Armageddon

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Les USA, par le biais de la NASA, je suppose, sont parvenus à démontrer que leur technologie permettait de dévier un météorite si, par malheur, l’un de ces gros rochers interstellaires venait à menacer notre planète, et, par conséquent, la vie humaine, comme celle d’un vulgaire dinosaure.

A ma connaissance, c’est la première fois que des scientifiques s’inspirent (on est à la limite du plagiat) d’un film hollywoodien. Sans Brousse Ouilice toutefois.

Je trouve cet épisode très encourageant. Mais également un peu inquiétant.

Si jamais, les scientifiques prennent comme exemples les films de cinéma, c’est une bonne nouvelle, car, dans les salles obscures, les gentils gagnent beaucoup plus souvent que les méchants. Sauf que les méchants font de sacrés dégâts.

Prenons Godzilla. Si les scientifiques sont capables de dévier une météorite, ce n’est pas une espèce de gros lézard puant qui va nous faire peur. Quand il fera irruption à Tokyo, on le laissera détruire deux ou trois immeubles pour le fun, puis on lui enverra du covid-19 en intraveineuse et il serra bien obligé de s’isoler pour prendre rendez-vous pour le vaccin sur Doctolib.

C’est rassurant la science, non ?

Un petit bémol, cependant. Ce qu’ont accompli les copains d’oncle Sam dans l’espace n’était qu’un exercice. Une simple répétition avec le texte mais sans les costumes. Autrement dit, un brouillon. En cas de véritable menace intergalactique, les ingénieurs de la NASA feront comme tout le monde, ils rentreront chez eux pour embrasser leurs enfants et boire des bières en regardant une rediffusion du Jerry Springer Show. Puis ils appelleront Brousse Ouilice.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – septembre 2022

Auto (in)satisfaction

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Il se trouve que je suis le propriétaire d’une petite automobile dont je ne peux que me féliciter. Etant donné les projets en la matière , soit la fin des moteurs thermiques programmée pour 2035 (2035 ! Vous vous rendez compte ! C’est demain ! Tous en électrique ! Chic, on va pouvoir polluer autrement !), je prends grand soin de mon véhicule afin qu’il m’accompagne jusqu’à ma dernière demeure. Avec ses 47 000 kilomètres en sept ans, il est possible qu’il me survive. C’est pourquoi, je respecte, scrupuleusement, les entretiens annuels. Enfin, je respectais.

L’an dernier, j’ai pris rendez-vous chez VW pour la révision et le contrôle technique. Voyant le faible kilométrage de ma voiture, le technicien m’a conseillé de me contenter d’un entretien tous les deux ans, en même temps que le contrôle technique. Bon. Tant mieux après tout, c’est une économie.

Sauf que.

Depuis quelques jours, à chaque fois que je démarre ma Cox, un message, particulièrement agaçant, m’annonce que je dois procéder à l’entretien annuel !!! De quoi y perdre son lapin.

J’ai profité de la nécessité d’opérer un léger réglage (à 39 euros…) sur ma bagnole pour demander au technicien comment faire disparaitre ce message. Sa réponse ? En faisant l’entretien annuel.

Je résume, pour ceux qui n’ont pas la couleur. Le bonhomme de VW m’a conseillé de faire réviser mon automobile tous les deux ans plutôt que tous les ans, car je roule peu. Mais le véhicule est programmé pour être révisé tous les ans.

Résultat, 79 euros (plus les 39 suscités) pour un entretien que le technicien de VW n’estimait pas nécessaire de faire. J’ai essayé d’obtenir des explications, et j’ai assisté au plus beau noyage de poisson auquel j’ai été confronté depuis fort lointain. Sans entretien, le message ne disparait pas. J’ai l’impression de m’être fait un peu enfler. Un peu.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – septembre 2022

Rancune – Jeremiah n°39 – Hermann

Rancune – Jeremiah n°39 – Hermann – Dupuis

Hermann est un génie. C’est également un vieux monsieur dont les media ignoreront la disparition le jour venu, et je m’en révolte à l’avance.

