Eux y en a vouloir des sous

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Un homme vient de retirer toutes ses économies de son établissement bancaire car il ne fait plus confiance à l’institution financière. C’est son droit. 60 000 euros, c’est une belle somme, mais ce n’est pas non plus l’argent de poche hebdomadaire du fils de Messi.

Je ne connais pas ce monsieur, mais je doute qu’il soit un baron de la drogue ou un proxénète international. Les sous qu’il possède maintenant en liquide, je suppose qu’il les a gagnés honnêtement, comme vous et moi. Enfin, surtout comme moi.

Jean-Claude, appelons-le Jean-Claude pour plus de facilité, se trouve confronté à un problème inattendu. Bon, en vrai, tout le monde sait qu’en France, il est interdit de s’acquitter, lors d’un achat, d’une somme, en liquide, supérieure à 1000 euros. Or, Jean-Claude a prévu d’investir dans la pierre. Vous avouerez que, dans l’hexagone, il est assez difficile de trouver un logement coûtant 1000 boules. A part un cabanon au fin fond des Cévennes ou un F2 à Bron, je ne vois pas. Donc, Jean-Claude se retrouve gros Jean comme devant.

Dura lex sed lex comme on dit à Berlin.

Toutefois cette histoire m’escagasse les terminaisons nerveuses.

Que le gouvernement, et ses prédécesseurs, contrôle les mouvements financiers sur le territoire, soit. Mais qu’il casse les pieds d’un pauvre type qui se prend pour un rebelle, quand les GAFA et autres milliardaires s’arrangent pour payer un minimum d’impôts à Bercy, j’avoue que j’apprécie moyennement.

Ayant, jusqu’à présent, été plutôt régulier dans mes transactions financières, je ne me suis jamais posé la question de l’interdiction bancaire, de la honte d’être souligné en rouge à la banque de France. Comment vivre sans carte(s) de crédit ni carnet de chèques dans ce monde 2.0 ? Comment payer ses factures ? Ses abonnements ? Une voiture ? Une rivière de diamants ?

Jean-Claude réfléchit, ses 60 000 euros bien rangés sur la table de la cuisine, devant lui. 1 000 billets de 50 et 400 billets de 20. Il n’est pas très doué en maths, Jean-Claude, mais il a bien l’impression qu’il s’est fait enfler par madame Boulier, la banquière. Il se sent seul Jean-Claude. Il ne vouait rien révolutionner. Il en avait juste assez d’être racketté par la banque. Tant pour suivi de compte. Tant pour frais de compte. Tant pour la carte de crédit. Tant pour le pot de départ de monsieur Enfoiros, responsable du contentieux. Tant pour la piscine du big boss.. Tant + tant + tant + tant + tant = beaucoup trop.

Alors, Jean-Claude regarde son tas de fric. Jusqu’ici, il a mené une vie honnête, sans vagues, tranquille. Ce soir, il va arpenter les rues pour trouver de la dope et une pute. Il pourra payer en liquide.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

Double jeu – Jeff Abbott

Double jeu – Jeff Abbott – Le Cherche midi

Le moins que je puisse dire, c’est que monsieur Abbott sait construire une intrigue à tiroirs. Comme beaucoup d’auteurs. Quitte à utiliser le mot une fois de plus, c’est efficace. Un brin attendu, mais pas trop. Une lecture divertissante.

Le bémol, il en faut bien un, concerne la traduction. C’est toujours délicat de critiquer une traduction lorsque l’on ne connait pas le texte original. Ce n’est pas impossible que l’auteur lui-même écrive avec ses pieds et que le traducteur, en grand professionnel, reste fidèle au style. Toutefois, jadis, j’ai lu « Panique » du même auteur, mais avec un traducteur différent. Je peux donc affirmer que ce n’est pas l’auteur qui est en cause. Comme je suis un grincheux impénitent, je rajouterai que les qualités de traductions se délitent avec le temps. Pour vous faire une idée, il suffit de lire le premier et le dernier livre(s) d’une longue série étrangère. En général, le traducteur n’est pas le même au bout de trente ans.

Je sais que c’est facile de critiquer. Mais si on expose son travail, il faut s’attendre à entendre des avis différents. Ce qui m’a gêné dans le texte français de « Double jeu », c’est la pauvreté du vocabulaire et les répétitions excessives, notamment celles des noms propres.

