mêmes sur un ring (comme dans le clip de FGTH, « Two tribes » ; c’était Reagan et Andropov, je crois, vérifiez si vous voulez bien). Bon, il faudrait créer des catégories, sinon Biden risque de prendre une raclée avec à peu près n’importe quel dictateur de la planète. Je vois bien monsieur Macron balayer madame Merkel au ping-pong.

Fin des rêves.

Je souhaite que cet homme, qui confond sport et croyances, soit exclu, à vie, de toute compétition sportive. Mais comme j’ai bon cœur, et qu’au fond je suis tolérant, je lui donnerais une autre chance. Tout le monde peut commettre une erreur.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

Spectacle du monde

(la rédaction de Jourdhumeur présente ses excuses à son lectorat peu friand de sport à la télévision ; elle rappelle, toutefois, que Gifnem29 n’ayant pas de vie, il apprécie les grands événements que la boite à cons accepte de diffuser gratuitement, à des heures indues ; en vous remerciant)

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Comme vous le savez, je suis un adepte des grands spectacles télévisés. Mon agoraphobie doublé de ma misanthropie galopante m’interdisant de me déplacer physiquement dans les réunions humaines parcourues de miasmes et de bactéries.

Tous les quatre ans, je ferme ma porte à triple tour, fais provision de cigarettes et de pleins de trucs nécessaires à la survie de mon organisme délicat et je mate des heures et des heures de sport que je ne regarde absolument jamais en dehors de cette période bénie de non-agression et d’amour entre les êtres (sauf les boxeurs qui continuent à se foutre sur la gueule alors qu’ils ne sont même pas payés, un mystère). Les Jeux Olympiques sont mon délice quadri annuel.

Cette année, les Jeux Olympiques ont lieu l’année dernière. C’est un concept assez novateur qui a vu le jour grâce à un petit machin microscopique qui a instauré une terreur mondiale et, de fait, retardé les JO d’une année. De plus, les épreuves se déroulent essentiellement la nuit et le matin. J’avoue que je ne comprends pas le projet. C’est assez ennuyeux de devoir prévoir, depuis une quinzaine de jours, le jetlag obligatoire pour pouvoir regarder du softball à quatre heures du mat’.

Les Jeux Olympiques sont l’occasion de découvrir des sports totalement improbables comme le softball donc, mais aussi le basket 3X3 (je ne savais même pas que ça existait), le taekwondo (personne n’y comprend rien, même pas les adeptes puisqu’ils râlent toujours quand ils perdent) ou la lutte libre (qui consiste en une séance d’attouchements assez gênants entre personnes consentantes). C’est assez curieux de noter que des sports ultra populaires comme la cesta punta, le porter d’épouse ou les courses d’autruches ne sont pas programmés par ces messieurs dames du CIO.

Ô miracle, c’est France Télévision qui diffuse. Donc, c’est gratuit. Et on se rend un peu compte du manque de brouzoufs. Tout d’abord, il semble que les commentateurs soient tous des derniers de la classe des écoles de journalisme, recalés par toutes les chaînes sportives qui payent bien et échoués sur France 3 pour discuter, habituellement, de tennis et de rugby. Le problème étant que, sortis de leur zone de confort, ils ne connaissent rien du tout. Heureusement qu’ils embauchent des consultants de troisième zone pour les épauler, sinon ce serait un bêtisier sans fin. Je suis un peu méchant avec les consultants car, à une époque, France Télé n’hésitait pas à embaucher des grandes gueules, temps révolu à l’heure du politiquement correct. Je me souviens, notamment, de l’ex judoka Thierry Rey, à Atlanta ou Sydney, je ne sais plus, qui bouillait dans sa cabine de commentateur lorsque, selon ses critères, les combattants ne se donnaient pas suffisamment. Il sortait de la cabine pour hurler, oubliant que les micros étaient assez sensibles pour capter son célèbre « Tu vas le bouger ton cul ! ». Ou encore ce fou rire de Jean Rochefort, consultant de luxe, lors d’une épreuve d’équitation. Comme il nous manque, le rire de monsieur Rochefort !

Cet été, France Télévision a décidé d’innover en diffusant une toute nouvelle discipline à laquelle aucune médaille n’est destinée. Autant, je veux bien me taper du tir à l’arc, de l’haltérophilie voire du dressage, autant la publicité, je dis : Non. Je dis même : Crotte de bique sentant le caca boudin tout pourri ! Pardon pour vos chastes orteils, mais trop c’est trop. Marre de la publicité toutes les dix minutes !