Dessinateur de bandes-dessinées puis dessinateur et scénariste, Hermann est, avec son comparse Greg, le créateur de deux des plus grandes séries de l’histoire de la BD. « Bernard Prince » et « Comanche ». Ces deux séries, nées dans les années 70, et abandonnées par Hermann au tournant des années 90 (beaucoup reprises jamais égalées) sont de pures merveilles pour qui aime la ligne claire de l’école belge et la BD d’aventures.

« Bernard Prince » est un aventurier un peu dandy, qui, flanqué de ses deux compagnons Barney Jordan le vieux loup de mer et Djinn le jeune disciple, parcourt les sept mers sur son « Cormoran » au gré des cargaisons. « La fournaise des damnés », notamment, appartient à la crème de la BD.

« Comanche » est une jeune femme qui règne avec force et féminité sur un ranch. Nous sommes à la fin du 19è siècle, au far-west. Ne surtout pas se laisser éloigner de cette série exceptionnelle sous prétexte qu’il s’agit du monde des cow-boys, ce serait une grave erreur (tout comme « Blueberry » d’ailleurs). L’une des originalités de cette série est que Comanche lui donne son nom, mais elle n’est pas le personnage principal. L’épisode « Les shérifs » est l’une de mes trois BD favorite (avec « Quitte ou double pour Alak 6 », un Bruno Brazil et « Du sable plein les dents », un Jeremiah).

Jeremiah justement. Cette série marque l’émancipation de Hermann. Il abandonne Greg et se lance seul dans une grande aventure, dessinateur et scénariste. Les histoires se situent dans un monde post-apocalyptique, où les hommes tentent, tant bien que mal, de survivre dans des villes en déliquescence, la plupart du temps dirigées par des fous fanatiques. Cette série est très inégale. Des chefs d’œuvre y côtoient des œuvres mineures.

Hermann présente une particularité assez rare dans le monde de la BD. Au fil des ans, son trait a beaucoup évolué. Adepte de la ligne claire réaliste (style « Blueberry » par exemple), avec Jeremiah, il ose le trait plus flou, plus sombre, avant de casser complètement les codes dans les derniers albums qu’il peint à l’aquarelle.

Plus encore que « Jeremiah » (qu’il faut lire dans l’ordre chronologique), découvrez l’œuvre de monsieur Hermann. C’est un ordre.

Non, mais culturellement.

© Jourd’hu – septembre 2022

Sobriété

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Comme aurait pu le chanter le regretté Eric Charden, « L’hiver s’ra froid, l’hiver s’ra froid, dans les doudounes, dans les parkas ».

Et vu le prix des énergies chauffantes, nous allons nous cailler les miches, ou vider nos comptes en banque, nos PEL, nos bas de laine et tout le reste.

Nos chers gouvernants ont, donc, décidé de montrer l’exemple.

Heureusement pour eux, le ridicule ne tue pas, mais il peut donner l’idée de voter différemment.

Entre le sinistre qui délaisse la cravate pour le col roulé, la première sinistre qui se pointe à la radio avec une polaire, le dépité qui va troquer son sèche-linge contre un tancarville, nous sommes en droit de nous demander, sans hurler merci : « Mais de qui se moque-t-on ? »

Ces messieurs dames émargent à 5000 euros mensuels et (bien) plus. Lorsqu’ils recevront leur facture de gaz, ils ne vont pas faire un malaise vagal.

Le truc le plus stupide dans cette démonstration de sobriété énergétique, c’est que nous sommes toujours au mois de septembre. Fin septembre, d’accord, mais malgré tout, un début d’automne plutôt doux. Imaginez une seconde ce que nos chers dirigeants vont nous dire au mois de décembre quand les rues seront encombrées de neige.

Je suppose que monsieur Macron se déplacera en traineau à chiens, madame Borne portera des Damart sous ses tailleurs chic, l’assemblée nationale sera chauffée à la chaleur animale puisque des étables garnies de vaches seront aménagées sous les ors de la république (ils pourront même récupérer les gaz stomacaux de ces savoureux ruminants), le sénat disposera d’un chauffage innovant puisque l’installation d’un crématorium permettra, grâce à un ingénieux système de plomberie, de réchauffer les vieux os des caciques avec ceux de leurs collègues disparus prématurément, quant au conseil des sinistres, il se déroulera dans les catacombes où règne une température constante propice à la prolifération des rats, et des champignons, accessoirement.

