Rock – Philippe Manœuvre

Rock – Philippe Manœuvre – Harper Collins

De temps en temps, j’aime bien lire tout sur un(e) artiste, un groupe qui a marqué l’histoire de la musique. J’ai dévoré un opus sur les Rolling Stones et un autre sur les Guns n’ Roses. Tout comme l’autobiographie de Keith Richards « Life ». En général, ce sont les anecdotes qui font mon délice.

D’anecdotes, il en est fortement question dans le bouquin de l’enfant du rock. Et c’est formidable. Ecartons, tout de suite, le (petit) côté négatif du livre, la mégalomanie de l’auteur, elle est supportable.

J’ai lu ce bouquin en une nuit. Impossible de le poser sur la table de nuit sans avoir tourné la dernière page. C’est truculent, instructif, amusant, outrancier. Tout ce que j’aime.

Manœuvre est un résumé d’époque à lui tout seul. Je ne connaissais pas vraiment l’individu, si ce n’est pour sa voix particulière (que l’on entend en lisant) et sa participation aux « Enfants du rock » dans les années 80. Il est bien plus que cela. Rédacteur en chef de « Rock & Folk », mais aussi de « Métal hurlant ». Proche d’Iggy Pop (dont il encense le groupe, les Stooges, dont je n’avais que très vaguement entendu parler), de Polnareff, de Joey Starr et de nombreux autres comme Lenny Kilmeister ou David Bowie.

C’est bien écrit, sans fioritures, mais aussi sans se cacher ou édulcorer. Il est beaucoup question d’alcool et de drogue. Le Rock n’Roll quoi.

Certes, si vous manquez de références vous apprécierez moins votre lecture, mais si vous êtes nostalgique de la grande époque du rock, foncez.

Non, mais culturellement.

Jourd’hu

Tu fais la collec’ ?

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me raconte.

Je suis collectionneur dans l’âme.

Récemment, j’ai discuté avec une personne (vaccinée, masquée, tout comme il faut) qui avait une théorie assez intéressante sur les collectionneurs. Surtout, sur les collectionneurs compulsifs. Les amasseurs, les entasseurs. Pas les petits collectionneurs qui se contentent de 12 volumes de la Pléiade ou de douze petites cuillères en argent à l’effigie du Che, non, les collectionneurs qui accumulent, ceux qui choisissent un domaine sans fin, les timbres, les peluches, les amant(e)s. Selon cette personne, c’est lorsque l’on a manqué plus jeune que l’on devient collectionneur compulsif.

Je n’ai manqué de rien, sauf de tendresse (séchez vos larmes, c’est indécent).

Pourtant, je collectionne.

J’ai commencé, dans les années 70, par les autocollants. C’était extrêmement à la mode, sans doute parce que c’était gratuit. On en trouvait partout. Dans les boites de fromages, dans les sachets de lessive, dans les magasins et chez les médecins, partout. Mais les « graals », les autocollants rares, ceux qui valaient deux lors d’un échange, il fallait aller les dénicher dans les sociétés, les usines. Ce que j’ai pu casser les pieds des secrétaires à l’époque. Vers quinze ans, j’ai cessé cette manie de gamin. J’ai rempli un énorme sac que j’ai remisé au grenier. Evidemment, il a disparu. Quelqu’une a fait du ménage et a balancé ce sac qui ne gênait personne.

A quinze ans, j’ai commencé à fumer. Bien que les débuts furent difficiles, je me suis accroché. Très vite, j’ai gardé mes briquets jetables vides. Uniquement les miens. Une dizaine par an. Pendant trente ans. Soit trois cents briquets, à une vache près. Je les rangeais dans un grand sac, bien à l’abri de ma chambre d’enfant. Quelqu’une a fait du ménage et a balancé ce sac qui ne gênait personne.

J’ai collectionné (ou je collectionne toujours cf *), pêle-mêle :

  • les verres d’une boite de nuit de Guipavas. Uniquement ceux logotés « Mélody ». J’avais toutes les couleurs.
  • les crayons d’entreprise (je continue ; dès que j’en vois un sur un bureau, il me le faut).*
  • les casse-tête (ça m’a coûté un bras).
  • les touillettes publicitaires.
  • les sécateurs.*
  • les couteaux.*
  • les casquettes.
  • les t-shirts que ma mère me rapportait de ses voyages (certains n’ont jamais été portés).
  • les gros crayons que l’on trouve dans les pièges à touristes (une ville un crayon ; comme je ne voyage pas, j’en ai deux, Londres et Barcelone ; j’ai oublié d’en acheter un à Florence).*

Et bien sûr les BD ( à peu près 2000*) et les livres (dans les 4300*).