Si vous aimez les intrigues musclées, un peu premier degré et efficace, donc, Jeff Abbott est une illustration parfaite de ce type de littérature. Moi, j’aime bien.

Non, mais culturellement.

Jourd’hu

A Grume (ou pas loin)

Le sachiez-vous ?

Le pamplemousse est un fruit.

Après, je lis des commentaires malveillants qui affirment que je n’apprends jamais rien à mon lectorat adoré. C’est un peu fort, je trouve. Levez la main ceux qui ne savaient pas que le pamplemousse est un fruit. Bon, j’ai compris. Je creuse.

Les premières traces de pamplemousses remontent au mésozoïque, un mardi, sur la côte nord du Paraguay. Je précise, immédiatement, aux grincheux qui vont déverser leur haine dans les commentaires en stipulant que le Paraguay n’est bordé par aucune mer, qu’il faut voir un peu plus loin que le bout de son nez. Les plaques tectoniques bougent. Voilà déjà presque vingt-cinq ans que le port d’Asuncion s’est asséché. Jusqu’en 1995, la marina de la capitale paraguayenne est le rendez-vous de toute la jet-set mondiale. Le festival de Cannes s’y déroule et les Anglais s’y promènent. Tout le monde sait ça.

Bref, au mésozoïque, les stégosaures ont pour habitude de manger des petits diplodocus au petit déjeuner, mais, et c’est compréhensible, les diplodocus mâles se plaignent car à force de perdre leurs enfants, ils ne parviennent pas à monter une équipe de foot. Et certaines femelles râlent aussi, car elles se sont attachées à ces petits machins qui les aident à faire la vaisselle et la lessive. Depuis quelques millions d’années, déjà, le temps passe si vite ma bonne dame, les diplodocus sont parvenus à domestiquer un gros fruit sauvage jaune et plein de bon jus, quoique un peu amer, mais il faudra attendre deux ou trois milliards d’années, et la naissance de monsieur Béghin-Say pour que le sucre en poudre soit créé. Contre toute attente, les stégosaures apprécient le fruit, et délaissent leurs anciennes coutumes petits-déjeunatoires, contre un demi-pamplemousse matutinal, et quelques œufs de ptérodactyles, bien entendu.

Beaucoup plus tard, mais les historiens n’arrivent pas à se mettre d’accord sur la date, à l’époque où les hommes cohabitent avec les dragons, Jean-Claude, éleveur de dragons indépendant (car il refuse de payer la dîme annuelle à la guilde des éleveurs de dragons), célibataire endurci (car il refuse de dépenser ses sous pour une noce) prend son petit-déjeuner. Jean-Claude ne le sait pas, mais il descend d’un stégosaure. C’est pourquoi il mange un demi-pamplemousse. Soudain, Billy, son dernier né, passe en rase-mottes au dessus de la table et se fracasse la tête contre le lustre. Il s’écorche le cou et une goutte de sang tombe sur le fruit coupé. Aussitôt, la pulpe se teinte d’une couleur rosée fort jolie. Le pamplemousse rosé était né et la fortune de Jean-Claude était faite.

Dans cette étude scientifique, j’ai utilisé à plusieurs reprises, pour le côté pratique, le terme « pamplemousse ». Toutefois, les lexicologues se battent pour élucider l’origine de ce mot mystérieux. Depuis peu, la théorie du Belge Jean-Claude Van Home tient la corde. Cet éminent historien, spécialiste de la marine paraguayenne, a découvert qu’un vaisseau transportant des pamplemousses paraguayens s’est échoué sur la côte luxembourgeoise en l’an de grâce 1966 (très grande année). Le journal de bord, miraculeusement retrouvé intact, spécifie le nom de certains membres de l’équipage. Je vous transcris ici, in extenso, la liste en question.

  • Jérôme, commandeur.
  • Henri, bosco.
  • James, cook.
  • Jacques, marin.
  • Marais, marin.
  • Pamp, le mousse.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

Le Nourjal de l’automne

(comme lors de chaque changement de saison, la rédaction du Nourjal au grand complet, moins les incompétents que nous avons licencié depuis la dernière fois, se mobilise pour tenir son lectorat attentif au courant des événements importants qui se dérouleront, ou pas, dans les trois prochains mois ; en vous remerciant)

Economie – A saisir sous-marins, propulsion diesel, missiles obsolètes, peu servis ; 50 milliards à débattre.

