HPI

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

HPI, HPI, HPI, tout le monde n’a que ce sigle à la bouche, depuis quelque temps. Et une série sur TF1 (que je n’ai jamais regardée, mais qui est très bien parait-il), et des personnalités qui se dévoilent (essayez de trouver Jérémie Ferrari sur Konbini, c’est à la fois triste, gênant et gerbant ; l’humoriste glisse, l’air de rien qu’il est HPI, sans développer, comme si cela allait de soi ; en revanche, il parle de son alcoolisme, comme de plus en plus de personnes médiatiques, dont Francis Perrin, et ça, c’est très bien).

HPI, pour ceux d’entre vous qui étaient en vacances sur Melmack, ces cinq dernières années, ces trois lettres signifie : Haut Potentiel Intellectuel (et non pas Hipster Probablement Inculte).

Je viens, à l’instant, de regarder à quoi correspond cette classification. Elle concerne les personnes dont le QI est établi entre 130 et 160. Vous me voyez venir ?

Lorsque j’avais vingt ans, on parlait beaucoup d’un organisme appelé la MENSA qui regroupait, de manière non institutionnalisée, les 5% les plus intelligents de la population mondiale. Un livre circulait beaucoup. Il permettait de calculer son Quotient Intellectuel en répondant à des tests. Par pure modestie, je ne vous livrerai pas mon résultat. Mais bon, je suis HPI. J’ai donc vérifié en étudiant les 8 comportements du HPI.

1- Le haut HPI sait s’adapter à autrui.

C’est tout moi ça. Je suis misanthrope, asocial et solitaire.

2- Le HPI sait se montrer particulièrement curieux.

C’est tout moi ça. Je me fous comme de l’an 40 de la majorité des nouvelles technologies (sauf le GPS, après la petite cuillère à pamplemousse, le GPS est la plus belle invention de l’être humain).

3-  Le HPI à un sens aigu de l’observation des détails.

C’est tout moi ça. Je suis myope comme une taupe. Corrigé certes, mais je ne trouve jamais Charlie.

4-  Le HPI sait faire plusieurs choses en même temps.

C’est tout moi ça. Je ne compte plus le nombre de casseroles que j’ai cramé.

5- Le HPI a une tendance à la susceptibilité.

C’est tout moi ça. Je me contrefous de ce qu’on pense de moi.

6- Le HPI recherche la compagnie de personnes plus âgées.

C’est tout moi ça. (commentaire censuré par les modérateurs du site)

7- Le HPI sait vivre dans l’indépendance intellectuelle. Les personnes HPI, de par la finesse de leur fonctionnement intellectuel, sont souvent très indépendantes au niveau de la pensée et peu susceptibles de se laisser influencer par des mouvements idéologiques ou convaincre par un processus de manipulation mentale (propagande, publicité ciblée…), par exemple.

C’est tout moi ça. Pas pour la finesse intellectuelle, pour l’indépendance (enfin j’espère, car cette fois c’est vrai).

8-  Le HPI vise la perfection.

C’est tout moi ça. Qui a ri ?

(sources « la clinique e-santé »)

Bien. J’ai vraiment fait les tests de la MENSA. Sauf que je les ai corrigés moi-même. J’avais vingt ans et l’occasion de faire croire que j’étais intelligent. J’ai, peut-être, un chouia, optimisé mes résultats.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – juin 2022

Chasse au congre à Lannilis – Jean-Jacques Gourvenec

Chasse au congre à Lannilis – Jean-Jacques Gourvenec – Editions Alain Bargain

Allez, je ne vais pas vous mentir, j’ai un petit contentieux (et pas de compte en Suisse) avec cette maison d’édition. Tout simplement parce qu’ils n’ont pas voulu de mon roman « Dossiers froids », mais de peu. Ils voulaient que je le réécrive en le situant dans une commune réelle. Soi-disant, leurs lecteurs aiment se balader sur les lieux des intrigues. Mouais, pas convaincu.

