Auto-da-fé

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Je me demande si ce gouvernement n’est pas en train de glisser vers un obscurantisme mercantilo-amazonesque. Un décret gouvernemental interdit (interdit !) aux grandes surfaces et enseignes culturelles de vendre des livres « pour ne pas faire de concurrence déloyale aux librairies ». C’est tellement con que j’ai envie de pleurer. Ray Bradbury s’est retourné dans sa tombe. Voltaire a demandé l’asile culturel à la Turquie.

D’une part, je ne vois pas en quoi l’ouverture des petits commerces qui drainent une clientèle clairsemée pourrait développer la propagation du virus. Certes, cela encouragerait le citoyen à circuler davantage mais nos énarques sont suffisamment intelligents (?) pour trouver une parade. Interdire les rassemblements de plus de quatre personnes, imposer des heure de sortie par tranche d’âge, limiter aussi le temps pour faire des courses (je dis n’importe quoi, je ne suis ni énarque ni intelligent). D’autre part, la prohibition en matière culturelle comporte des relents nauséabonds qui font frémir dans les chaumières. Enfin, quitte à me fâcher avec monsieur P; (dont je n’ai plus de nouvelles, il a dû se confiner avec madame et du reblochon), je fais partie de ceux qui achètent beaucoup de livres en grandes surfaces (j’ai même, un temps, penser sérieusement à emménager dans l’Espace Culturel Leclerc de Plérin dans le 22, une sorte de paradis du lecteur et du bédéphile que je suis, même si lors de ma dernière visite, je fus très déçu car l’installation de tout le zinzin pour respecter les gestes barrières avait entrainé des rayonnages fort restreints). Certes le summum, le climax, le nirvana reste le Dialogue de Brest ou le Cultura de Poitiers mais c’est beaucoup plus difficile de se garer. Je fréquente très peu les librairies dites « de quartier », d’une certaine façon, je le regrette, mais par chez moi; elle ne pullulent pas. Toutefois, si je gagne au loto ou parviens, d’une manière ou d’une autre à m’extraire de mon marasme financier, je promets d’acheter tout mes livres chez ces commerçants qualifiés de « petits ».

(attention, âmes sensibles, petit ego trip)

Je me révolte contre l’interdiction du gouvernement, mais je ne suis pas concerné. En effet, ma boulimie livresque m’assure une centaine d’années de lecture. Si le livre devenait clandestin, je n’aurais même pas besoin de traîner dans les bas-fonds pour me procurer ma drogue, tant mon stock de non-lus encombre mon logis du sol au plafond. Et puis, s’il le faut, de guerre lasse, je lirai les illisibles de mon panthéon personnel comme Balzac, Proust, San-Antonio, Achille Talon que je possède car ma pathologie me pousse à me procurer même les auteurs que je ne lis pas.

Et puis… Et puis… La fatalité s’en mêle. Un résumé de ma vie. Mon premier roman doit sortir le 6 novembre… En plein dedans. Pile poil. Je suis maudit.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

Le Nourjal du reconfinement (1)

(pour soutenir l’effort national, la direction du Nourjal a demandé à ses collaborateurs de reprendre du service, gracieusement, afin de tenir informé son lectorat attentif ; ne nous remerciez pas)

Confinement le retour – 91 % des Français soutiennent les décisions gouvernementales mais se demandent pourquoi c’est le prof de maths de leur fils qui s’occupe de faire les annonces. En ces temps troublés, monsieur Macron serait fort avisé de nommer un premier sinistre.

Radio-Nourjal – La rédaction du Nourjal a décidé de varier sa ligne éditoriale en dépêchant un envoyé spécial dans les rues d’une petite ville de province afin de rendre compte de la situation en temps réel.

« — Jean-Kevin, c’est à vous. Racontez-nous la vie quotidienne à Perpète-les-Ours.

— …

— Jean-Kevin, vous êtes à l’antenne !

— …

— Jean-Kevin ?

— Ici le brigadier Jean-Paul Fatulacci de la brigade de Perpète-les-Ours.

— Ah très bien. Bonjour mon brave. Pouvez-vous nous passer Jean-Kevin notre envoyé spécial ?

— Négatif. Le susnommé Jean-Kevin s’est rendu coupable d’un délit passible de 135 euros de contravention forfaitaire, en ne présentant pas le document adéquat pour justifier sa présence sur la voie publique. Terminé.