Bon, je vous laisse, les épreuves de surf commencent. Sans vagues pour l’instant, mais bientôt, avec le typhon qui s’annonce, certains surfeurs vont rentrer chez eux plus vite que prévu.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

Trucs et astuces de nos grands-mères

Trucs et astuces de nos grands-mères – Terres éditions

Qui a assassiné le vinaigre blanc ? Telle est la question principale de ce thriller haletant. Les suspects se succèdent à un rythme effréné. Qui du bicarbonate de soude, du citron jaune, de l’ortie, de la cendre, de la salive, du soda, oui qui a commis cet acte horrible qui ne restera pas impuni ? Un suspense intense, mené de main de maître par la grand-mère la plus…

Euh, ça se voit non ?

Je bats ma coulpe.

Pour vous dire la vérité, j’ai commencé un pavé de mille pages que je m’attendais à dévorer comme un requin le ferait d’une touriste allemande à Vanuatu, mais le roman en question, que je chroniquerai plus tard, si j’en viens à bout, s’avère, pour l’instant, après 300 pages, d’un ennui abyssal. Il s’agit d’un de ces romans étasuniens qui ne raconte rien, ou vraiment pas grand-chose, et qui gonfle sa poitrine d’importance, lorgnant du côté de Roth, le très surestimé. Il est possible que ce bouquin soit mon chant du cygne en matière de littérature classique US contemporaine. J’en ai assez de ces fades introspections égocentriques qui durent des pages et des pages. Des descriptions de carrefours, de parcs, de villes tous semblables. Des histoires de sales gosses qui méritent des baffes. Et un secret de famille. J’ai l’impression d’avoir lu cela cent fois. Pourtant, je vais encore insister un peu.

Sinon, ça va vous ?

Non, mais culturellement.

Jourd’hu

P.S. : Faire offre pour l’armoire bretonne.

Pluie d’étoiles

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me la pète.

Je ne suis pas une midinette, mais dans ma longue vie, il m’est arrivé, à de nombreuses reprises de croiser des célébrités, plus ou moins illustres, et je m’en vais vous conter ces rencontres.

Je ne reviendrai pas sur le jour où ma route et celle de Jacques Chirac se sont télescopées, je vous l’ai déjà exposé ici-même. Je rappelle juste que, quelques années plus tard, il devint président de la république. J’écris cela, je n’écris rien.

A une époque, fort lointaine, je montais souvent à la capitale pour visiter les merveilles du patrimoine français, les bistrots du quartier de la Bastille. Un jour, sur un trottoir de la rue de la Roquette, j’ai frôlé Tchéky Karyo. Il est plus petit que moi. J’ai aussi aperçu Danièle Gilbert à la Fnac, elle avait dû s’égarer. A la gare Montparnasse, alors que je quittais mes lieux de débauche, je notais la présence d’un SDF qui jouait de la guitare. Etrangement, il jouait bien. C’était Nilda Fernandez qui attendait son train, comme tout le monde.

Par ailleurs, je peux vous affirmer que Jocelyn Gourvennec mange du pain, car je l’ai rencontré à la boulangerie, à Saint-Brieuc.

Je connais parfaitement Julien Lepers, étant donné que j’ai participé à QPUC (émission lors de laquelle j’ai été honteusement volé, cf l’article « QPUC »).

J’ai serré la main d’Elno (le chanteur des « Négresses vertes ») et il est mort quatre mois plus tard, sans qu’il y ait un lien de cause à effet. J’ai senti l’haleine de Shane MacGowan en me trouvant, approximativement, à sept mètres de lui. Et j’ai uriné à côté de Vivien Savage qui a survécu, mais pas sa carrière (je n’ai aucun détail supplémentaire quant à son anatomie).