Lorsque j’aurai gagné au loto, je me lâcherai. Grave. Les commerçants et autres videurs de greniers seront mes amis. Je collectionnerai :

  • les modèles réduits de voitures de marque Norev, uniquement les exemplaires en plastique.
  • les tableaux de Dali.
  • les figurines de héros de bd (je n’ai que Gargamel et Tintin pour l’instant).
  • les Ford Mustang.
  • les boules à neige de ville où il ne neige jamais.
  • les tronçonneuses (Marie-Caroline se sent seule).
  • les santiags et les perfectos (je suis un rebelle).

Si, si, je joue…

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

Marie & Serge

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Je ne suis ni mélomane, ni midinette. Je n’écoute de la musique que dans ma voiture, et encore, de moins en moins, ou, une fois de temps en temps, lorsque la nostalgie mélancolique ou la mélancolie nostalgique, me pousse à réécouter, sur YouTube, les classiques de ma jeunesse, et, en boucle, la plus belle chanson du monde, « November rain ».

Un jour, un (ex) ami m’a demandé quels étaient les deux artistes de la chanson, une femme un homme, que je garderais si tous les autres devaient disparaître. J’ai répondu Marianne Faithfull et David Bowie (lui proposait Patti Smith et Elvis Costello). Je ne renie pas mon choix, j’aime toujours beaucoup Faithfull et Bowie, mais je survivrais si leurs disques subissaient un auto-da-fé.

En revanche, il me faut une piqure de rappel de Marie & Serge, une fois par an.

Marie

La fille aux yeux d’or. Certes, peu d’hommes ne sont pas tombés sous son charme, mais moi, c’est sa voix qui m’envoute. Sa personnalité aussi. Il faut bien avouer qu’elle avait son petit caractère Marie. Dommage que ses dernières années aient été gâchées par un scandale.

Serge

L’homme à la tête de shar-peï. Certes, peu de femmes ne sont pas tombées sous son charme, mais moi, c’est sa voix qui m’envoute. Sa personnalité aussi. Il faut bien avouer qu’il avait son petit caractère Serge. Dommage que ses dernières années n’aient pas été gâchées par un scandale.

Les plus perspicaces d’entre vous auront remarqué plusieurs points communs entre ces deux artistes. Ils sont tous les deux chanteurs, certes, mais uniquement interprètes. Ni compositeur ni parolier. Et ils sont comédiens. D’où, à mon sens, une intensité dans leurs interprétations et un choix de textes plutôt judicieux.

D’ailleurs, j’attends, avec impatience, au cinéma de minuit d’Antenne 2, que Patrick Brion propose une rétrospective des films de Marie Laforêt et ceux de Serge Reggiani. Ne serait-ce que pour découvrir la série des « Marie-Chantal » et revoir un excellent film de Robert Enrico, malheureusement tombé dans l’oubli, « L’empreinte des géants ».

En attendant, écoutez la deuxième plus belle chanson du monde, « Viens », et tout Serge Reggiani.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

L’Irlandaise du Dakar – Denis Tillinac

L’Irlandaise du Dakar – Denis Tillinac – Presses-Pocket (Robert Laffont)

L’avantage de ne pas avoir de sous et, par conséquent, d’écumer les Cabanes A Livres de ma région, c’est que j’embarque des bouquins que je n’aurais jamais acheté.

Franchement, « L’Irlandaise du Dakar », ça ne donne pas envie. Pourtant, ce petit roman est une assez jolie découverte. Je connaissais Tillinac, grande gueule médiatique à une époque, mais je ne m’étais jamais penché sur sa production littéraire.

« L’Irlandaise du Dakar » n’est pas une œuvre impérissable. L’histoire d’amour est digne d’un Barbara Cartland, mais le regard décalé sur le rallye, l’Afrique et le style de Tillinac permettent de passer un bon moment.

Comme j’imagine que ce livre est épuisé depuis longtemps, si jamais vous le croisez dans une CAL, laissez vous tenter.

Non, mais culturellement.

Jourd’hu

Treillis

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, j’en rajoute une louche.