— Cher lectorat attentivement confiné, veuillez nous excuser pour ce petit problème indépendant de notre volonté. Ce sont les alea du direct. Sans transition, comme on dit dans ces moments-là, curling… »

Santé – Des résultats encourageants du vaccin anti-covid sur les détenus de Guantanamo.

Santé (2) – Selon une source proche de son époux, la covid aurait décidé de donner une chance aux chercheurs en leur dévoilant le nom de son institutrice de CM2.

Halloween – Un des rares avantages de la crise sanitaire, c’est que des gamins malpolis ni viendront pas, ce soir, toquer à votre porte pour dévaliser votre coffre-fort à confiseries.

Halloween (2) – Grand succès du masque à l’effigie d’un certain Jean Castex. Les spécialistes n’ont aucune idée de la raison de cet engouement.

Halloween (3) – La covid aurait décidé de se déguiser en professeur Raoult, juste comme ça, pour déconner.

Société – Le gouvernement serait en quête d’une date de remplacement pour Noël 2020; Le quinze août 2021 tiendrait la corde car personne ne sait à quoi correspond ce jour férié.

Sport – L’équipe du RC Lens décimée par la covid. L’entraineur réfléchirait à convoquer les épouses des joueurs pour le match de samedi.

Télévision – Le responsable des programmes de TF1 remercié. Il avait envisagé de diffuser Hibernatus toutes les après-midi jusqu’au premier décembre.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

Mon oncle un sacré bricoleur

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Je me demande si je vous ai déjà parlé de mes compétences en matière de haute technologie. En toute modestie, je suis un cador. Lorsque j’ai acheté mon dernier pc, je n’ai mis que deux heures à trouver le bouton « on ». Balaise hein ? Il m’est même arrivé, une fois, de réussir les branchements sur ma télé en moins d’une journée. Ce jour-là, j’étais en forme.

Je ne vais pas vous mentir, je n’ai aucun mérite. C’est de famille.

Pour être parfaitement exact, un membre de ma famille est l’une des personnes les plus importantes du début du 21è siècle. Mon oncle. Hélas, il s’agit d’une pièce rapportée, je n’ai donc absolument aucun gène en commun avec cet homme brillantissime. J’ose dire qu’il est l’égal d’un Bill Gates ou d’un Steve Jobs. Il a inventé quelque chose qui équipe tous les ordinateurs, tous les smartphones, toutes les tablettes du monde depuis une vingtaine d’années. S’il avait touché un euro pour chaque engin vendu, il serait probablement l’homme le plus riche de France.

Malheureusement, bien que lui soit au-dessus de ces contingences financières, lorsqu’il inventa son bidule, il travaillait pour le gouvernement français. Il n’a pas reçu un kopeck supplémentaire, pas une prime, rien. Je suppose que grâce à lui, les caisses de l’état se portent mieux, mais je n’en suis pas sûr. Les Etasuniens ont reconnu son talent et l’ont invité lors du grand raout scientifique annuel qui se déroule à Los Angeles, pour l’honorer et lui remettre une médaille fort rare, paraît-il. Cependant, si les Ricains savent reconnaître les génies, ils ont les poches pleines d’oursins. Voyage, séjour, repas (3000 euros reversés à des oeuvres caritatives), tout cela était à la charge de mon oncle qui jouit d’une retraite confortable, mais qui renâcle à se délester de ses pépettes en échange d’une breloque honorifique. Je crois que lui, et son épouse, auraient préféré un chèque d’un million de dollars. Mais l’option n’existait pas.

Alors, vous-dites-vous, bande de petits curieux, il a inventé quoi le tonton ? Le bouton « on/off » ? Non. La souris « Hello Kitty » ? Pas davantage. La « dent bleue » ? Non plus. La « hot-line » qui répond en moins de trois heures ? Vous n’y êtes pas.

Mon tonton a inventé « j.peg ». Et ce n’est pas une blague.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

La fille du coupeur de feu (2)

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je finis ce que j’ai commencé.

Dans l’article précédent, j’ai éhonteusement éreinté le peuple costarmoricain qui, rappelons-le, héberge tout de même en son sein le village d’Astérix (si, si, derrière la loupe, c’est Erquy, petite station balnéaire charmante où Gosciny passa quelques vacances dans sa jeunesse), et rien que pour cela, le 22 est hautement estimable. Bon, évitez les galettes-saucisses et tout ira bien.

Jusqu’à présent, le lecteur averti que vous êtes, ne peut s’empêcher de se demander, mais pourquoi ce titre sibyllin ? J’y viens, chenapan impatient (tiens, très bonne dénomination pour monsieur P.)