Et nous, pauvres petits insignifiants, nous n’aurons plus qu’une solution pour ne pas mourir de froid : bouffer des piments.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – septembre 2022

Un grand oiseau en fer

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

De tout temps, l’être humain a voulu dompter un élément : l’air.

Si ce n’est pas de l’introduction ça, je ne m’y connais pas !

Dès l’antiquité, un jeune homme et son père bricolèrent dans leur garage une paire d’ailes pour voler jusqu’à l’astre solaire. Et leur invention fonctionna du tonnerre. Icare, le fils, s’envola sous les yeux émerveillés de son Dédale de père. Les premiers millions de kilomètres se déroulèrent formidablement. Icare surveillait bien les instruments comme le lui avait asséné son daron. Hélas, ils avaient rencontré un problème de taille lors de l’élaboration des ailes. Ils avaient testé un grand nombre de matières pour les fixer dans le dos d’Icare : le miel, la bave d’escargots, la sève de pins. Finalement, ils optèrent pour la cire. Fatale erreur puisque celle-ci fondit au moment de l’approche sur le terminal solaire et Icare s’écrasa comme une merde. Quand on pense que, s’ils avaient utilisé de la super-glue, Icare serait encore parmi nous.

Mille cinq cents ans plus tard, cette histoire hantait encore les esprits des inventeurs. Un certain Léonardo Da Vinci imagina un dispositif qui aurait permis à Icare de se poser en douceur sur le soleil. Certes, il aurait eu un peu chaud aux fesses, mais il s’en serait sorti avec un tube de Biafine.

Ce n’est qu’à la fin du 19è siècle que des tarés se lancèrent à nouveau dans la conquête des airs. Après avoir expérimenté des aéronefs en bois, en toiles, en Légo, le plus cinglé de la bande construisit un engin volant en métal.

En métal !

Non mais et puis quoi encore ?

Des appareils de plusieurs tonnes en métal, acier ou fer peu importe, ne peuvent pas voler. C’est impossible. Et avec quoi sont collées les ailes s’il vous plait ? De la cire ? Des boulons de douze ? Des rivets ?

J’ai pris six fois l’avion. Trois allers-retours. 1983, 1995 et 1996. Depuis, je ne voyage plus.

Non, mais sérieusement.

 © Gifnem29 – septembre 2022

La mode est au rouge sang – Valérie Stivers

La mode est au rouge sang -Valérie Stivers – Fleuve noir

De nouveau un roman dont le titre est un piège. Il aurait dû s’appeler « Le diable s’habille en Prada chez les vampires ». Sans les qualités de « Le diable s’habille en Prada » et avec des vampires qui ne feraient pas peur à un môme de sept ans. Ce texte semble écrit par une gamine de quatrième, et encore, j’ai lu des rédactions nettement meilleures.

C’est nul.

Pardon, c’est très mauvais, j’ai lu des choses pires, ne transigeons pas dans l’échelle des valeurs littéraires.

Que « Fleuve noir » publie une telle chose me déconcerte.

Non, mais culturellement.

© Jourd’hu – septembre 2022

Bulles belges

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

La moitié des humoristes français sont belges. La moitié des chanteurs français sont belges. La moitié des comédiens français sont belges. La moitié des écrivains français sont belges.

Triste constat.

Mais tant que les Belges ne s’attaquaient qu’à la culture, c’était supportable. Après tout, ils s’expriment dans notre langue et pour la majorité des non-belges, ils sont français. Certes, ils trimballent un léger accent ridicule, mais de nombreuses provinces françaises sont, également, affublées de ce handicap. Tout le monde ne peut pas user d’une langue épurée, à l’image des Bretons.

Seulement voilà, les Belges ont décidé de s’attaquer à un symbole français, que dis-je un symbole, pire une identité. Nos voisins, non contents de se piquer d’œnologie, s’aventurent dans le champagne. Sérieusement !