Cette maison d’éditions est spécialisée dans le polar régional. Elle ne cherche pas à publier le futur Goncourt, mais propose des romans assez simples qui se liront sur la plage et ne finiront pas en bonne place dans les bibliothèques.

La qualité des romans de cette collection est inégale. « Chasse au congre à Lannilis » ne se situe pas parmi les meilleurs. Pour deux raisons. Tout d’abord, l’auteur ne s’embarrasse pas vraiment de la véracité des faits dans la mesure où le dénouement de l’intrigue repose sur deux coïncidences trop grossières. Ensuite, si l’auteur écrit très correctement, curieusement les dialogues entre amis sont absolument insupportables (« gros », « vieux hibou », rires en cascade).

On ne passe pas un vilain moment, mais si vous devez faire un détour, ne vous donnez pas ce mal.

Non, mais culturellement.

© Jourd’hu – juin 2022

Purpura

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me raconte.

J’ai déjà eu l’occasion de vous narrer, brillamment, les anomalies corporelles et autres maladies que j’ai dû supporter au cours de ma triste existence (cf article « Ouvrard »). Par pudeur, peut-être, ou pour ne pas choquer votre sensibilité, j’avais passé sous silence mon enfance.

En effet, mes souffrances ont commencé très tôt. A vrai dire, dès la maternité, pour un problème masculin sur lequel je ne m’attarderai pas mais qui concerne beaucoup plus d’hommes que l’on croit.

C’est à sept ans que s’abat sur le petit garçon charmant que j’étais, une maladie qui laissera pantois un certain nombre de praticiens, pourtant spécialisés dans les affections enfantines. Une grande lassitude s’empare de moi du jour au lendemain et, peu à peu, mon corps ne répond plus aux pulsions électriques envoyées par mon cerveau. Il m’était devenu quasiment impossible de quitter mon lit. Et ce n’était pas de la comédie, vu qu’à l’époque, pauvre petit garçon irresponsable, j’aimais l’école. Enfin, j’aimais surtout Frénégonde (prénom d’emprunt) qui, elle, ne m’octroiera pas le moindre regard jusqu’à la fin de la cinquième, et qui épousera un footballeur de seconde zone.

Panique à bord ! Mes parents se rongent les sangs mais n’annulent pas, pour autant, leur voyage en Grèce parce que bon tu comprends, mignon, on a versé des arrhes. Je n’ai pas la moindre idée de ce que sont les arrhes mais je suis assez content, au fond, car je suis expédié chez mes grands-parents pendant quinze jours, et je sais que j’y serai chouchouté.

Au retour de mes parents, bronzés et souriants, à leur grand regret, je ne vais pas mieux. Pourtant, j’ai été gavé de Crème Mont-Blanc (goût praliné). Sans effets notables. Ma génitrice se décide à me présenter à un pédiatre. J’ai un très bon souvenir de ce pédiatre car, d’une part, il ne me faisait pas mal et ne m’imposait pas de traitement médicamenteux infect, et, d’autre part, il m’offrait un petit soldat à la fin de chaque consultation.

Au final, ni le pédiatre ni les spécialistes ne mettront un nom sur ma pathologie. Il sera question, un temps, de leucémie (cela je l’apprendrai quarante ans plus tard !), puis le terme « purpura rhumatoïde » semblera emporter l’adhésion. A nouveau quarante ans plus tard, le hasard me mettra face à une jeune fille atteinte, officiellement, d’un purpura rhumatoïde. Rien à voir. Toujours quarante ans plus tard, alors que je sommais ma mère de me dire, enfin, de quoi j’avais souffert, selon elle, infirmière de son état, elle noya le poisson et me dit, juste, que mon père et elle avaient eu très peur pour la vie de leur petit garçon. C’est sans doute pour cette raison que mon géniteur n’a jamais foutu les pieds dans ma chambre de malade.