Un beau jour (c’est une licence poétique, il ne fait jamais beau dans les Côtes d’Armor, vous ne pouvez pas comprendre, déjà moi, j’ai du mal), un collègue et ma pomme fumions notre bulletin de naissance sur le trottoir jouxtant l’établissement qui accueillait alors nos enseignements éclairés (quitte à passer pour des vieilles putes sur le retour ayant oublié leur sac à main), lorsque, par pure politesse, je m’enquis de la santé de sa progéniture. Sans s’émouvoir de son propre récit, mon collègue me narra que sa petite dernière s’était brûlée le bras au deuxième degré, en manipulant une casserole dans laquelle de l’eau cuisait. Je dus produire une moue horrifiée car mon camarade voulut me rassurer en énonçant les propos suivants :

— Rien de grave, nous sommes allés chez le coupeur. La petite va très bien.

Je me demandais si j’avais à faire à un fou qui avait fait couper le bras de sa gamine ou à un père indigne qui se foutait royalement de la douleur de son enfant. Comme je lui exprimais ma surprise mêlée d’un agacement frôlant le gant dans la figure, il m’expliqua quelque chose de bien étrange, en ces termes :

— C’est vrai que tu es finistérien et donc étranger à certaines de nos pratiques ancestrales. Nous avons, par chez nous, de nombreuse personnes que nous appelons des « coupeurs de feu ». Lorsque quelqu’un se brûle, dans la limite du raisonnable, nous n’allons ni chez le médecin, ni à l’hôpital, nous allons chez le « coupeur de feu ». Il ou elle appose ses mains sur la brûlure sans incantations ni autres conneries, et celle-ci disparaît en moins de 24 heures, et c’est indolore. C’est tout naturel pour nous.

Je vous avoue que je croyais qu’il se foutait de ma bobine. Pourtant, son visage n’exprimait aucune émotion retorse, et je choisis de le laisser à ses chimères, plaignant tout de même la petite, victime de croyances imbéciles et vraisemblablement souffrant en silence pour ne pas contrarier maman et papa.

De retour chez moi, je ruminais encore cette follerie. Enfant, je m’étais foulé le poignet en jouant au foot avec mon grand-père (j’étais dans les buts) et ma mère m’avait emmené chez dame Salout (sic), une rebouteuse, qui m’avait fait un mal de chien en triturant mon anatomie, mais qui avait remis mon poignet en place. Une sorte de kiné avant l’heure. Rien de vraiment surnaturel.

Le hasard voulut que quelques temps plus tard, je tombais sur un reportage au vingt heures vantant les mérites d’un don méconnu et scientifiquement inexpliqué, les « coupeurs de feu ». J’en restais con comme un président turc. Le journaliste affirmait que des hôpitaux suisses avaient commencé à faire appel aux « coupeurs de feu » costarmoricains pour soulager des grands brûlés, et pour essayer de comprendre cette faculté à peine croyable.

Les Costamoricain(e)s sont des gens formidables quoi qu’en disent les mauvaises langues.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

La fille du coupeur de feu

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Je suis plutôt cartésien comme garçon (comme fille aussi d’ailleurs), je ne crois pas au surnaturel, à part aux fantômes et aux extraterrestres, bien entendu. Pourtant, j’ai vécu dans les Côtes d’Armor.