Ils ne peuvent pas se concentrer sur leurs bières de bonnes sœurs et laisser les boissons nobles aux peuples nobles ?

J’aimais plutôt bien nos voisins d’outre-Quiévrain. Leurs frites, leur pays tout plat, leurs footballeurs à qui nous mettons des raclées, même leurs blagues françaises. Mais le champagne !

Je pense qu’il faut réfléchir avec sérieux à des sanctions exemplaires. Nous pourrions imiter le grand démocrate Igor (prénom d’emprunt etc etc…) et envahir ces insolents pour leur apprendre les bonnes manières.

Toutefois, il serait sage d’attendre un peu. En effet, rien ne dit que les Belges parviendront à l’excellence française en matière d’alcool à bulles.

Il est, tout de même, intéressant de noter que c’est grâce (ou à cause) des bouleversements climatiques que le climat belge permet à la vigne de s’épanouir. A quand des bananes belges ?

D’une certaine façon, que les Belges produisent du champagne m’est indifférent. Je n’ai jamais aimé cette boisson.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – septembre 2022

Le caikozolives

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je mange.

Aujourd’hui, j’ai décidé de partager avec vous ma passion pour la cuisine.

Ma spécialité, mon plat signature, c’est le caikozolives. Je vous propose ma recette ultra-secrète mais je vous demanderai de ne pas la divulguer sur vos rézosocio. Merci.

Pour confectionner un caikozolives pour X personnes (je n’ai jamais trop compris les recettes qui précisent le nombre de convives ; ça dépend de l’appétit de chacun, non ?), il vous faut :

  • quatre cuillerées à soupe de farine blanche ; l’idéal est de faire pousser soi-même son blé, afin d’éviter les produits non désirés type pesticides ou pipi de renard ; en principe, vous trouverez sans trop de difficultés un meunier qui, contre quelques écus, vous broiera les épis.
  • trois œufs de poule ; souvent les recettes ne précisent pas la provenance des œufs, pourtant c’est très utile car si vous utilisez des œufs de caille voire des œufs de Pâques, le résultat sera très différent.
  • une cuillerée à soupe d’huile d’olive, vierge, pressée à froid (vous savez, vous, ce que cela signifie de l’huile vierge ?).
  • des olives, plein ; des vertes, des noires et d’autres couleurs si vous trouvez.
  • des dés de jambon (optionnel si vous êtes végan ou si vous êtes vous-même un cochon).
  • 75 grammes de fromage râpé (plus si vous choisissez de changer de monture en cours de route et de préparer une raclette).
  • (attention, âmes sensibles veuillez passer à la ligne suivante pour éviter la crise d’épilepsie ; en vous remerciant) une demi sachet de levure de boulanger ; oui, je sais, c’est dégueulasse, mais moins que la levure chimique en sachet rose qui a gâché une partie de mon enfance ; par ailleurs, je n’ai pas testé les blancs en neige sur cette recette, j’attends vos retours.
  • sel, poivre, point trop n’en faut.
  • ingrédient secret qui donne du moelleux à la préparation (pour savoir qu’il s’agit d’un petit pot de faisselle, je vous prie de me faire parvenir 50% de votre PEL par le biais de Western Oignon).
  • faites une pause parce que vous êtes fatigué.
  • coupez les olives en petits morceaux, et arrêtez d’en manger merde !
  • mélangez le tout très énergiquement ; le mieux étant de délocaliser le remuage pour éviter de sentir le fennec pendant la soirée.
  • versez dans un plat à caike que vous aurez, préalablement, chemisé avec du papier truc-machin afin d’éviter que cette saloperie colle au fond de votre plat soi-disant anti-adhésion, je t’en ficherais moi de l’anti-adhésion…
  • enfournez au thermostat de votre choix jusqu’à ce que ce soit cuit.
  • sortez le plat quand c’est cuit parce que votre four est trop petit pour accueillir vos invités.
  • dégustez avec ce que vous voulez, je ne suis pas votre mère non plus.

Voilà, vous allez vous régaler.