C’est ainsi que, bien que j’aie gardé le lit pendant quatre mois, l’année de mon CE1, je ne sais toujours pas, près de cinquante ans plus tard, le nom de ma maladie, mais je suppose que ma fatigue chronique et mon énergie absente, depuis tout ce temps, sont les symptômes d’un mauvais diagnostic. Je n’en veux pas aux médecins, étant donné que, à l’époque, la médecine moderne n’avait pas encore soufflé ses cinquante bougies.

Je vous prierai de pleurer en silence.

Non, mais sérieusement.

 © Gifnem29 – juin 2022

Hasard, vous avez dit hasard ?

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Je joue au loto depuis 31 ans. Depuis que je gagne mes sous. Je n’ai jamais décroché la timbale, mais, en gros, j’ai récupéré un tiers de mes mises.

Jusqu’à récemment, je jouais pour arrêter de bosser, pour me la couler douce sous les cocotiers un cocktail dans une main un bon roman dans l’autre. Du classique quoi. Du classique un peu pathétique, certes, mais du classique.

Aujourd’hui, alors que mon compte en banque fond comme neige au soleil, je continue à engraisser l’état toutes les semaines. Etrangement, je ne rêve plus du gros lot. Je ne cracherais pas dessus mais je préfère (presque) toucher une somme raisonnable qui me permette de vivre gentiment dans une petite ferme des Monts d’Arrée (interdite aux tiques), tout en écrivant, sans que PE me casse les bonbons. Je ferai pousser des arbres fruitiers, plein, et je distribuerai les fruits aux nécessiteux. Et une ruche aussi, j’aimerais bien une ruche.

Voilà quelques mois, j’ai reçu un message inattendu sur FB (oui, j’ai un compte FB, et j’en suis le premier surpris ; je n’y vais quasiment que pour écouter les chroniques de Caverivière sur RTL). Une ancienne élève me demandait si c’était bien moi. J’opinais. C’était une des pires emmerdeuses que j’ai croisées dans ma carrière. Je l’aimais beaucoup. Après son collège, j’ai un peu suivi son parcours. Chaotique. Elle a même réchappé, de justesse, à un accident de scooter (sans casque, cela va de soi). Puis, j’ai quitté la région.

Contre toute attente, cette jeune femme vit une petite vie rangée. Mariée, aide-soignante, adepte de la bonne littérature vu qu’elle a lu « Dossiers froids ». Mais son rêve est d’ouvrir un refuge pour les chiens maltraités. Un de mes rêves, maintenant, est de lui donner un coup de main.

C’est mon côté mère Térésa.

Mais j’ai aussi un autre côté.

Je m’achèterai une 2cv Charleston, première génération, presque introuvable, que je ferai électrifier. Le moteur, pas les sièges. J’ai conscience que c’est un crime de lèse-automobile (n’est-ce pas monsieur Akimismo ?) mais je songe à la planète que je laisserai à vos petits-enfants. Au moins jusqu’en 2600.

Et puis un train électrique.

Et de la drogue.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – juin 2022

Le signal – Maxime Chattam

Le signal – Maxime Chattam – Pocket (Albin Michel)

Accroche de quatrième de couverture :  » AVEZ-VOUS DEJA EU VRAIMENT PEUR EN LISANT UN LIVRE ? »

J’avoue que je ne me rappelle plus trop, mais pas avec celui-ci en tout cas.

« Le signal » est un mix entre Stephen King et « Stranger things ». Limite à classer dans la collection « Chair de poule ».

Ce n’est pas un mauvais roman, loin de là, mais monsieur Chattam se prend, un peu, pour ce qu’il n’est pas. Un génie. Son roman est de facture très classique. Une petite ville étasunienne, des morts inexpliquées, des adolescents, une jolie fille, un chef de la police totalement stupide, un héros tourmenté, une critique sous-jacente de notre mode de consommation, etc… Je reconnais que la fin est pas mal du tout. Mais les monstres ! Pitié ! Faites preuve d’un peu d’originalité. Des fantômes énervés sous formes d’ectoplasmes noirâtres, j’ai lu cela vingt fois.

Un point très positif, la conception de l’objet livre. C’est très rare que les collections de poche fassent un effort pour singulariser leur production. Je suppose que cela coûte cher.