Economie (2) – Après le four des sous-marins finalement refusés par les Australiens, c’est au tour des Suisses de dénoncer un contrat portant sur des avions de chasse français. La Belgique pourrait suivre le mouvement en annulant la commande 20 stylos Bic quatre couleurs passée en juillet dernier.

Ecologie – La SPM (Société Protectrice des Masques) annonce que le premier refuge pour masques abandonnés ouvrira le 12.

Société – Selon un sondage de l’institut OPIF, 73% des Français exigent de savoir, une bonne fois pour toutes, si l’automne commence le 20 ou le 21 septembre.

Santé – Le vaccin français contre la covid-19 devrait être mis sur le marché courant novembre. Le virus s’est déclaré très inquiet.

Loisir – Rappelons que cette année, les stations de sports d’hiver accueilleront à nouveau les vacanciers. Toutefois, pour respecter la distanciation sociale et les gestes barrière, le nombre maximum de skieurs dans les œufs sera limité à un. Exceptionnellement deux, s’il s’agit d’un jaune et d’un blanc (la rédaction du Nourjal ne cautionne absolument pas cette blague issue du cerveau malade de notre stagiaire de 3è ; en vous remerciant).

Littérature – Après avoir relu 37 fois toutes les pré-listes pour les prix littéraires, la rédaction du Nourjal s’offusque de ne pas y voir, en bonne position, « Dossiers froids », l’excellent roman de son collaborateur.

Sport – Etant donné la moyenne d’âge de l’effectif de son équipe de football, les dirigeants du Paris-Saint-Germain envisageraient d’investir dans un EHPAD.

Musique – La rédaction du Nourjal incite son lectorat adoré à redécouvrir les chansons de Richard Gotainer et notamment les quatre opus de « Les 4 saisons » (automne : « La photo qui jaunit ») car c’est un pur bijou.

Divers – Cette année la chasse « à la vieille dame qui taille ses rosiers » sera prolongée de deux mois. A noter que, dès cet automne, les chasseurs auront également la possibilité de tirer sur les pétanquistes de plus de soixante-quinze ans.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

Le hameau des Purs – Sonja Delzongle

Le hameau des Purs – Sonja Delzongle – Folio policier (Gallimard)

Après deux bons bouquins à la suite, il fallait bien s’y attendre.

« Le hameau des Purs » appartient à une catégorie que j’ai créée et que je devrais faire breveter, le roman en tiers.

Le premier tiers est très intéressant. L’auteure y développe, notamment, une étude approfondie de la vie d’une secte proche des Amish. La description est d’autant plus déroutante qu’elle est faite au travers des yeux d’une gamine vivant dans le monde réel et passant une partie de ses vacances chez les Purs car ses grands-parents y demeurent.

Puis dans le deuxième tiers, l’intrigue se transforme en enquête policière digne du « Club des cinq et le méchant empailleur ». C’est affligeant de banalités, de clichés et d’invraisemblances.

Enfin, toute la fin du roman est une sorte de plagiat de « Shutter island » en beaucoup moins bien.

Un jour, dans « Lire » je crois (j’avais des lectures stupides, et des sous, à l’époque), j’ai lu l’interview d’un ponte des éditions Gallimard. Il expliquait la politique de la maison au sujet des manuscrits. Eux aussi ont mis en place une théorie des trois tiers. Mais des tiers inégaux. Un tout petit pourcentage mérite leur attention. Un gros pourcentage finit à la poubelle. Classique jusqu’ici. Le dernier tiers, au lieu d’aller directement à la poubelle, ils le mettent de côté pour se foutre de la pomme de l’auteur en herbe, autour d’un déjeuner. Comme une lecture de cons en quelque sorte. Ils en profitent pour noter le nom de la victime afin de l’exclure définitivement d’une éventuelle publication et lui souhaiter de mourir dans d’atroces souffrances. Abject. Tout cela pour éditer ce roman.

Non, mais culturellement.