Tout cela est rigoureusement exact (oui, ma vie est palpitante), mais j’ai une vraie jolie histoire. Au milieu des années 70, j’avais une dizaine d’années et je m’intéressais déjà beaucoup au cinéma, sans jamais voir un film (cf un article précédent). Un été, à Plouescat (et non pas Ploutrécat, seuls les vrais sachent), devant la maison de la presse, une longue décapotable blanche avec chauffeur est garée en double file. Le chauffeur est allé acheter les journaux et, une jeune femme, stoïque, se prélasse sur la banquette arrière, alors que les autochtones tournent autour du véhicule, curieux de savoir qui est la personne qui peut s’offrir et l’automobile et le chauffeur. Je ne dirai rien à personne, mais je pense être le seul à avoir reconnu Anouk Aimée. Magnifique avec chapeau et foulard blancs. Plus de quarante ans après, je m’en souviens encore, avec une certaine émotion…

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

Maux d’excuses

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

En chroniquant les « Brèves de comptoir » cet après-midi, je me suis souvenu qu’à une époque de mon ancienne vie, je cherchais un moyen de gagner des sous sans trop travailler. J’avais sous la main une matière presque infinie.

Tout d’abord, je suis allé au plus simple. Les copies. Elles regorgeaient de bêtises en tout genre même si la discipline que j’enseignais (le Français) ne se prêtait pas trop à la galéjade contrairement à l’histoire-géo, par exemple. De plus, depuis Jean-Charles et « La foire aux cancres », le sujet a été essoré.

J’ai donc réfléchi malgré la douleur induite par un exercice peu coutumier du prof de base.

Très tôt, j’avais pris l’habitude de conserver les petits papiers échangés entre potaches que je confisquais si je parvenais à les intercepter, avec, déjà, une idée derrière la tête. Bien que ma collection fût assez conséquente, j’abandonnais le projet de compilation, dans la mesure où le contexte importe beaucoup pour comprendre les échanges épistolaires entre Kevin et Kimberley.

« Kev c Kim s ke tu veu sortir avek Lili »

« Caisse kil et chiant se prof »

Puis, l’éclair ! The flash ! Les euros défilaient déjà devant mes yeux. Je venais de décrocher le pompon avec l’idée du siècle. Le puits sans fond. Le carnet de correspondance.

Je me suis mis à photocopier, avec vos impôts, des centaines de pages amusantes, vulgaires, fulgurantes, stupides, épatantes, illisibles, originales, incompréhensibles. J’avais un matériau formidable. Les éditeurs allaient s’entretuer pour obtenir ma signature et pouvoir publier :

 » Monsieur, Steven n’a pas pu faire son exercice car il a préféré aller jouer au foot avec ses copains « 

 » Prière de laisser Hachelet sortir de cours si elle demande car je pense que vous comprenez même si vous êtes un homme « 

 » Mon époux et moi EXIGEONS un rendez-vous après 20 heures. Nous avons un vrai travail, nous « 

 » Ursule a été absent car son père ne prend jamais de vacances en périodes scolaires. Voyez avec lui « 

 » Colin n’a pas compris la leçon de mathématiques du 24/02. Veuillez faire le nécessaire auprès de votre collègue  » (en tant que prof principal)

 » Je ne comprends pas que le professeur de sport essaye de transformer ma fille en singe  » (escalade)

 » Pouvez-vous m’expliquer en quoi la tenue de Cunégonde de mardi dernier était indécente ? Nous portons les mêmes vêtements ma fille et moi « 

 » Ginette ne triche pas sur sa voisine, elle souffre d’un problème de strabisme divergent « 

 » Moi non plus je n’ai rien compris au sujet de la rédaction « 

 » Ernest n’ira pas au cinéma avec le collège car il est puni et privé de télé à la maison « 

Je vous ai fait grâce de l’orthographe défaillante et de la syntaxe approximative. Et j’ai changé les prénoms pour éviter les procès.

Vous savez quoi ? Quelqu’un a eu l’idée avant moi.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

Au fait, les « excuses » proposées, toutes vraies ou toutes fausses ?

Brèves de comptoir – Jean-Marie Gourio

Brèves de comptoir – Jean-Marie Gourio – Robert Laffont

Ce que je trouve fascinant dans ce bouquin (et tous les autres), c’est l’idée. Jean-Marie Gourio est un génie absolu, doublé d’un escroc très malin. Un génie, parce qu’il a fait fortune grâce aux autres, en s’asseyant dans les bistrots et en écoutant les élucubrations des pochetrons et tronnes. Un escroc, parce que je suis convaincu qu’il en a inventé au moins la moitié.