Pour bien comprendre mon propos ultérieur, il faut que je vous parle de mon grand-père maternel (1914-1987). Cet homme était un Carhaisien pure souche, sans être communiste ni consanguin. La ville de Carhaix possède une caractéristique géographique particulière. Elle est située dans le Finistère mais à la frontière du Morbihan et des Côtes d’Armor. Pour mon aïeul, les sudistes étaient des bourgeois, les nordistes des ploucs. Il ne cessait de se moquer des Costarmoricains au prétexte que ceux-ci étaient attardés et stupides. Lorsque je dus, pour des raisons bassement professionnelles, poser mon sac à Saint-Brieuc, je ne vous cache pas que les propos de Pépé me revinrent en mémoire de façon assez aiguë. Je ne tardais pas à me rendre compte que l’ancien n’avait pas tout à fait tort, tant la vie briochine me sembla pittoresque. Ou dingue, c’est selon. Un exemple parmi beaucoup d’autres concerne le code de la route. Le Costarmoricain s’en soucie comme d’une guigne, et les services départementaux d’aménagement du territoire œuvrent pour lui donner raison. Je n’ai jamais rencontré ailleurs qu’à Saint-Brieuc des ronds-points marginaux, certains ayant même une vie propre. La DDE du 22 a conçu et installé des ronds-points doubles, et même des triples. Il est extrêmement difficile de vous expliquer le fonctionnement de ses constructions abstraites, pour deux raisons. La première, parce que ces carrefours en cercle n’existent pas dans le code de la route ni dans un cerveau normalement constitué, la deuxième parce que les Costarmoricains eux-mêmes n’ont pas la moindre idée de la manière adéquate d’emprunter correctement un huit avec leur automobile. En journée, ils se débrouillent comme ils peuvent, la nuit, ils vont tout droit, ce qui occasionnent du froissement de tôle. Les carrossiers du 22 mangent du caviar au petit-déjeuner. Je ne m’attarderai pas sur l’absence périlleuse de priorité à droite, avec ou sans panneau annonciateur, cela vous semblerait exagéré. Un autre exemple cependant. Il concerne la gastronomie locale. Outre les spécialités bretonnes immangeables et destinée aux touristes, genre kouign-aman, il en existe une tout aussi immangeable et destinée aux autochtones. La galette-saucisse. Si vous n’avez jamais dégusté ce met aussi raffiné que le pétrole de l’Amoco-Cadiz, un conseil, passez votre chemin. Je vous en livre tout de même la recette en exclusivité. Prenez une galette de sarrasin froide et introduisez-y une saucisse grasse bouillante. Croquez à pleines dents et brûlez-vous l’intérieur de la bouche au 3è degré. Recrachez le tout et balancez ce qui reste dans la première poubelle venue. C’est tellement mauvais, même avec un demi-litre de moutarde extra-forte, que les rats refusent obstinément de fouiller les poubelles les jour de marché. C’est un tel drame que j’ai dû quitter une fiancée qui mettaient des notes aux différents stands d’empoisonneurs sur tous les marchés de la côte. Allez, une dernière caractéristiques de ce peuple unique. Ils se connaissent tous. L’expression « cousins à la mode de Bretagne » trouve certainement son origine du côté de Loudéac. Si le cœur vous en dit, tentez l’expérience suivante. Prévoyez, large, un après-midi shopping dans la rue Saint-Guillaume de Saint-Brieuc (la principale rue commerçante de la ville, en gros, un magasin tous les deux-cents mètres) en compagnie d’un indigène. Tous les trois mètres soixante-douze, exactement, c’est scientifiquement prouvé, votre compagnon s’arrêtera pour dire bonjour à quelqu’un. Son cousin, son oncle, son voisin (le Costarmoricain possède environ sept-cents-quarante-trois voisins proches, et des milliers un peu plus éloignés), un ancien du lycée, une ex, le neveu de la grand-mère du fils de la filleule de la belle-sœur de la concierge, un demi-frère, etc… Je vous assure que c’est fascinant. J’ai cherché à résoudre ce mystère, sans succès. C’est d’autant plus étonnant que, ayant vécu quatorze ans en cette contrée, je m’attendais à connaître un monde fou et à pleurer comme un veau lorsque l’heure du départ aurait sonné, que nenni, je ne connaissais quasiment personne. Certes, je suis un ours, mais tout de même… Le Costarmoricain n’accorde que très difficilement son amitié, sa confiance, et surtout un prêt financier. Car, en plus, le natif du nord de la Bretagne est radin. Mais je ne développerai pas cet aspect anthropologique, car je ne veux pas dire du mal…

(à suivre)

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

Fatalitas !

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je suis fatigué.

En réalité, je suis né fatigué et je reste une énigme pour la science moderne. Cependant je vis avec, et quand la fatigue psychologique s’additionne à la fatigue physique, c’est éreintant.

