De son vivant

Pierre Desproges a dit un jour : « J’aimais beaucoup Serge Gainsbourg de son vivant. Aujourd’hui, cet homme est malade, il faut qu’il se soigne ».

Desproges est mort avant Gainsbourg (d’un cancer, bien qu’il fût contre).

Je me permets de paraphraser Desproges en disant que j’aimais beaucoup Renaud de son vivant. Son décès prématuré au milieu des années quatre-vingt-dix m’a beaucoup affecté. Je le considérais alors comme le plus grand parolier de l’histoire de la chanson francophone et assurément comme l’un des dix plus grands poètes de la littérature mondiale de tous les temps.

Outre les deux albums « Morgane de toi » et « Mistral gagnant » qui regorgent de petits bijoux tels que « Deuxième génération », « En cloque », « P’tite conne », « La pêche à la ligne » ou « Fatigué », il est l’auteur de deux disques légèrement moins connus que sont « Marchand de cailloux » et « Putain de camion », ce dernier opus étant un peu considéré comme une oeuvre maudite. Ces deux créations font mon régal. Des chansons comme « L’aquarium », « Les dimanches à la con », « 500 connards sur la ligne de départ », « Jonathan », « Il pleut » ou « Me jette pas » sont des monuments de la langue française qui remisent les Brassens et autre Ferré aux oubliettes de la chansonnette engagée.

Son dernier album, « A la belle de mai », s’il annonce déjà le déclin de l’homme, il contient peut-être ses plus beaux titres. « Le petit chat est mort », « C’est quand qu’on va où » et « Son bleu » sont de pures merveilles. Au crépuscule de sa vie d’artiste, Renaud écrira celle qui pour moi détient la palme de la chanson parfaite. Elle s’appelle « Le sirop de la rue ». La mélodie est travaillée, le thème de l’enfance nostalgique mais non larmoyante est très juste, et surtout c’est la preuve, s’il en était besoin, que Renaud est un poète digne de Villon ou de Rimbaud. Il produit, dans cette chanson, le plus bel enjambement qu’il m’ait été donné de croiser dans mes lectures compulsives.

Renaud est mort au milieu des années quatre-vingt-dix et un imposteur a continué son oeuvre en sortant quelques albums aussi mauvais les uns que les autres, avec une voix chevrotante pathétique plaquée sur des textes plats, indignes de l’immense artiste qu’il était. C’est dégueulasse.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

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