Peu importe. Si on cherche une photographie de la France « d’en-bas » (je déteste cette expression), du parler populaire, du bon et mauvais sens de l’homme ou de la femme de la rue, de la mesquinerie, de la bêtise, de la vraie philosophie, de la mauvaise foi, du très mauvais foie, du désespoir, de la pauvreté, de la rigolade, de l’alcoolisme ordinaire, du je-m’en-foutisme, de l’esprit de clocher, de la méchanceté, de tout cela et de beaucoup d’autres choses, il suffit d’ouvrir un bouquin de Gourio. Si l’exercice est, par définition, inégal, je défie quiconque de ne pas rire une bonne centaine de fois en parcourant ces chefs-d’œuvre.

« C’est bien joli de vivre de plus en plus vieux, mais moi j’aimerais vivre de plus en plus jeune ».

« J’ai trempé un croissant dans du vin blanc, moi ? Quand ça ? »

« Les jeux olympiques des handicapés, si en plus t’arrives le dernier… »

« Moins ils ont à faire, plus ils se lèvent tôt, ces cons de retraités ».

« Si Dieu meurt, c’est Jésus qui hérite ».

« Moi dans le pâté, ce que je préfère, c’est les cornichons ».

« L’aut’ con il veut aller sur Mars, moi déjà quand je retrouve ma maison, je suis content ».

« Ben ouais, je suis toujours là ! Tu m’as dit d’aller voir ailleurs si t’y étais, eh ben t’y es pas ».

« Combien de chevaliers en armure ont pris la foudre ? »

« Claire Chazal elle met pas des pantoufles pour présenter le 20 heures, non monsieur ! »

Cinq vraies, cinq inventées par mes soins. Si seulement j’avais eu l’idée avant Gourio…

Non, mais culturellement.

Jourd’hu

Vitamine D

Le sachiez-vous ?

Le soleil est un élément primordial pour l’équilibre de l’être humain. En effet, ses rayons sont vecteurs de vitamine D. Et je suis bien placé pour vous en parler vu que j’ai passé presque toute ma vie en Bretagne (une erreur administrative m’a éloigné quatre ans, exilé à Poitiers, 43° en juillet 2003, il devrait y avoir des lois contre ça).

Située sur le Tropique du Verseau, la Bretagne est une région particulièrement gâté en matière d’ensoleillement. Pour preuve, il suffit de remonter à 1976 pour trouver trace d’une sécheresse qui embrasa les crêtes broussailleuses des Monts d’Arrée. Aujourd’hui encore, nos fières montagnes rabougries portent les stigmates de cet épisode estival. On ne compte plus les jours accablés par la chaleur de notre étoile.

Toutefois, cette abondance de rayons ultraviolets ne comporte pas que des avantages.

Prenons l’exemple d’un magnifique autochtone, au physique avantageux et à l’intelligence nettement au dessus de la moyenne. Moi.

Trente ans d’exposition, torse nu, la chevelure blondie, aux délices de l’astre du jour ont fini par consumer, peu à peu, mon capital soleil.

Chacun d’entre nous reçoit, à sa naissance, un certain nombre d’unités qu’elle ou il pourra dépenser en lézardant sous les flèches de feu. Selon votre carnation, vous êtes éligibles à un échelon entre 1 et 12. Le stade 1 correspond à ceux qui possèdent une peau à l’épreuve des agressions solaires. Les élus sont les peaux sombres, les notaires et Superman. Par exemple, le stade 6 intéresse les peaux métissées, les candidates de téléréalité et Chuck Norris. Enfin, le stade 12 concerne les Bretons, les roux et les vampires. Le principe est le suivant. Plus votre échelon est élevé, moins votre capital soleil est important. Moins votre capital soleil est important, moins vous devez vous exposer au soleil.

J’ai négligé ce commandement. Un jour de juillet 1999, j’ai vu mes épaules rougir exagérément. Après une nuit de souffrances supportées grâce au légendaire flegme breton, j’ai découvert deux énormes cloques remplies d’un liquide nauséabond. Après de longs mois de cicatrisation, des douleurs sans fin qui, sans mon courage sans faille, auraient eu raison de mon équilibre mental, mes épaules se sont couvertes de tavelures et de répugnants poils noirs.

Râ m’a puni. Plus jamais les rayons de l’astre du jour ne devront toucher ma peau.

Bon, en même temps, je suis plutôt à l’abri.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

Dessein de seins

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Depuis peu, les culs bénits et autres empêcheurs de vivre en rond, qui n’ont vraiment rien d’autre à foutre, se plaignent du retour de la mode des seins nus sur les plages.