Les événements que nous subissons tous depuis des mois m’intriguent davantage qu’ils me terrifient. Vous avez compris depuis un bon moment mes doutes (euphémisme) quant à l’existence du divin, en revanche je ne vous ai jamais parlé de ma théorie sur les catastrophes qui vous tombent sur le coin de la gueule. Je suis un fataliste. Je pense que tout ce qui nous arrive doit nous arriver. Ce qui est curieux, je vous l’accorde, comme disait le marchand de piano, c’est que le fatalisme es très proche de certaines théories théistes. Le grand livre, l’apocalypse, toutes ces conneries. Être fataliste est très pratique. Par exemple, comme vous ne décidez pas de votre vie, vous pouvez la passer le cul vissé dans le canapé, en attendant que la fatalité frape à votre porte (attention, ne confondez pas la fatalité et les huissiers, qui, en général, portent une cravate, ou les témoins de Jéhovah, qui, en général, prêtent à sourire ; un jour deux de ces hurluberlus se sont présentés chez moi et m’ont annoncé leur qualité de témoins de Jéhovah, je leur ai demandé, le plus sérieusement du monde si Jehovah se mariait et pourquoi je n’avais pas reçu de faire-part ; moi qui ne suis pas très disert, je ne les ai pas laissés en placer une). Le fataliste n’est pas du genre à se bouger le popotin puisque ce qui doit arriver arrivera. Inutile de tirer des plans sur la comète, inutile de se casser la tête. Si je dois gagner au loto ou si je dois choper la covidordures, je n’y échapperai pas car c’est déjà prévu. Dans mon monde, les avocats n’existent pas (en fait si, j’y ai déjà eu à faire et je suis tombé sur un gros nul) ou plus exactement ne servent à rien, donc. D’ailleurs, à part Dupont-Lajoie et deux ou trois autres qui sont plus souvent à la télé que dans les prétoires, je me suis toujours demandé pourquoi, en France, il est obligatoire de prendre un avocat pour se défendre. La plupart du temps ce juriste se fout comme de l’an 40 de vos problèmes, ne dit pas un mot lors de votre comparution et oublie d’un rendez-vous à l’autre qui vous êtes (et je parle d’expérience). Le fataliste n’a pas besoin d’avocat étant donné que la sanction tombera.

Le fataliste ne comprend pas les non-fatalistes. Ceux qui affirment haut et fort qu’ils décident de chaque moment de leur vie, se trompent lourdement. En effet, si vous choisissez de tout plaquer du jour au lendemain pour faire pousser des kiwis en Nouvelle-Zélande, c’est que c’était votre destin. Le fataliste croit au destin. Même si ce salopard ne lui réserve pas que des lendemains qui chantent.

Je suis fatigué car je trouve que le destin se fout un peu de notre gueule ces temps-ci. Et comme je suis fataliste, je n’y peux rien. Les intégristes aussi sanguinaires que stupides, les politiques aussi stupides qu’arrivistes, les laboratoires de recherche biologique aussi arrivistes que cupides, des animateurs télé aussi cupides que sanguinaires (ok, j’exagère un peu, c’était pour boucler la boucle). Je me demande parfois si j’ai envie de vivre dans un monde où un fou de dieu décapite un prof d’histoire, et où un virus met en lumière l’improbable incompétence de notre société. Comme le destin a prévu de me faire gagner au loto, incessamment sous peu et peut-être même avant, j’investirai ces sous dans la maison la plus isolée du monde et dans deux chats. Et j’attendrai, en faisant des puzzles. Je suis fataliste, je vous dis.

Je n’aurais pas dû me relire, c’est fort confus.

J’ai une excuse, je suis fatigué.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

Emerson Fittipaldi

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

(attention chronique clivante)

Je vous ai déjà narré ici-même que j’avais une passion honteuse pour la Formule 1 (les courses automobiles pas les hôtels). Si le titre ci-dessus ne vous parle pas du tout, je vous présente mes excuses et vous conseille de pratiquer une autre activité que la lecture de ce qui va suivre.

La Formule 1 est un sport de riches exercé par des riches. Savez-vous, par exemple, que pour obtenir un baquet dans une monoplace, il faut payer. Il faut investir sur vous-même. En effet, si vous volez de victoire en victoire, votre placement s’avèrera très lucratif (un million d’euros à chaque victoire, pour Lewis Hamilton, à une vache près, et 92 victoires), en revanche si vous êtes un tocard incapable d’exécuter un créneau correctement, vous perdrez tous vos sous (en réalité, les sous du sponsor qui vous a fait confiance, et qui bénéficie d’un espace publicitaire entre la roue arrière droite et le pot d’échappement de votre véhicule ; je n’ai jamais bien compris l’intérêt, d’autant que cette pub est totalement invisible à la télé). A une époque, les mécènes s’appelaient Marlboro, John Player Special, Lucky Strike, Camel, Guiness ou Johnny Walker. Loi Evin oblige, la France a été un des premiers pays à s’élever contre cette apologie de la mort, et a obtenu gain de cause. Benetton, Red Bull et les marques automobiles ont pris le relai.