G5 ! Les enfoirés !

Mais cela m’était égal. Je ne voulais pas faire l’armée. Je ne suis pas antimilitariste parce que c’est une notion utopiste dans notre monde, mais je refuse de porter les armes dans le but d’assassiner un pauvre couillon qui, comme moi, n’aura rien demandé. Si des femmes et des hommes pensent qu’il s’agit de leur mission sur la Terre, grand bien leur fasse, je passe mon tour.

Hier, je vous ai raconté que le graal de ceux qui voulaient se faire réformer, c’était d’obtenir le fameux P4. Inapte au service militaire pour dysfonctionnement neurologique. J’en connais beaucoup qui y sont parvenus. J’en connais aussi quelques-uns qui ont échoué. Et ceux-là ont dégusté.

Autant, d’après ce que j’en sais, l’armée s’en fichait un peu des tire-au-flanc, autant, de temps en temps, il fallait donner l’exemple. Un de mes copains a échoué. Il a voulu se faire passer pour un asocial, mais il n’était pas assez finaud. Beau gosse, pas futé, la cible idéale. Ils l’ont envoyé à Châteaulin, juste à côté de chez lui. La chance ! Sauf que Châteaulin, à l’époque, on appelait cet endroit, un bataillon disciplinaire. Il a beaucoup souffert. Lorsqu’il rentrait en permission, il pleurait dans ses bières. Beaucoup de bières. Une nuit, lui et ses camarades ont embarqué dans un transporteur de troupes, direction la Guyane, comme ça, au bon vouloir des galonnés. Il a tiré dix-huit mois à cause du temps passé au mitard. Jamais, il n’a retrouvé un équilibre. Aujourd’hui, presque quarante ans après, il déambule dans les rues, moitié clochard, complètement imbibé. Il a un toit. Je ne sais pas qui paye.

Je connaissais un autre gars. 1m90, costaud, sportif, pétant la santé. Un emmerdeur patenté avec les fumeurs. Il fait ses classes à Hourtin, comme beaucoup de futurs marins. Il s’ennuie tellement qu’il goûte les « troupes » (pour ceux qui n’ont pas la couleur, ce sont des cigarettes brunes gracieusement distribuées aux troufions ; je suppose que cette tradition est obsolète). Il est mort à 45 ans d’un cancer des poumons.

Un autre copain me dit un jour, lors d’une permission, que les classes à Hourtin sont d’un ennui mortel. Deux heures de cross le matin, puis plus rien de toute la journée, pendant deux mois. Je lui ai dit qu’il avait là une superbe opportunité de dévorer des bouquins. Il m’a regardé comme si j’avais une amanite phalloïde qui me poussait sur le nez (il n’avait pas lu un roman depuis le collège). Le lendemain, il retournait à Hourtin. Je suis passé chez lui pour lui prêter deux bouquins. « Le livre du rire et de l’oubli » de Kundera (oui, encore) et « Confession d’un masque » de Mishima. Depuis, il n’a jamais lâché la lecture. Et j’en suis assez fier.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

(prenez) (toujours) Garde-à-vous !

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je termine ce que j’ai commencé.

Lundi matin, entrée à l’hôpital militaire de Brest, en plein centre ville. Je suis reçu par un trouffion qui me regarde comme une déjection canine avant de me conduire à ma chambre. Je lui demande quand auront lieu les examens, il se contente de hausser les épaules.

Je partage une chambre d’hosto classique avec un gars de mon âge épais comme un sandwich SNCF et haut comme deux pommes et demie. Nous discutons un peu, et je tombe de haut. Si je suis là pour me faire exempter à (presque) tout prix, lui se trouve en ces lieux pour la raison inverse. Il veut rentrer dans l’armée, en faire son métier, mais aux trois jours, ils l’ont recalé à cause de son gabarit. Le monde est vraiment mal fichu. Dans la chambre d’à côté se trouve un autre jeune type qui pourrait, aisément, jouer troisième ligne chez les All Blacks. Il est muet comme une tombe et je ne sais pas pourquoi il est là.

A l’hôpital militaire, les médecins sont des appelés. Ils ont l’air de bien se plaire même s’ils doivent mettre un frein à leurs études. En revanche, ils ne se foulent pas, c’est le moins que l’on puisse dire.

Premier jour, je ne vois aucun médecin.

