Les Langues O (riginales)

Pauvres de vous, cher lectorat attentif, hier en parlant du mot « beurette », j’ai retrouvé mon bâton pédagogique. Je me suis souvenu d’un cours, hors-programme, que je dispensais parfois, dans une autre vie.

(petit aparté : j’ai commis un essai pédagogico-humoristique intitulé « Deux ou trois choses que je sais d’elle. Ou. Education nationale mon amour », qui relate mon expérience en tant qu’enseignant professionnel salarié. Si vous désirez avoir accès à cet ouvrage non-publié, tu m’étonnes, et par conséquent introuvable, veuillez vous manifester ; à partir de vingt demandes, je vous l’offre ici-même ; ne me remerciez pas)

Combien de langues parlez-vous couramment ?

Un jour, peut-être, vous raconterai-je que sans le savoir (parce que en vrai, on s’en tape complet), vous utilisez une bonne trentaine de langues vivantes dans vos propos quotidiens (anglais, espagnol, russe, allemand, mais aussi inuit, australien aborigène, amérindien, sanscrit…)

Mais, savez-vous que vous utilisez aussi des langues communautaires, endémiques, générationnelles ?

Il en existe des dizaines, et je ne suis absolument pas un spécialiste des idiomes particuliers. Cependant, au cours de mes (trop) longues années d’expérience, j’ai croisé des langages assez cocasses (n’hésitez pas à compléter mes connaissances lacunaires). Il est intéressant de noter que l’invention de ces différentes langues relève du même principe : la volonté de s’exprimer entre personnes d’un groupe donné sans que les non-initiés puissent suivre la conversation. Raison pour laquelle, ces langues ne s’embarrassent que très rarement d’une grammaire originale.

A tout seigneur tout honneur, le verlan. Ok, tout le monde connait le verlan, langage révolutionnaire apparu dans les années soixante-dix (voire un peu avant) pour permettre aux jeunes de s’exprimer devant leurs parents sans que ces derniers puissent comprendre leur progéniture. Le verlan est une langue exclusivement lexicale qui consiste en un inversement de syllabes à l’intérieur d’un même mot (avouez que vous apprenez des trucs incroyables, le soir, vautré sur votre canapé, quand vous dégustez votre chronique quotidienne). A ses débuts, le verlan était un procédé immuable dans lequel les mots de tous les jours se voyaient bousculer. Pour ainsi dire, seuls les mots de deux syllabes permettaient ce jeu de langue : métro –> tromé, pétard –> tarpé, chopé –> pécho etc… Puis, les génération successives ont amélioré le verlan en adaptant le principe aux mots d’une seule syllabe : flic –> keuf, fête –> teuf, femme –> meuf, fève –> veuf (c’était pour voir si vous suiviez). Si vous avez plus de quarante ans et des ados à la maison, dites-leur que les meufs et les keums sont des inventions de leurs grands-parents, têtes d’ahuris garanties. Un peu de nostalgie. Vous souvenez-vous de cette publicité improbable dans les années quatre-vingt qui mettait en scène deux petits cons à un guichet de la senecefe, et qui s’exprimaient en verlan persuadés que le préposé ne les comprendrait pas. Non, seulement celui-ci pigeait très bien leur verlan, mais il leur répondait que leur demande était « blessipo ». Aux dernières nouvelles, le publicitaire responsable de ce spot n’a plus jamais travaillé.

L’argot. Vous vous dites, si si je le sais, que cette chronique sent un peu le renfermé, que vous savez très bien ce qu’est l’argot (Key Largo ?), que vous allez vous coucher et que vous ne viendrez plus perdre votre temps sur ce blog qui certes a connu des heures de gloire, la semaine dernière, mais qui manque un peu de fantaisie ces temps-ci. Et vous m’en voyez navré. Pourtant, je vous répondrai, que nenni. Vous êtes très peu, statistiquement, vu le nombre de vues, croissant mais toujours un peu léger, mais aussi culturellement, à savoir ce qu’est l’argot. Ok, puisque vous êtes si sûr de vous, je vous écoute. Hum. Moui. Non. Non pas du tout. Vous voyez, j’avais raison. Vous confondez l’argot avec le langage vulgaire à base de putain, de merde et d’enculé. L’argot a été créé par les voyous parisiens dans les années 10/20 du 20è siècle, de manière à pouvoir s’exprimer entre eux même en présence de la police. Cette langue était quasiment exclusivement orale, et pour cause, à ma connaissance Auguste Lebreton est le seul écrivain à rendre justice à l’argot (et non San Antonio n’a rien à voir avec l’argot, Dard invente sa propre langue), avec un soupçon d’Audiard père sans doute. Très peu de mots ou expressions sont toujours en usage aujourd’hui, bizarrement, l’argot peut être considéré comme une langue morte. Quelques exemples : arsouille = voyou (et non pas alcoolique, même l’argot connait des glissements lexicaux), perdreau = policier, surin = couteau à cran d’arrêt, aller aux asperges = tapiner (ou relever les compteurs), relever les compteurs = récolter l’argent des prostituées, un julot-casse-croute = un proxénète, une boutonnière = un coup de couteau, l’artiche = l’argent, le baveux = l’avocat (ou le journaliste) etc. Vous noterez que tous ces mots tendent vers le même art de vivre. Il n’existe pas de mot d’argot pour dire « dentelle de Calais » ou  » chasse à courre ».

Le louchébem. A peu près à l’époque à laquelle les voyous créaient l’argot, de nombreuses professions imaginaient leur propre langue. Le louchébem est la langue des bouchers. Pour la comprendre, il suffit de savoir que « boucher » se dit « louchébem » en louchébem. Amusez-vous à décrypter : lavettebem, lournajem, lainpem.

Le javanais. Rien à voir avec l’île de Java. Cette langue connaîtrait ses origines dans la communauté hippie des années cinquante/soixante. Pour la comprendre, il suffit de savoir que « javanais » se dit « jafavafanaisfais » en javanais.

Nonfon, maisfais séférieufieusefementfent.

Gifnem29

 

9 commentaires sur “Les Langues O (riginales)

    1. Vous avez perdu un comte ? C’est dingue ça ! Un jour, j’ai perdu un baron d’agneau. Un comté ! Vous avez perdu un comté ! Je comprends mieux. C’est tout de même bizarre de perdre un fromage non ? Par ailleurs, voilà deux ans que je vous attends sur Simplement pro, c’est long.

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      1. Vous avez sucré toutes les autres demandes de « Deux ou trois choses que je sais d’elle. Ou. Education nationale mon amour ». Je voulais arriver à 20, mais vous trichez, palsambleu.
        Oui, j’ai perdu un comte, et alors? J’ai le droit de perdre les affaires que je veux, nom d’un petit bonhomme.
        Sinon, simplement pro. Je n’y suis plus retourné.

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      2. Vous pourriez svp, juste pour vous abonné à mes SP et laisser un commentaire élogieux sur votre lecture (j’aime les éloges), et puis, je vous ai invité à lire mon 2è roman.

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