Et bon appétit bien sûr.

De rien.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – septembre 2022

L’institut – Stephen King

L’institut – Stephen King – Le Livre de poche (Albin Michel)

J’entretiens des rapports étranges avec monsieur King. Je ne peux pas dire que je sois un inconditionnel de son œuvre, pourtant, j’en ai lu une bonne trentaine.

Je considère qu’il est un auteur majeur mais très inconstant. J’ai eu entre les mains des bouquins qu’on aurait juré écrits par un troisième à moitié analphabète (« Cœurs perdus en Atlantide », « Duma key ») et des livres que je classe dans la catégorie chef d’œuvre (« Misery », « Dead zone »).

Je suis rarement resté dans l’entre-deux. Il fallait bien que cela arrive un jour.

« L’institut » est un roman tiède. Certes, il se lit facilement malgré ses 750 pages, mais King manque de punch. Selon moi, l’histoire aurait gagné à être plus concentrée.

Par ailleurs, ce n’est pas un roman d’horreur à proprement parlé. Sauf si l’on estime que le manque d’empathie et le désir de tout maîtriser font partie de la panoplie horrifique des êtres humains.

Si vous êtes fans de King, ne passez pas à côté de ce bouquin. Si vous voulez découvrir cet auteur, choisissez « Misery » ou « Les Tommyknockers » pour pénétrer son univers.

Non, mais culturellement.

© Jourd’hu – septembre 2022

Terreur nocturne

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Je vous raconte souvent, et je sais que vous en avez un peu assez car je reçois des sacs de courrier (que je vous demanderai d’affranchir s’il vous plait, je ne suis pas Versailles non plus), que, pour satisfaire aux exigences de ma médecin, je marche.

En fin d’après-midi, à peu près deux heures avant le crépuscule, je me suis lancé dans une promenade inédite.

Et je me suis perdu.

Il faut bien avouer que, à la naissance, je n’ai pas été livré en sens de l’orientation. Un jour, je me suis égaré en effectuant le trajet entre le boulot et chez moi (véridique…).

Donc, marchant le long de la départementale, j’ai bifurqué dans une venelle indiquée « voie sans issue ». Le macadam laissa vite place à un sentier herbu comme je les aime. Sauf que le sentier donnait sur un champ de maïs. Comme je suis un aventurier dans l’âme, je n’ai pas fait demi-tour. Et puis le champ était en pente douce. En bas du champ, rien. Je me suis retourné et j’ai vu cette pente que mon corps refusait de remonter. Alors, je me suis allongé sur la terre et j’ai attendu la mort. Soudain, une fée m’est apparue. Et elle m’a filé un coup de pied dans les fesses et m’a indiqué, de son doigt manucuré, un étroit chemin tracé dans le talus.

Après l’avoir remerciée, la nuit pointant son voile, j’ai dévalé le sentier. Les branches basses me fouettaient le visage. Les sangliers meuglaient car je les dérangeais en plein repas (des glands à la plancha). Les korrigans ricanaient en espérant que je tomberais dans un trou sans fond.

La nuit était noire lorsque j’ai émergé de la forêt. Je me suis cogné à un grillage. Ce fut ma main courante, ma bouée de sauvetage, ma liberté. J’ai marché longtemps sans que ma main gauche quitte le réconfortant contact du fil de fer tressé. J’ai croisé de nombreuses créatures étranges dont l’existence prête au débat. Malheureusement pour vous, afin de rester en vie, j’ai juré de ne pas divulguer l’identité de ces êtres abominables.

Au bout d’une éternité, j’ai aperçu des lumières. Chic, me suis-je dit, des phares d’automobiles, j’ai rejoint la civilisation. Hélas, il s’agissait de feux follets et de la lanterne de l’Ankou. Sympa le vieux, il m’a payé le coup, puis il a regardé dans son carnet s’il y trouvait mon nom. Malheureusement, il avait oublié ses lunettes. Comme il voyait que j’étais à bout de force, il m’a aidé à grimper dans sa charrette et m’a ramené chez moi. Z’auriez vu la tronche de mes voisins !

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – septembre 2022