Jourd’hu

Ploucland

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Actuellement, au pays sans nom, la France est raillée. Autrement dit, les Ricains se foutent de notre poire. La raison ? Ils estiment que nos dirigeants font un caprice et se roulent par terre comme un enfant capricieux parce qu’ils ont perdu le « contrat du siècle ». Et ce n’est pas totalement faux.

Ce qui est un peu plus ennuyeux, ce sont les arguments qu’avancent Biden et son administration pour justifier d’avoir soufflé le contrat aux « fromages qui puent ». Outre le fait qu’ils sont les maîtres du monde bien entendu.

Selon eux notre technologie sous-marine est obsolète. Notamment en matière de propulsion. Les « massacreurs de population indigène » affirment que les moteurs des sous-marins français fonctionnent au diesel.

Bon, et alors ?

Que je sache, le diesel est toujours le carburant le plus économique non ? Certes, les véhicules distillant du diesel dans leurs rouages voient leur aire de déplacement réduit par les mairies écolos. Impossible donc de garer son sous-marin dans une rue de Grenoble avant d’aller se taper une raclette dans un petit bistrot sympathique.

Il faut reconnaitre que les véhicules US sont nettement supérieurs à tous les autres sur la planète. Et pourquoi ? Parce qu’ils sont livrés avec des porte-gobelets. Et ça, c’est le progrès. D’ailleurs, l’US Navy se vante de posséder des sous-marins équipés, en série, non seulement de porte-gobelets, mais également de boites automatiques, de périscopes en ronce de noyer, de caméras de recul, de torpilles estampillées Coca-Cola, d’aide au stationnement, de couchettes XXL, de marchepieds, et de solutions de paiement en quatre fois avec beaucoup de frais.

Pour les Ricains, les Français sont des ploucs incapables de construire des véhicules dignes de ce nom. Admettons. Toutefois, ils oublient un peu vite le fleuron de notre Marine Nationale. Le « Charles de Gaulle ». Pas le bonhomme qui leur a cassé les pieds en 44, non le porte-avions. Vous vous souvenez des débuts du « Charles de Gaulle » ? C’était épique. Une fois qu’ils ont brisé la bouteille de champagne sur la coque, au risque de la percer, le navire a fait des ronds dans la Méditerranée. Les hélices étaient trop petites… Ouais, je vois ce que vous voulez dire… On est loin du Nebraska ou du Nimitz. Quoique. Le Nebraska a été coulé à Pearl-Harbour et le Nimitz coule une retraite méritée sur le sable d’une plage du sud de l’Inde. Au moins, le « Charles de Gaulle » navigue toujours. C’est le cas non ?

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

Yellow

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Allons bon, nous voilà en froid avec le Commonwealth. D’ici que les Roastbeefs nous déclarent la guerre comme au bon vieux temps, il n’y a pas la ligne droite d’Ascot.

Je n’y crois pas. Nos dirigeants font un caca nerveux parce que les méchants Australiens n’ont pas tenu leur parole. Comme si des descendants de bagnards et de prostituées pouvaient avoir une parole. Et puis, je rappelle à notre sinistre des « affaires des autres qui ne nous regardent pas » que le commerce international n’est pas une affaire de Bisounours. Comme si c’était la première fois ! En outre, un truc m’échappe. La France pleure sur 50 milliards d’euros, comme si l’intégralité de ces sous allait garnir les caisses de l’état. Je n’ai pas fait HEC, que leur dieu m’en préserve, mais je pense que dans la somme, il faut déduire les matériaux comme le formica et la moquette. Et les salaires des esclaves.

Mais la vraie question est la suivante. Pour quelles raisons l’Australie veut-elle se doter de douze sous-marins nucléaires lanceurs d’engins ?

Je rappelle que l’Australie est un très grand pays dont tout le monde se fout. Ses habitants marchent la tête en bas et fêtent Noël en été avec des bonhommes de sable et un Santa-Claus en string. Son climat oscille entre chaud, trop chaud et incendies. Sa population autochtone, à l’instar des Amérindiens, est presque éradiquée ou alcoolique. Ils sont nuls au foot (sauf au foot australien, un sport de dingos qu’ils sont les seuls à pratiquer malgré les nombreux décès ; si vous ne connaissez pas allez voir sur votre moteur de recherche favori, ça vaut le coup), nagent comme des poissons et boivent de la bière en faisant du surf. L’Australien le plus célèbre est une Australienne nommée Tina Arena. C’est pour vous dire le niveau. Même la faune est bizarre. Des kangourous à poches, des autruches qui s’émeuvent, des Kacolac qui fument de l’eucalyptus et des dingos qui jouent au foot, donc.