Deuxième jour, non plus. Heureusement que j’ai pensé apporter un bouquin, « Le livre du rire et de l’oubli », Kundera.

Le mercredi matin, je me rends à la salle des toubibs. Il faut rester derrière un guichet pour leur parler. Ils m’annoncent que mes examens sont programmés l’après-midi même.

Jeudi. Je n’ai toujours vu personne. Enfoirés. E j’ai fini mon bouquin.

Vendredi matin. Un infirmier vient me chercher. Direction la radio. Au final, une simple échographie suffira. Le médecin me dit que c’était une ânerie de faire cette démarche médicale. On n’a jamais vu un petit rein se développer après un certain âge. Youpi…

Direction le guichet pour obtenir le visa de sortie. Le toubibs appelés me disent de repasser un peu plus tard car ils sont occupés. Un coup d’œil. En effet, ils sont très occupés. Ils jouent au tarot. Je reviens à midi moins le quart. Quel dommage ! C’est l’heure du repas. A 14 heures, je campe dans leur bureau lorsqu’ils reviennent du self. En me voyant là, ils rigolent comme des bossus et me tendent un papier. Leur jeu favori est de faire poireauter le plus longtemps possible ceux qui sont certains de se faire exempter.

Je retourne chercher mes affaires. Mon coloc est effondré sur son lit. Il pleure toutes les larmes de son corps. L’armée ne veut pas de lui. Définitivement. En sortant, je croise le costaud tout sourire qui s’avère être un véritable moulin à paroles. Il est réformé, P3.

Si vous n’êtes pas très au fait de la nomenclature militaire, il existe un certain nombre de catégories, elles-mêmes échelonnées de 1 à 5. En gros :

1, cela n’existe pas.

2, bon pour le service.

3, ça dépend.

4, réformé, exempté, inapte.

5, mort. Ou pire.

Je connais deux catégories.

P, psychiatrie (P4 est la plus recherchée par les dissimulateurs de tout ordre : asociaux, schizophrènes, paranoïaques…)

G, état général.

Sur mon papier, il est écrit, « inapte G5 ».

Non, mais sérieusement.

Gfnem29

La sentinelle de l’ombre – Robert Crais

La sentinelle de l’ombre – Robert Crais – Pocket (Belfond)

C’est le troisième roman de Crais que je chronique ici. J’ai découvert cet auteur assez récemment, et j’en suis fort content.

Pike et Cole sont des héros intéressants. Le style de Crais est direct, nerveux, sans fioritures, sans violence excessive, même assez pudique d’une certaine façon.

« La sentinelle de l’ombre » est, sans doute, est un peu moins réussi que les deux autres. Peut-être parce que le personnage de Joe Pike est pris en flagrant délit de faiblesse. Crais ne parvient pas à convaincre son lecteur que le bonhomme qu’il s’est évertué à tailler dans le roc le plus dur puisse se faire trimballer par un(e) vulgaire escroc.

Il n’en demeure pas moins que dans un certain marasme de la littérature noire, Robert Crais s’en sort avec les honneurs, notamment car il rend hommage à ses illustres prédécesseurs des années 40/50.

De quoi se réconcilier avec le polar US, si, comme moi, vous saturez à la lecture de ces romans interchangeables, sans inspiration, fades.

Tentez le coup.

Non, mais culturellement.

Jourd’hu

(prenez) Garde-à-vous !

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Mais, mais… Je me rends comte que je ne vous ai jamais raconté mon armée… Et vous, vous ne me dites rien… C’est quand même marrant ça !

J’ai 20 ans, classe 86. J’ai déjà fait un report pour ne pas interrompre mes études (une de mes plus belles fumisteries…), donc là, crac dedans ! Direction Rennes.

Les trois jours. Les fameux. Je suis zen. Je n’ai aucune envie de faire le zouave pendant un an (ou dix mois, je ne sais plus), mais je ne suis pas inquiet car je bénéficie d’une malformation interne qui, m’a-t-on dit, fera reculer l’armée qui ne rient pas à payer des pensions en cas d’accident pendant les grandes manœuvres. J’ai un petit rein. Il ne fonctionne pas suffisamment pour assurer à lui seul un correct recyclage des déchets. Donc, si je me bousille le bon rein sur le parcours du con battant, hop à moi les sous. Bon, j’aime autant éviter les dialyses et donc le pantalon garance.