Mais WTF ! Regardez ailleurs bande d’abrutis !

Me revient en mémoire une réflexion de ma grand-mère. C’était une femme d’un grande piété qui chassait le blasphème et pour qui la sexualité n’était qu’une question de reproduction. Vers la fin des années 80, alors que nous marchions sur la plage, nous croisâmes une jeune femme topless. Mon aïeule me sortit cette phrase qui me laissa pantois : « Elle est belle, et elle le sait ».

Ma grand-mère était née en 1914. Malgré sa grande pudeur, elle considérait la poitrine féminine comme un organe nourricier qui, de surcroit, pouvait s’avérer très esthétique. Habituée, dans sa jeunesse, à voir des femmes se dégrafer pour donner le sein à leur enfant, elle n’était pas choquée par les torses féminins dénudés tant qu’il n’y avait aucune ambiguïté dans cette attitude.

Je suis du même avis. Même si je reconnais que les bustes féminins et masculins présentent quelques différences notables, je ne vois pas pourquoi des messieurs aux mamelles dégoulinantes et couvertes de poils peu ragoutants, seraient moins indécents que des dames à la poitrine triomphante.

J’ai lu que les femmes revendiquaient le droit au « no bra ». Les marches du festival de Cannes regorgeaient de robes portées ostensiblement sans soutien-gorge. Parfait. Libérez vos seins, mesdames. Ou pas. Surtout, faites ce que bon vous semble, n’en déplaise aux grincheux frustrés.

L’autre jour, une « affaire » défrayait la chronique. Des agents de sécurité d’un parc d’attractions avaient demandé à une jeune femme qui allaitait son enfant, de quitter les lieux car elle choquait, notamment, les enfants. Il semblerait que personne ne se soit ému de cet abus d’autorité. Je ne suis pas un spécialiste de la lactation, je n’ai, moi-même, pas été nourri au sein, cependant, il me semble que le lait maternel présente des avantages indéniables par rapport aux produits industriels transformés et pleins de saloperies. Qu’une femme se voit houspillée parce qu’elle a eu l’audace d’extraire un sein de son soutien-gorge renforcé pour alimenter son enfant, me fait penser que l’obscurantisme de jadis, rode de nouveau. Quant à l’avis des enfants, une nation équilibrée devrait s’en passer

Un seul petit détail me chiffonne dans ce débat qui ne devrait pas être. Mesdames, si, en accord avec votre liberté individuelle, vous décidez de faire prendre l’air à vos gougouttes, de grâce, évitez de traiter les hommes, dont le regard dévierait d’un chouia, de pervers, #balancetonporc. Souffrez que la plupart des hommes, et certaines femmes, rendent hommage à vos rondeurs délicates sans imaginer, une seconde, se précipiter sur vous pour vous agresser. Je m’en vais vous en conter une bien bonne. En septembre dernier, je résidais dans la demeure en bord de plage (du calme, je ne suis pas propriétaire). Comme chaque jour, j’allais une bonne dizaine de fois au bout du terrain qui jouxte la plage pour vérifier que le sable n’avait pas foutu le camp. Quelle ne fut pas ma surprise de tomber nez à seins avec deux jeunes femmes qui avaient l’intention de prendre un bain totalement à oilpé ! Gêné (si si), je me suis vivement détourné et j’ai regagné la maison, non sans avoir entendu un « Putain de pervers ! ». Je n’en ai pas cru mes orteils. Et d’une, il ne s’agit pas d’une plage naturiste, et de deux, si on se fout à poil sur une plage publique, il ne faut pas s’étonner qu’une paire d’yeux, ou davantage, s’égare, à peine un instant, sur ce que la nature vous a fourni. Merde à la fin.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

La main droite du diable – Ken Bruen

La main droite du diable – Ken Bruen – Folio policier – Gallimard

J’ai failli l’abandonner au bout de vingt pages. Manque de fluidité dans la traduction, trop de grumeaux. Puis, j’ai insisté un peu, et j’ai bien fait.