Alors pourquoi veulent-ils des sous-marins nucléaires ces cons-là ?

Pour déclarer la guerre aux Fidji ? A noter que 75% des Fidjiens mangent une bombe A au petit déjeuner.

Pour flinguer les requins ? Pauvres bêtes qui se nourrissent de si peu, à peine un petit surfeur par an.

Pour battre le record du Koursk ? Difficile défi.

Pour faire les malins en 2032 à Brisbane ? D’ici là, ils seront tout rouillés, à moins d’utiliser du Frameto.

Franchement, ce n’est pas un peu dépassés les sous-marins ? Les Australiens ne feraient-ils pas mieux de dépenser leurs sous pour aider les Aborigènes en déshérence ? Ou pour acheter des lances d’incendie ? Ou pour dire à Babeth qu’elle est bien gentille mémère mais que le Moyen-Âge, c’est terminé ? Ou, éventuellement, pour retourner la planète ?

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

Règle n°1 – Robert Crais

Règle n°1 – Robert Crais – Pocket (Belfond)

Il s’agit déjà du troisième roman de Crais dont je vous parle. Comme je ne suis pas masochiste, vous comprendrez que j’apprécie cet auteur.

Si ses bouquins peuvent être apparentés à des polars plutôt classiques, monsieur Crais se démarque par certains aspects. Rien de révolutionnaire mais tout de même.

Dans « Règle n°1 », l’auteur délaisse Elvis Cole, son détective récurrent, pour se concentrer sur Joe Pike, l’associé du précédent. Celui-ci est confronté à l’assassinat d’un de ses « hommes », de l’époque où il était soldat. Pike est un roc bourré de testostérone et peu bavard (on dirait moi). Ce qui est original avec ce personnage, c’est qu’il est indestructible. Généralement, les héros de polars se font casser la figure deux ou trois fois par histoire, quand il ne ramasse pas une balle dans l’épaule. Pike reste intact pendant 400 pages, et le lecteur n’est pas choqué. En revanche, il est fortement déconseillé de le contrarier.

Autre particularité de Crais, moins rare sans doute, mais plus courageuse, il s’attaque directement au crime organisé. Ici, la mafia serbe de la côte ouest de USA. Vu le portrait qu’il en fait, je doute fort que ces messieurs des Carpates goûtent sa plume. Je serais lui, j’irais vivre loin, très loin.

Si vous aimez les polars efficaces, violents mais pas exagérément, plutôt intelligents, non dénués d’humour et sans centaines de pages inutiles, foncez.

Non, mais culturellement.

Jourd’hu

Main verte (vert si on veut)

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

« Il faut cultiver notre jardin », Voltaire. Un des rares écrivains antérieurs au 19è siècle qui mérite que les hommes de 2021 se penchent sur son cas.

Que voulait-il dire ? Copie double, marge à droite, vous avez trois heures. Et on n’écrit pas dans la marge.