Les trois jours ne durent pas trois jours. Au plus 36 heures si vous êtes mal informé. Pour être sûr de rentrer chez soi le soir, il faut se porter volontaire pour le premier groupe dès 7H30. C’est la cohue. Visiblement l’information circule bien. J’assomme les plus petits et me faufile dans le bon rang.

Et le cirque commence. La grande parade. Le barnum.

Tous les corps de métier de la médecine dans un gymnase. Sauf le proctologue. Ouf. Des médecins de l’armée, des vrais. Je comprends vite pourquoi il faut éviter de tomber malade sous les drapeaux. Je porte des lentilles de contact à l’époque. L’ophtalmo ne semble pas savoir ce que c’est. Il me demande d’enlever mes yeux et de les poser sur la table. Devant mon air ahuri, il appelle le sergent-chef qui m’inflige 3500 pompes et me traite de grosse baleine. Le quiproquo éloigné, l’autre abruti de zyeutiste verse un peu de sérum physiologique sur la table pour recueillir mes lentilles. Après, il m’engueulera parce que, soi-disant, je fais semblant de ne pas voir la part de camembert rose manquante. Je suis occupé à dégobiller dans un coin. Un camembert rose !

Puis je me retrouve face à un urologue et je lui sors ma baguette magique. Un peu de calme ! Par baguette magique, j’entends mes radios des reins. Il les observe dans tous les sens comme s’il cherchait le bon. Et il me dit ces mots d’une telle imbécillité que je me demande s’il blague : « Vos radios datent, votre rein a pu grandir… ». J’ai hésité à lui faire bouffer son stéthoscope, mais j’ai renoncé pour éviter de froisser le sergent-chef qui gardait un œil sur moi.

Résultat, ils m’ont envoyé à l’hôpital militaire de Brest pour faire de nouvelles radios. Un supplice. Mais la suite de mes aventures à l’armée, c’est pour demain, si vous le voulez bien.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

Nostalmour

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, j’ai du nostalmour.

Depuis que ma célébrité a dépassé celle de Patrick Topaloff, je suis submergé de courriers. Beaucoup d’entre vous m’interrogent sur ma haine de toutes formes de religions. Le site wordpress m’a signalé qu’il ne disposait pas de suffisamment de place pour que je développe l’intégralité de mes récriminations.

J’ai donc choisi de vous exposer une particularité de ma vie qui explique, en partie, cette détestation. J’ai conscience de l’immodestie du procédé et ne serais pas scandalisé, outre mesure, que vous préfériez regarder le téléfilm de France 3 (téléfilm dont le format, bien que je n’en aie jamais vu aucun, conviendrait parfaitement aux aventures d’un certain Isidore Lune ; j’écris cela, je n’écris rien).

En 2001, j’ai rencontré une charmante demoiselle. Nous skiions de concert grâce à un organisme qui permet de dévaler les pentes enneigées pour une somme modique, UCPA (celui ou celle qui dit, ou même pense, « ah oui Un Coup Par An » est banni à vie de ce blog, non mais). Cette jeune femme a une particularité, elle ne skie pas. Ce qui est assez curieux lorsque l’on vient en vacances à La Plagne. Je la remarque un soir alors qu’elle joue au Trivial Pursuit avec ses amis. Je suis derrière elle, et je lui souffle des (bonnes) réponses. Fou rire. Le lendemain, nous faisons équipe et gagnons haut la main car nos connaissances sont parfaitement complémentaires. A nouveau le lendemain, elle me propose un défi assez amusant, nous deux contre le reste du centre sur un camembert. Nous perdons 6/4 mais nous récoltons une salve d’applaudissements bon enfant. Comme la soirée se termine, je lui propose une balade au clair de lune, par moins 7. Rien de définitif se passera, mais nous saurons, l’un et l’autre que nous avons trouvé notre âme sœur. Alors, où est le problème me direz-vous ? Le problème, c’est qu’elle a déjà un homme dans sa vie, un jeune barbu mort depuis un paquet de temps selon la légende. Croyez-le ou non, avant de me rencontrer, elle envisageait sérieusement de rentrer dans les ordres. Nous commencerons une histoire, assez belle je crois, mais je ne supporterai jamais la présence de l’autre. Je ne peux pas vraiment l’expliquer, je regrette beaucoup. Curieusement, ma mère devait rentrer dans les ordres, également, lorsqu’elle a rencontré mon géniteur…

Voilà, je me lève de mon divan. Je vous dois combien ?