Tout d’abord parce que ce bouquin se lit très vite, ensuite parce que la pâte à crêpes scénaristique est indigeste, mais volontairement. L’intrigue policière centré sur le meurtre d’un curé pédophile ne présente aucun intérêt. En revanche, la rédemption d’un flic alcoolique, responsable du décès d’une fillette, est assez prenante. Tout au long du roman, le (anti)héros se bat avec son addiction et avec ses pulsions suicidaires. Le chaos de la vie de Jack Taylor est transcrit dans chaque mot choisi par l’auteur. C’est un exercice de style assez fascinant. Bémol, toutefois, sur les introspections de l’ex-flic (du genre, il discute avec quelqu’un et ne pense qu’à une chose, lui mettre son poing dans la figure), heureusement peu nombreuses, et aussi, sur un dénouement raté car terriblement attendu.

L’histoire se déroule à Galway, petite cité irlandaise proche de la frontière nord. Un chose est certaine, Ken Bruen n’a pas reçu de subventions du syndicat d’initiatives. Si les descriptions font parfois penser à un tableau de Constable, l’essentiel des allusions à la ville pourrait être accompagné d’un mot : « Fuyez ! »

A vous de voir, je ne déconseille pas. Personnellement, je m’en tiendrai à ce seul roman de Bruen.

Non, mais culturellement.

Jourd’hu

Le monde d’avant, mais après

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Ca vous fait quoi à vous de vivre dans un monde post-apocalyptique ? Moi, je suis un peu déçu.

Il faut dire que le scénario du réel est nettement différent des scénarii de fiction. Le vrai est plus light que le faux. Il faut dire que, globalement, l’humanité a survécu.

Je marche. Je déambule dans le nouveau monde, et je note les changements.

9000 habitants, à une vache près, un cinéma, que je ne fréquente pas, vous vous en doutez si vous suivez assidument mes brillants articles, mais qui habite juste à côté de mon vendeur de mort en tubes. Pendant dix-huit mois, les affiches ne changeaient pas, sauf qu’elles palissaient sous l’ardeur du soleil breton et qu’elles s’effondraient dans leur cadre en plexiglas. C’était étrange, car pour une fois, depuis bien longtemps, je pouvais affirmer que j’avais vu les derniers films sortis au cinéma, mais à la télé. « Mon cousin » et « 30 jours max ». Assez loin des coups de cœur de Télérama, je vous l’accorde.

La municipalité a jugé pertinent de se lancer dans des grands travaux de voieries durant le premier confinement. Pas stupide au fond. Par la force des choses, les rues étaient moins fréquentées. Sauf que le personnel des services techniques n’est pas célèbre pour son acharnement au boulot (je sais que c’est une idée reçue, cependant, ayant travaillé lors de vacances d’été dans ce service, je peux vous assurer que la pause de dix heures dure jusqu’au repas de midi et que le principe des RTT a été parfaitement assimilé). En revanche, les congés maladie pleuvaient comme un basque espagnol. Résultat, les rues de la ville ressemblent à des emmenthals.

Dans le monde d’avant, lorsque je me rendais à la boulangerie (la meilleure de la ville, celle qui propose des petits pains « gana » aux pépites de chocolat noir, à se damner), selon l’heure à laquelle je me pointais, la file d’attente pouvait atteindre vingt personnes, collées les unes aux autres. Dans le monde d’après, la file d’attente est toujours aussi imposante, mais la plupart des gens laissent un mètre cinquante entre eux et la personne qui les précède. Sage décision, prudente en tout cas. Sauf que certaines personnes n’ont pas compris que vaccination ou non, l’idée de ne pas renifler la nuque de son voisin ou de lui éternuer dans le nez est assez judicieuse. Le monde de demain sera-t-il un monde de masques dans les lieux publics ? La proposition ne me choque pas si une telle décision permet de juguler les épidémies de grippe, de rhume ou de déripette carabinée. Je reconnais, toutefois, que cette remarque est un brin égoïste, dans la mesure où je ne fréquente que très peu les lieux publics du fait de ma misanthropie galopante. Regardez comme ça a réussi à Michaël Jackson, il est en parfaite santé. Si ! Il vit dans un lieu tenu secret en compagnie de Dick Rivers et de Jaïro.

Je me demande si le plexiglas dans les commerces disparaitra un jour. Si c’est un 17 avril, ou une date inusitée pour un grand soutien humanitaire, on pourrait l’appeler « la journée de la fin du plexiglass dans les commerces ». Pas bête hein !

Et moi, je continuerai à porter un masque dans les lieux publics pour qu’on n’oublie jamais. Et pour faire suer le monde.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29