Si 900 pages ne vous effraient pas et que vous aimez l’horreur mainstreet, vous pouvez vous laisser tenter.

Non, mais culturellement.

© Jourd’hu – juin 2022

Si

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

A l’heure où mon corps me fait comprendre que j’ai passé un cap, une frontière invisible qui ne peut se franchir que dans un sens, mon cerveau mouline.

Depuis peu, lors de mes marches médicales quotidiennes, je ne m’embarrasse plus de mon gros casque qui me fait suer du cuir chevelu et des oreilles mais qui me permet de rompre la monotonie des rues d’une ville lambda de province en écoutant, actuellement, « Notre-Dame de Paris », car mes petites cellules grises ont trouvé un nouveau jeu.

Le jeu du Si.

Je vous explique les règles, elles sont très simples, et l’avantage, c’est que l’on peut y jouer tout seul.

Voilà. Vous choisissez un moment de votre vie au cours duquel vous avez pris une décision importante. Il est primordial que vous soyez à l’origine de cette décision. Même, c’est mieux si vous regrettez cette décision. Ensuite, vous imaginez que vous avez pris la décision inverse et vous laissez votre cerveau agir à sa guise (je sais que j’ai utilisé quatre fois le mot « décision » en un seul paragraphe, mais c’est volontaire, c’est une figure de rhétorique, une anaphore, vous ne pouvez pas comprendre, déjà moi, j’ai du mal).

Bien que cet exercice de style cérébral appartienne, en principe, au domaine de l’intimité, je veux bien partager avec vous mon expérience de cet après-midi.

 » J’ai vingt ans. Je sors avec une charmante demoiselle de dix-huit ans depuis deux mois. Je mets fin à cette relation « .

Et si, je n’avais pas mis fin à cette relation.

 » J’ai cinquante-six ans, mon épouse, Claire, en a cinquante-quatre. Léopoldine, notre fille aînée vient de mettre au monde notre troisième petit-enfant. Un garçon, le premier. Isidore. J’aime bien ce prénom malgré son côté désuet. Léopoldine a déjà enfanté deux fois. Deux filles de deux pères différents. C’est une jeune femme libre qui ne se laisse dicter sa vie par personne. Grand reporter, elle est toujours entre deux avions sauf lorsqu’elle est à la maternité. Maman et papa recueillent régulièrement Trish et Roméa, quand la destination de la mère ne s’accorde pas avec l’âge des enfants. Il va falloir que nous aménagions une chambre pour Isidore.

Victor vient de fêter ses vingt-cinq ans. C’est l’artiste de la famille. Vu comment Claire et moi dessinons, nous nous demandons d’où il tient son talent. Quoi qu’il en soit, même si j’ai toujours un peu de mal à savoir dans quel sens il faut regarder ses peintures, je suis très fier de mon fils qui va exposer pour la première fois. A Morlaix. Ce n’est pas New-York, mais c’est un début.

Célestine, la merveille des merveilles. Un caprice de ma femme à l’aube de ses quarante ans. Je lui ai dit qu’on ne faisait pas un enfant par caprice, par égoïsme. Alors, elle a menacé de me quitter. Neuf mois plus tard elle accouchait. Retourner vers les couches, les biberons et les nuits trop courtes à quarante-trois ans, cela ne m’enchantait pas. A tort. Tant pis pour mes dix-huit trous du samedi matin, j’ai remisé les clubs pour quelques années vu que madame travaille le samedi. Elle tient un commerce de décoration d’intérieur. Je végète dans l’éducation nationale. Plus pour longtemps. Mon premier roman vient d’être accepté par un éditeur local. »

Voilà, ça ne vaut pas un bon « Cul de chouette », mais quand on n’a pas de vie on s’en invente. Je ne sais pas si celle-ci m’aurait plu mais j’aurais bien tenté le coup, trente-cinq ans après.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – juin 2022

Colonisation

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Voilà un certain temps que je ne vous ai pas farci la tête avec la fin du monde. Pour les étourdis et les nouveaux arrivants, je rappelle que monsieur Hawking, considéré comme l’un des trois plus grands cerveaux de l’histoire de l’humanité, juste avant de mourir, travaillait à un texte dans lequel il annonçait la fin de notre planète pour l’an 2600, dans le meilleur des cas. Vraisemblablement un peu avant. Pour les sceptiques, une petite recherche sur le web pourrait vous convaincre.