Ah non, pardon, ce n’est pas fini.

En 2002, je rencontre, sur mon lieu de travail, une charmante demoiselle. Sincèrement, c’est le coup de foudre. Réciproque. Nous nous fréquentons (c’est mignon, hein ?) pendant quelques semaines. Mais, au bout d’un moment, pour aller plus loin, il faut se rapprocher. La jeune femme m’annonce, embarrassée, qu’elle garde sa pureté jusqu’au mariage. Je suis déconcerté, mais amoureux, alors, peu importe. A cause de son prénom et de son patronyme, je suis persuadé qu’elle est juive. Stupidement, je lui demande si c’est pour cela qu’elle a des principes. Je n’oublierai jamais son regard horrifié. Elle est protestante. Pire, Huguenote. Son nom de famille est néerlandais, son prénom, juste biblique. Très vite, je comprends certaines choses. La Bible sur la table de nuit, l’appel de son père tous les soirs, sa méconnaissance assez étonnante, mais aussi charmante, du monde moderne, ses préjugés parfois révoltants que je mets sur le compte de sa candeur. Toujours peu importe, toujours amoureux. Un peu sceptique, tout de même. A partir de ce jour, elle me raconte sa vie d’avant. Avant qu’elle ne soit nommée à 500 kilomètres de son père. C’est proprement hallucinant. Vous voyez « Witness » avec Harrison Ford, c’est presque cela. Une vie en totale autarcie familiale. Un père despotique qui dit lui-même la messe à la maison car au temple, ils ne sont pas assez rigoureux (un doute sur la « messe protestante », désolé, en tout cas le chef de famille décide de tout). Au bout de six mois, je lui fais comprendre que je veux faire ma vie avec elle. Elle est très heureuse. Un seul détail, je dois rencontrer son père. Je bloque. Je regrette beaucoup.

Voilà, cette fois, c’est bien fini. Merci, vous m’avez fait du bien.

S’il vous plaît, ne me dites pas, en commentaires, que « j’aurais dû ceci », que « j’aurais pu cela ». J’y pense tous les jours depuis plus de vingt ans. Je me traite de tous les noms.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

N’éteins pas la lumière – Bernard Minier

N’éteins pas la lumière – Bernard Minier – Pocket (XO)

Bernard Minier est capable du meilleur (« Glacé ») comme du pire. « N’éteins pas la lumière » appartient à la deuxième catégorie. Ce roman est nul.

Tout d’abord, il est trop long. Les répétitions narratives sont insupportables. J’aime bien les longs romans, mais il faut qu’il y ait de la matière. Ici, point. Ensuite, l’intrigue ne tient pas la route. Une héroïne nunuche qui se transforme en virago, un tueur tout à tour diabolique puis débile profond, des fausses pistes cousues de fil blanc, tout déraille. Même Servaz, protagoniste plutôt sympathique dans d’autres romans, est, ici, agaçant et très peu attachant.

Mais surtout, Minier commet une énorme bévue dans le déroulement de son histoire (tellement énorme que je me demande si, dans mon ennui, je n’ai pas sauté une page, ou si je ne me suis pas endormi en lisant). Je ne veux pas trop en dévoiler mais il s’agit d’une histoire d’opéra qui donne l’indice déclencheur à Servaz. Minier n’explique absolument rien et le lecteur est perdu. Si vous avez lu ce roman, et si vous vous en souvenez, éclairez-moi, je veux bien faire amende honorable.

Enfin, ce qui m’a le plus déplu, c’est l’intrigue elle-même. Trop, c’est trop. Presque tout est invraisemblable. Cela prêterait même à sourire si ce n’était si pitoyable.

Encore un auteur qui devrait se concentrer sur son travail pour produire moins mais de qualité, plutôt que de vouloir sortir des romans coûte que coûte quitte à sacrifier sur l’autel de la littérature (cette phrase ne veut strictement rien dire, mais LuluBelle, la tempête, que j’ai baptisée moi-même puisque les media ne semblent pas au courant du phénomène, me tape sur le système). J’ai déjà écrit cela, mais je trouve que Minier et certains de ses collègues se fichent de la poire de leurs lecteurs, d’autant qu’ils sont parfaitement capables d’écrire de très bons livres.

Fuyez.

Non, mais culturellement.

Jourd’hu