Ce qui était autrefois un véritable sport, avant l’invention de la direction assistée et de l’ABS, est aujourd’hui un concours de technologies assez ennuyeux car trop prévisible. Jadis les voitures étaient toutes les mêmes, à très peu près, et les victoires s’arrachaient au pilotage. Des mecs comme Piquet, Prost, Arnoux, Villeneuve, Pironi ou Lauda, étaient de vrais aventuriers le cul posé sur une bombe à retardement pendant 50 tours de circuit. Imaginez que 44 pilotes sont morts au volant de leur bolide entre 1952 et 2015 (ce chiffre est assez discutable dans la mesure où il comptabilise la F1, et les courses aux USA, mais pas les catégories inférieures et les courses d’endurance très gourmandes en macchabées), et un seul depuis 1994, mais un de trop, le Français Jules Bianchi en 2015 (le précédent en 1994 n’était autre qu’Ayrton Senna). Je ne veux pas dire que le spectacle manque de sang, je suis cynique mais avec des limites, quoique, chaque bonhomme qui pose ses fesses dans l’habitacle d’une F1 sait qu’il signe un pacte avec le diable. C’est juste que Schumacher et Hamilton ont tué leur sport. Eux et les innombrables et incompréhensibles règles que la FIA pond au kilomètre tous les ans. Les obligations imposées aux écuries sont tellement nombreuses (motorisation, pneumatiques, ballet dans les stands, drapeaux multicolores, limitation de vitesse, un comble, voiture de sécurité réelle ou virtuelle) que je défie quiconque d’en maîtriser la moitié. Sauf la FIA qui calcule au dollar près ce que lui rapporte la bride imposée. Je comprends que tout soit entrepris pour la sécurité des pilotes mais je tique lorsque j’apprends que tout cela n’est qu’une histoire de gros sous.

Une petite précision pas piquée des hannetons pour finir si vous voulez bien. Savez-vous qui est Lella Lombardi ? Non bien sûr, personne ne le sait. Elle est la seule femme à avoir jamais marqué des points en championnat du monde de Formule 1, en 1975. Car la Formule 1 est un sport mixte, mesdames et messieurs. Comme le concours complet en équitation, et les doubles mixtes dans certaines disciplines. Pourquoi si peu de femmes dans le monde de la F1 ? Sans doute parce que les femmes ne savent pas faire un créneau. Vous pouvez huer, mais réfléchissez un petit peu avant.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

Touitère

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je touite.

Mais plus pour longtemps.

Naguère, je vous contai mes déboires avec le réseau social au petit oiseau bleu. Figurez-vous qu’après avoir expédié moult mails pour défendre ma cause (en résumé, pour ceux qui n’ont pas la couleur, je me suis vu exclu, définitivement, du réseau pour un touit ironique bien innocent dans lequel je fustigeais les chasseurs de vieilles dames dans leur jardin, en signifiant que tuer une personne LGBTQI rapportait davantage de points ; un crétin des Pyrénées a signalé mon touit qui, une fois traduit en anglais pour la direction, perdait l’intégralité de son second degré ; pendant quelques jours j’ai craint de voir la police débarquer chez moi). Bref, j’ai laissé tomber. Et puis, samedi dernier, dans un moment d’égarement, je me suis réinscrit sur touitère avec une autre adresse mail, et cela a fonctionné.

J’étais plutôt content de recommencer à lire les âneries potaches et les théories complotistes. Mais, je me suis vite lassé des blagues éculées et des abrutis décérébrés. Touitère fonctionne un peu comme, une secte serait trop fort, disons une communauté qui se méfie des nouveaux arrivants. Les amuseurs de la première heure, 2008 à une vache près, voient d’un mauvais œil la cohorte d’humoristes amateurs qui pourraient leur piquer leur place. Le but de Touitère est d’accumule le plus de « followers » possible afin de propager sur la toile sa prose décadente ou ses blagues Carambar. Seulement, pour gagner des « followers », il faut, en quelque sorte, être adoubé par les anciens. Et ce n’est pas chose aisée. Votre compte naviguera longtemps à une grosse centaine d’abonnés avant qu’un grand chef daigne vous « follower », et ainsi vous présenter à ses propres « followers ». C’est un peu comme le système pyramidal qui fit fureur dans les années 70, mais qui relevait davantage de l’escroquerie que de l’auto-entreprenariat.

Mon but sur ce réseau social est/était de me constituer une cour suffisante que je dirigerais vers ce blog, et dans quelques jours vers… Pour l’instant, mon contrat m’interdit d’en dire plus. Seulement, il faut déployer une énergie considérable pour obtenir un malheureux abonné, alors, mille, c’est au-dessus de mes forces. Un unique touito s’est égaré sur jourhumeur en un semaine, et bien qu’il ait apprécié sa lecture, il n’est jamais revenu. Reconnaissez que c’est peu.