Voltaire ne parlait pas de la terre, des vers et des tomates, et il avait bien tort. Il faisait allusion au jardin secret de chacun, à ce qui nous est propre et que nous devons développer pour notre bien et, éventuellement, pour le bien de l’humanité. Il partait du principe qu’en restant bien tranquillement assis sur un banc devant sa maison, l’individu peut être aussi utile, voire plus, qu’en voyageant au bout du monde pour faire chier des populations autochtones qu’il a décidé de façonner à son image et à ses croyances stupides. Et là, il avait raison. Le voyage est par essence une erreur. En tous cas à l’époque de Voltaire. Les voyages, que l’on n’appelait pas ainsi car les bagages ne contenaient pas d’appareils photos, mais des fusils et des bibles, n’étaient destinés qu’à l’expansion territoriale de nations engoncées dans leurs frontières étroites. Les tours opérateurs de l’époque ne prévoyaient pas de loger les touristes dans des hôtels de luxe parce qu’il n’y en avait pas, ils chassaient l’habitant de son lit encore tiède pour y installer l’homme sage venu expliquer aux femmes que l’exposition aux yeux de tous de leurs mamelles répugnantes était interdite par les lois d’un être imaginaire. Les excursions consistaient en des massacres organisés de la population, de la faune et de la flore. Même les rares explorateurs au cœur pur étaient responsables de milliers de morts car ils transportaient sur eux des microbes et des virus inconnus des contrées nouvelles. La légende veut que l’alcool soit aussi à l’origine de millions de macchabées, pourtant un des rares éléments qui réunit tous les peuples du monde, c’est bien la capacité à fabriquer ou cultiver des substances capables de vous retourner la tête et de vous donner mal aux cheveux. L’alcool européen, déjà industriel, ne s’accommodait pas des corps habitués à des boissons naturelles (?). Les voyages du 15è siècle et suivants, sont à l’origine de tous les malheurs du monde. Si chacun était resté chez soi bien peinard avec ses dieux et ses apéritifs, nous ne serions pas, encore aujourd’hui, d’ignobles bestioles tout juste bonnes à tout détruire pour le profit (paradoxe parmi tant d’autres), pour se vautrer dans un transat au bord d’une plage infestée de moustiques, bordant une mer si dangereuse que même les requins ne se baignent pas (emprunt à Patrick Timsit, « Koumak »), afin de pouvoir raconter aux pauvres cons qui gagnent moins que toi que les Seychelles c’est formidable, alors que tu as passé ton séjour à te plaindre de la chaleur, des touristes allemands, des cocktails tièdes et de la nourriture si épicée que ton trou de balle s’en souvient encore, sans parler de ces sales gosses couverts de parasites qui errent dans les rues à l’heure où ils devraient être à l’école, et de ces boutiques tenues par des voleurs qui essayent de te refiler des saloperies made in China. Ce connard aurait passé de bien meilleures vacances en louant sur la côte normande près de Trouville ou de Granville, il n’aurait pas eu trop chaud et aurait mangé d’excellents fruits de mer.

Aujourd’hui, il est de bon ton de critiquer le tourisme de masse qui pollue sans se soucier du bien-être des populations bien souvent exploitées par les trusts hôteliers. Mais c’est trop tard, tout le mal est fait. L’industrie du transport aérien draine trop d’emplois pour envisager d’y mettre fin, n’en déplaise aux écolos bon teint. Il ne reste plus qu’à attendre tranquillement la fin inéluctable de notre civilisation, même si le mot civilisation ne me convient pas. Stephen Hawking la situe vers 2600. Nous serons tous morts depuis belle lurette et notre égoïsme génétique nous pousse à hausser les épaules quand cette date fatidique fait irruption dans la conversation. Nos descendants nous maudiront.

Pour en revenir à Voltaire, je ne sais pas s’il était visionnaire, mais il avait raison. Et d’un point de vue philosophique, restons chez nous et évitons d’imposer notre façon de penser à qui que ce soit. Et même en le lisant au premier degré. Profitez de ce que vous avez et faites pousser des tomates. Sur votre balcon si nécessaire.

Je déteste voyager.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

Un homme ordinaire

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, j’aime raconter des souvenirs.

Voilà un petit moment que j’ai envie de vous raconter cette histoire. Maintenant, vous êtes grands et capables d’entendre le pire de ce que l’humanité peut couver en son sein.

Dans une autre vie, j’ai été prof. J’ai enseigné dans une vingtaine d’établissements avant de me sédentariser. A chaque fois, l’accueil était sensiblement le même. Une ou un collègue se dévouait pour me prendre en charge afin de me permettre de me familiariser avec les lieux. En général, je gardais un très bon contact avec cette personne.