Il y a encore quelques mois, cette prédiction scientifique, basée sur la démographie excessive et la surconsommation qui en découlera, ne faisait pas les gros titres. Depuis, des voix s’élèvent ici et là pour, au minimum, étudier de plus près les conclusions de Hawking (ce qui, à mon sens est inutile, dans la mesure où son cerveau est dans le tiercé de tête).

Partons du principe qu’il reste moins de six cents ans de vie à notre bonne vieille Terre. Voilà peu, les scientifiques tablaient sur cinquante millions d’années, à deux ou trois semaines près. Avouez que la différence est assez vertigineuse. Certes, nos vies, celles de vos enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, arrière-arrière-petits-enfants, arrière-arrière-arrière-petits-enfants, arrière-arrière-arrière-arrière-petits-enfants ne seront guère perturbées. Mais dans cinq ou six générations, les questions commenceront, non pas à se poser, mais à poser des problèmes. Voilà pourquoi, il est nécessaire d’agir dès aujourd’hui. Bon ok, dès demain, lundi.

Le premier chantier consiste à dénicher un lieu d’accueil. Autrement dit, une planète dont les données atmosphériques concordent avec les besoins de l’espèce humaine. Nous savons déjà que cette planète ne se trouve pas à côté de la porte. Il semblerait que nos têtes chercheuses envisagent une possibilité faible, mais réelle, du côté d’Orion ou d’Alpha du Centaure. Ils doivent affiner encore un peu leurs recherches. Je leur demande, avec toute la délicatesse qui me caractérise, de se magner le cul.

Une fois le point de chute défini, il faudra trouver le moyen de s’y rendre. Il est peu probable que l’autonomie de la Zoé électrique suffise au voyage. Donc, il faut créer un engin capable de cheminer un certain temps, sans nécessiter l’usage d’un carburant connu (vu le prix actuel, c’est préférable). Je propose quelque chose à base d’algues vertes. Ce truc se reproduit à vitesse grand V et nous ne parvenons pas à nous en débarrasser. Bon, je ne suis pas un spécialiste, j’ai eu 4/20 en chimie au Bac.

Ensuite, il sera nécessaire de choisir les heureux élus, celles et ceux qui ne resteront pas sur Terre à se faire griller les miches (oui, selon Hawking, la Terre se transformera en une énorme boule de feu). C’est vrai que cette sélection peut attendre, mais, je pense qu’il faut d’ores et déjà définir les critères des futurs colonisateurs. D’ici le grand départ, la science aura suffisamment progressé pour pouvoir sélectionner des individus dépourvus de certains gènes. Je ne suis pas sûr, par exemple, qu’il soit nécessaire d’emmener des influenceuses à l’autre bout du cosmos. Ni des cons. Ni des politiques. Pléonasme ?

Ce n’est que le tout début d’une réflexion gigantesque. Par exemple, il faudra se mettre d’accord sur les animaux à emporter. Ne serait-ce pas l’occasion de se débarrasser des moustiques, des tiques, des taons et des raies au beurre noir ? Et la musique ? Je suppose que toute la production jamais créée tiendra sur une clé USB en 2455, à peu près, mais ne serait-ce pas le moment de faire passer la techno et Patrick Fiori aux oubliettes ? Faudra-t-il tout ranger dans les placards du véhicule ou certaines inventions humaines mériteront de ne pas faire le voyage ? Comme les mines anti-personnel, les joggings blancs ou le surimi.

Bien, j’espère que j’ai réveillé votre conscience.