Parfois Touitère réserve une petite surprise. Hier soir, de très nombreux touitosses ont exprimé leur tristesse face à l’élimination d’un candidat du jeu de TF1, Colle en tas. Ne regardant pas ce programme, je ne comprenais pas l’émotion suscitée par une péripétie inhérente à un jeu d’éliminations. Il s’avère que le jeune homme est décédé quelques jours après sa sortie du jeu. Je dois admettre que l’émotion générale était très touchante.

A côté de cela, des # s’acharnaient sur l’incompétence du gouvernement face à la covidordures, sur le bien-fondé du linceul ou sur le professeur Raoult qui, après avoir été la star du confinement, est devenu le ringard de la deuxième vague.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

Et Pan créa Tite (Live ?)

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, j’enrage contre le destin.

Le dimanche 1er février 2015, je me suis réveillé, tard, le ventre vrillé par une douleur diffuse, de celles qui ne font pas ultra-mal mais qui rendent nauséeux. Me traitant de tous les noms pour avoir exabusé de boissons spiritueuses, j’avalais un thé, une vieille biscotte et je retournais sous la couette. Le lendemain, la douleur me tira d’un sommeil comateux, comme si un troll malfaisant m’avait planté ses griffes sous le cœur. Je ne bossais pas le lundi, j’en profitais donc pour obtenir un rendez-vous en urgence auprès de mon médecin traitant. Après avoir copieusement insulté un répondeur, je tentais ma chance dans un cabinet médical proche de chez moi. J’y fus reçu comme un chien galeux par une secrétaire que j’aurais dû attaquer pour non-assistance à personne en danger. Je retournais chez moi et me résolvais à composer le quinze. Une dame charmante et compétente me demanda de décrire mes symptômes, et en quelques secondes, elle m’annonça qu’elle m’envoyait les pompiers dans le quart d’heure. Moins d’une demi-heure plus tard, je me retrouvais aux urgences. J’y passais quasiment la journée dans le couloir, sur un brancard, à alterner somnolences et douleurs. Un infirmier très sympathique m’avait fait une prise de sang, et avait tenté de me rassurer. Au bout d’une éternité, il revint me voir, le visage grave, et m’annonça que les analyses semblaient détecter une pancréatite, qu’ils allaient me garder pour des analyses complémentaires. J’étais au bout de ma vie.

Je sais bien ce que vous vous dites, lectorat facétieux, la pancréatite est la maladie des alcooliques, et c’est vrai. Dans 80% des cas. Je n’étais pas alcoolique, juste un fêtard ivrogne. Les toubibs étaient comme vous, ils ne me croyaient pas. Pour eux, notamment les internes, pancréatite égale alcoolisme, point final. J’eus beau me défendre, c’était inutile, d’autant que mes analyses ne plaidaient pas en ma faveur. Je me damnais d’avoir descendu une bouteille de Chivas (70cl), en deux soirs. Trop, beaucoup trop, mais ce n’était pas une habitude, juste un moment de blues lié à l’andropause. Immédiatement après leur diagnostic, les médecins et une partie des infirmières me considérèrent comme un pestiféré, dans leurs yeux, je pouvais lire : »T’avais qu’à pas boire connard! », oui, avec cette syntaxe déplorable. Je fus perfusé avec interdiction d’avaler quoi que ce soit même du dentifrice. Au bout de six jours, ils me laissèrent rentrer chez moi, sans traitement et sans qu’aucun d’entre eux n’ait émis la moindre hypothèse autre que l’alcoolisme. Trois jours plus tard, j’étais de retour dans le service hépatologie, en pleine épidémie de grippe, avec des douleurs dix fois pire que la première fois. C’est bien simple, les attaques du troll me faisaient tomber dans les pommes (si vous pensez que les dents de sagesse représentent le summum de la douleur, multipliez par cent). Le retour de l’alcoolique donc. De ce crétin qui une fois rentré chez lui n’avait rien trouvé de mieux à faire que de se murger la gueule. Voilà ce que je lisais dans les yeux du personnel soignant le mieux payé (je souligne ici afin de ne pas l’oublier la gentillesse et la disponibilités des aides-soignantes, des femmes, et un homme, absolument formidables). Bien entendu, je n’avais pas bu une goutte, trop terrorisé par le retour du troll. Re-mépris, re-perfusion. Oui, cher lectorat, les médecins méprisent les alcooliques. C’est navrant mais réel. Du fait de l’épidémie de grippe, l’hôpital était surpeuplé et je me retrouvai troisième patient dans une chambre prévue pour deux, un avant-goût de l’enfer. Pourtant, cette fois, je ne fus pas un malade tranquille. Je pestais en affirmant, sous l’œil goguenard d’un interne que j’aurais volontiers étranglé, qu’il ne me serait pas venu à l’idée de picoler en rentrant chez moi. Bref, ils ont fini, de guerre lasse, par mettre en branle toute une batterie de tests, pour…rien. Aucun diagnostic. Retour à la maison treize jours plus tard, et démerde-toi. Le dernier matin, je reçus la visite d’une (très) jeune infirmière sympathique comme tout. Elle compatissait à ma solitude et à mon désabusement. Alors, elle prononça ces paroles qui éclairèrent une bonne partie de ma vie : « Vous savez, il arrive que des gens possèdent un ou plusieurs organes faibles, et la médecine ne sait pas encore comment détecter cela… ».