Dans le dernier collège où j’ai officié, c’est un homme un peu plus âgé que moi qui m’a pris sous son aile. Il était affable, amusant, un peu égocentré sans doute, mais rien qui pouvait me mettre en garde. Pendant deux ou trois ans, je le considérais presque comme un ami. Toutefois, des petits riens attiraient mon attention. Tout d’abord, il avait une tendance irritante à « sauter » sur le paletot de tout nouvel arrivant, et notamment les collègues débutants. Il entendait leur apprendre la « vie » de prof. Bon, pourquoi pas. Sauf qu’en laissant traîner mes oreilles, j’entendis « malgré moi » le discours qu’il leur tenait. Il leur affirmait, par exemple, qu’il était le prof préféré des enfants. Déjà, il faut être gonflé pour sortir ce genre de truc. De plus, pratiquant l’échange de fluides avec une jeune surveillante, je savais, de source sûre, que c’était loin d’être le cas. En réalité, il terrorisait les gosses. Mais comme, en tant que syndicaliste acharné, il était absent un bon tiers de l’année, les cancres l’appréciaient. Mon amie, dans le cadre d’un stage IUFM, avait suivi ses cours pendant un mois. Ce qu’elle m’en dit était sidérant. Primo, les gamins pouvaient mâcher du chewing-gum dans sa classe, attitude bien entendu interdite par le règlement intérieur mais attirant la sympathie, forcément. Secundo, il passait son temps à raconter sa vie, voir sa vie intime. Tertio, pour obtenir de bons résultats, il donnait l’intitulé de ses évaluations, la veille du devoir. Audi Quattro, il infligeait du jazz en fond sonore à ses classes. Club des cinquo, ce pédagogue moderne (comme il aimait à se surnommer) (il avait mis en place le no-notes avant l’heure, se fichant totalement de fausser la moyenne générale des mômes) se plaisait à punir les enfants comme dans les années 50, à base de lignes et d’humiliation. Sexto, il était un peu trop tactile avec les jeunes (malgré le portrait peu flatteur, je précise qu’il était tactile comme un père, persuadé que les gamins le voyait comme tel).

Petit à petit, mon regard changea. Lorsqu’il exposait son opinion aux jeunes collègues, il se tenait très près d’eux, filles comme garçons, et se caressait le buste. Il exécrait, par principe, la hiérarchie, et insultait ouvertement le principal. Il ne venait jamais aux réunions, pourtant obligatoires, mais faisait passer sa voix par le biais de collègues qui lui étaient entièrement dévoués. Il ne participait à aucune cagnotte et ne payait jamais sa participation au café bien qu’il en ingurgita un litre par jour. Il ne venait jamais au repas de fin d’année.

Je m’éloignais de lui et il me le fit payer en me classant dans le groupe des « lèche-cul », autrement dit, ceux qui entretenaient de bons rapports avec la direction.

Survinrent deux événements.

Le premier ne me concerne pas directement. Un jour, une ancienne élève revint au collège pour un stage d’observation (toujours IUFM) auprès d’une collègue de SVT. La jeune fille était toute gênée de se trouver en salle des faignasses (salle des profs si vous préférez). Nous la saluions d’un sourire, d’un petit mot. Lui la serra dans ses bras et lui colla deux grosses bises baveuses. Quelques minutes plus tard, le hasard fit que je montais l’escaler juste derrière elle, et je l’entendis avouer à ma collègue : « Je viens de revivre un traumatisme d’enfance ». Elle en tremblait.

Le second événement se déroula en toute fin d’année. Toujours en salle des faignasses, je discutais avec une collègue. Je râlais car un mouvement de grève était annoncé lors des corrections du DNB. Je dis, en substance : « A cause de ces enfoirés, nous allons avoir deux fois plus de copies que d’habitude ». La salle était presque vide, mais lui buvait un café dans un coin. En un clin d’œil, il fut face à moi et tint, à peu près, le discours suivant : « Tu n’as pas le droit de parler ainsi. La grève est un droit constitutionnel. Je ne sais pas e qui me retient de te balancer par la fenêtre. Si je te croise dans la rue, je t’éclate la gueule… », et beaucoup plus encore. C’était si violent que la collègue avec qui je discutais, fondit en larmes. J’ai même déposé une main courante au commissariat. Le flic qui s’est occupé de moi (et qui m’a déconseillé de porter plainte) m’a dit un truc étrange. « Je le connais votre collègue. Enfin pas lui. Les mecs comme lui. On appelle ça des pervers narcissiques ».

Quelques temps plus tard, je racontais les histoire de ce bonhomme à ma cousine qui me dit : « Cherche pas, c’est un pervers narcissique ».

Je ne vous ai raconté qu’une petite partie de ses méfaits. J’aurais pu rajouter la victimisation systématique et la manipulation pernicieuse.

Un vrai sale type.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29