Ceci dit, il existe une autre solution. On ne fait rien. On attend, on verra bien.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – juin 2022

Première

Première n°530

(la rédaction de Joursdhumeur présente ses excuses à son aimable lectorat, mais Jourd’hu n’a pas pu tenir la cadence d’un bouquin tous les deux jours car il a eu les yeux plus gros que le cerveau en s’attaquant à un pavé de 900 pages qu’il vient à peine de terminer et qui doit décanter un chouia avant de passer à la moulinette de la chronique ; comptant sur votre compréhension ; en vous remerciant)

J’achète « Première » depuis mars 1979. 43 ans et trois mois. 519 numéros, tous parfaitement classés dans un placard de ma chambre d’enfant, chez ma génitrice. Enfin, en théorie. En effet, celle qui m’infligea la vie décida, lorsqu’elle prit sa retraite, qu’elle devait mettre de l’ordre dans sa maison afin de bénéficier d’un espace vital. Seule dans 200 mètres carrés ! Elle a donc fait de la place. A la benne ma collection de « Première » (ainsi qu’une collection de briquets dont certains me venaient de mon grand-père et dataient de l’entre deux guerres et une paire de santiags complètement défoncée à laquelle je tenais comme à la prunelle de vos yeux). Madame peut jouir de son espace (dont quatre chambres…). Jamais je ne lui pardonnerai.

Cette lecture mensuelle fait de moi un champion des questions roses au Trivial Pursuit Premium. Je suis capable de vous citer le nom de la maquilleuse de Meryl Streep sur « Le syndrome chinois », le nombre de voitures explosées dans la scène finale des « Blues brothers », la marque des chaussures de Jacques Gamblin dans « Pédale douce », le nom du maître d’armes sur « Cyrano de Bergerac » (ainsi que le nombre de bouteilles de blanc à l’usage de monsieur Depardieu) et l’intégralité des dialogues du film de Mel Brooks « La dernière folie ». Je connais par cœur la filmographie de William Leymergie et celle de Donald Trump. Enfin, je peux vous lister un nombre incalculable de personnes dont le nom n’est jamais apparu dans les pages de « Première » (André Lagadec, mon voisin, par exemple).

Toutefois, à 5,50 euros le numéro que je feuillette en trente minutes, ma passion me coûte cher. Il n’est pas impossible que je cesse cet achat qui s’apparente à un luxe que je ne peux plus me permettre (en vrai, même mort je continuerai à acheter « Première » tous les derniers mercredis du mois).

Non, mais culturellement.

© Jourd’hu – juin 2022

Dali ? Da !

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Je dois bien le reconnaitre, je ne suis pas un grand esthète. J’aime l’art, mais je ne suis pas un grand amateur de musées. Comme un vulgaire collégien, je m’ennuie assez vite face à des œuvres innombrables alignées sur des murs comme des boites de conserve dans un supermarché et mieux défendues que la plupart des villes ukrainiennes. J’ai apprécié quelques visites au musée d’Orsay, aux Offices à Florence, à la Tate Gallery de Londres, même au Louvre (un été qu’il faisait super chaud, la fraîcheur du département égyptien était incroyablement agréable), mais je ne m’emballe pas à l’idée d’aller admirer des tableaux et des sculptures, même par un triste après-midi pluvieux.

Toutefois, une fois dans ma vie, j’ai reçu une claque magistrale. C’était lors d’un séjour culturel. J’accompagnais une meute de collégiens en Espagne. Dès le deuxième jour, après une vingtaine d’heures de car, le programme prévoyait la visite du musée Dali à Cadaquès (ou Figueres, j’ai la flemme de vérifier). Tout le monde était enchanté de passer deux heures dans les vêtements et les effluves vieux de quarante-huit heures, à arpenter les couloirs d’un musée connu pour son exiguïté, à frôler les corps dodus des touristes allemands et supporter les haleines lourdes de nos compatriotes ayant abusé de la sangria locale, la veille.