Je souffrais depuis mes seize ans d’une pathologie assez rare dans mon entourage, la gueule de bois à rallonge. A descente égale, j’avais toujours mis au moins deux fois plus de temps que mes compagnons de beuverie à récupérer une dignité verticale et intestinale. Un lendemain de fiesta, je n’avais jamais mal à la tête, mais mon état général nécessitait une position allongée pouvant excéder 24 heures. Comme si mon organisme refusait d’évacuer le trop plein de toxines éthyliques. Cette jeune infirmière résolvait une des grandes énigmes de mon existence.

Depuis, régime sec. Même pas un baba au rhum ou un coq au vin.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

Taux de latin

(devant le succès mitigé de le nouvelle proposé ici-même hier, je présente mes excuses aux rares lecteurs déconcertés)

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me souviens de mes cours de latin.

Je crois vous avoir déjà entretenu des individus qui m’enseignèrent naguère la langue de Cicéron. Je n’y reviendrai donc pas, même si ces messieurs me reviennent souvent à l’esprit.

Notamment celui qui eut l’honneur de me compter parmi ses disciples (de discipula, i, is =élève) alors que je m’ennuyais en année de troisième. C’était celui qui fumait pendant les cours mais qui avait l’élégance d’ouvrir la fenêtre pour chasser les miasmes, même en plein hiver. Cet homme, certainement décédé aujourd’hui, avait élaboré une technique pour faire entrer dans nos cervelles rétives les terminaisons verbales. Ainsi, il nous chantait (sic), entre deux quintes de toux, les dites terminaisons, fier de nous faire étalage de sa voix de baryton amphisémique et persuadé que nous les retiendrions aussi bien que les paroles de Julos Beaucarne ou celles d’Hubert-Félix Thiéfaine (je vous conseille au passage de réécouter « La fille du coupeur de joints », un must). Bien entendu, nos cerveaux, en partie ravagés par Iron Maiden (« Run to the hill », incontournable) et Motorhead (rip Lemmy), refusaient obstinément d’intégrer « un deux bo bi bu trois quatre a é ». Nous devions alors user de stratagèmes variés pour obtenir des vingt/vingt qu’il apposait sur nos copies sans rechigner vu qu’il prétendait défendre le savoir ancestral.

Un jour, pourtant, il me scotcha. Il n’aimait rien tant que nous narrer, entre deux quintes de toux, des petites anecdotes liées à la civilisation romaine ou à l’évolution lexicale. Un jour donc, il sortit de sa besace le mot « cras ». Et le monde s’éclaira. Evidemment l’une de ses marottes était de nous faire chercher des mots français issus du mot latin au programme du jour. Avouez que pour des gamins de quinze ans à peine dégrossis et aussi malins qu’un chasseur de pangolins, trouver un mot contenant le latin « cras » n’était pas évident. Il nous apprit alors le mot magique, le mot qui changea ma vie, la procrastination. Merci encore monsieur L., merci. « Remettre au lendemain » (la vox populi rajoutera « ce que l’on peut faire le jour même », dénaturant quelque peu la portée métaphysique du message). Pro cras, pour demain. Il existait un mot de la langue française qui signifiait « remettre à demain » ! J’en ai souillé mon slip (pardon pour cette vulgarité, de « vulgus,a, um » = ordinaire, mais le caleçon n’était pas encore à la mode).

J’aime tellement ce mot et ce qu’il induit, que j’en ai fait mon credo. Je l’ai même un peu amélioré à ma sauce. Ma bannière :  » Remets au surlendemain ce que tu pouvais faire l’avant-veille ». Je ne vous cache pas que cette maxime ne simplifie pas forcément la vie.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29