A peine eûmes-nous franchi les portes de l’établissement qu’une nuée d’adolescents se précipita pour squatter les bancs et autres murets afin de terminer leur sieste et de checker leurs messages. Seulement, ce n’était pas le musée de la chaise. Peu de sièges s’offraient aux postérieurs fatigués. J’avoue que la situation m’amusait plutôt. Heureusement, dès la cour d’entrée, les gamins furent saisis par la sculpture assez incroyable d’un taureau multicolore. Ce n’était que le hors d’œuvre d’une après-midi magique.

L’espace du musée en question est optimisé comme jamais. Chaque centimètre carré des murs est recouvert d’un dessin, d’une esquisse, d’un tableau, voire de gribouillis de Dali. Certes, les œuvres les plus connues comme « Persistance de la mémoire » (« Les montres molles » pour ceux d’entre vous qui n’ont pas la couleur) sont ailleurs, mais la profusion du travail de l’artiste mérite le détour. C’est vraiment étonnant. Comme cette pièce immense dans laquelle on entre sous les yeux d’une immense toile (constituée d’une multitude de plus petites œuvres), yeux qui ne vous lâchent pas jusqu’à votre sortie (ce n’est pas clair, je sais, vous n’avez qu’à vous déplacer un peu aussi, bande de fainéants). Je n’avais jamais vu des gamins regretter de quitter un musée. C’est une expérience déstabilisante.

Après cette visite inoubliable, je me suis promis de rattraper le temps perdu en visitant au moins un musée par an (le défi n’était pas trop élevé). C’était en 2010. J’ai douze musées de retard…

Non, mais sérieusement.

 © Gifnem29 – juin 2022

Drogue dure

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Et aujourd’hui, je me demande si l’heure n’est pas venue.

En effet, il est temps que je vous fasse un aveu, que je m’ouvre à vous, à votre jugement, quitte à perdre votre estime, et par conséquent vos visites quotidiennes.

Tout homme connait des faiblesses. La vie n’est pas simple tous les jours et les humains ont de tout temps rivalisé d’imagination pour se la rendre plus rose, plus supportable. Dans la plupart des cas, les pis-allers, issus des limbes alambiqués des cerveaux féminins ou masculins, sont pires que le problème lui-même, toutefois ils permettent l’oubli. Pas l’oubli perpétuel, réservé à la maladie ou à la mort, l’oubli momentané, celui qui apporte le réconfort, sinon la solution.

Je suis un drogué. Ma vie ne serait pas possible sans mon produit.

Je suis complètement addict à la gratounette.

Cette esclavage date d’une trentaine d’années. Lorsque j’ai quitté le nid maternel pour voler de mes propres ailes, j’ai emménagé dans un appartement confortable que j’ai arrangé à mon image. Comme je vivais seul, lors de la visite au magasin de meubles et d’électro-ménager, je n’ai pas vu l’intérêt d’acheter un lave-vaisselle. Grave erreur.

Tout d’abord, la vaisselle à la main est une véritable catastrophe écologique, dans la mesure où elle consomme énormément d’eau. Mais ceci est un détail par rapport à la rencontre que je fis avec les gratounettes. Très vite, je suis devenu dépendant de cette ustensile. Je fais même partie des extrémistes qui versent le produit vaisselle directement sur le côté vert.

Bien sûr, j’ai vu de nombreux spécialistes qui ont tenté de me convertir au lave-vaisselle. Mais je leur ai expliqué que, étant donné que je vis seul, depuis toujours, ma vaisselle se limite à un bol, un mug, une assiette, une fourchette, une cuillère à soupe, une petite cuillère et quarante-sept couteaux (une autre addiction), il serait donc stupide de mettre ma vaisselle sale dans un lave-vaisselle car, en agissant ainsi, je devrais faire tourner l’engin quasiment à vide, ou acheter des assiettes inutiles, vu mon style de vie.

Mais vous dites-vous, lecteurs sagaces et intrigués que vous êtes, comment fait-il lorsqu’il reçoit à diner ?

C’est très simple, je ne reçois jamais.

Certaines addictions sont plus spectaculaires que d’autres, mais aucune n’est anodine.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – juin 2022