Les temps modernes

Il existe une théorie que je kiffe grave (j’utilise un langage de djeun’s car je suis très suivi par les 15/24 ans), c’est celle dite de « l’instant moderne ».

Cette théorie consiste à affirmer que chaque seconde qui passe depuis que l’homme est présent sur la Terre est la plus moderne de l’histoire de l’humanité. Concrètement la seconde que vous vivez là, en ce moment, cher lectorat attentif, est la seconde la plus moderne de l’histoire de l’humanité. Certes, le mot moderne peut prêter à discussion. Partons du principe qu’il s’agit du mot adéquat pour couper court à toutes les polémiques (Victor ?).

Cette fameuse seconde que vous vivez en lisant cette superbe chronique est aussi éphémère qu’à la pointe de la technologie. Quelque part dans le monde, quelqu’un met au point quelque chose qui n’existait pas la seconde précédente. Ok, je simplifie un peu, mais globalement, c’est l’idée.

Plus clair, peut-être, imaginez votre aïeul(e) né(e) au début du 20è siècle. Son enfance se passe à la campagne auprès de paysans qui moissonnent à la main, rentrent chez eux à pied et n’ont jamais voyagé au-delà de la ville voisine pour acheter une vache. Lors de ses vieux jours, tous les paysans sont morts. Nan, je déconne, il en reste deux qui moissonnent avec des engins spatiaux, qui rentrent chez eux en 4X4 japonais et qui passent des vacances aux Seychelles tous les deux ans (parce qu’une année sur deux il faut se fader la belle-doche à Coutainville dans la Manche, mais il faut bien reconnaître que comme on y va au mois d’août, il fait super beau, pas trop chaud et que les moustiques normands ne combattent pas dans la même catégorie que leurs cousins de l’Océan Indien). Votre ancêtre a vu défiler de très nombreuses innovations technologiques qui n’existaient pas dans sa jeunesse.

Vous n’êtes pas convaincus, je le sens bien. Peu importe, prenons un autre exemple. Momo Sapiens est un hominidé qui a vécu il y a fort fort lointain. Vous accepterez aisément de dire que monsieur Sapiens n’a pas connu tout le confort moderne. Et c’est là que vous vous trompez. Quand Momo dégustait une cuisse d’antilope carbonisée car cette gourde de Gisèle avait mal réglé le thermostat du feu alors qu’il suffit juste de déplacer une pierre pour baisser la flamme, après avoir été coursé par un tigre aux dents de sabre heureusement tombé dans le piège hérissé de piques inventé par Jean-Claude la semaine dernière sinon c’est lui, Momo, qui aurait servi de dîner au fauve comme la petite Berthe la veille, d’ailleurs Jean-Claude travaillait à améliorer son piège pour moins abimer la fourrure afin d’en concevoir des machins qu’on pourrait se mettre sur le dos lorsqu’il neige, ainsi on se pèlerait moins le cul, alors Berthe a voulu ramasser des myrtilles pour les faire cuire dans une calebasse, cette sotte pensait inventer la confiture alors qu’il faut attendre quelques milliers d’années pour que Bonne Maman oublie des fraises au fond d’une cuve de cuivre qu’elle y fasse tomber du sucre et, bon vous connaissez la suite. Donc le tigre a bouffé Berthe, le lendemain il est tombé dans le piège, le jour suivant Momo ouvrait la première boutique de fourrures juste à côté de chez lui, sur le sentier. Alors, ce n’est pas de la modernité cela ?

Et ce qui est bien c’est que ça marche à toutes les époques. Regardez Jéhan, balayeur au 9è siècle. Il est appuyé nonchalamment sur son outil de travail. Il tire au flanc ? Non, il s’extasie. La semaine dernière, les cantonniers ont refait la rue et l’un deux, un certain Jean-Claude, a eu l’idée farfelue de créer une rigole au centre de la rue, car il trouvait que c’était plus joli. Tous ses potes se sont foutus de sa gueule et il a même été viré de son boulot après que le bourreau du village lui a coupé la main. Son beau-frère riait tellement qu’il est mort étouffé, d’ailleurs il serait temps que la famille récupère le cadavre, il bloque le passage de la procession. Jéhan n’en revient pas. Jean-Claude, sans le faire exprès, lui a considérablement simplifié la tâche. Il lui suffit de pousser la merde avec son balai, et, comme la rue est en pente douce, les excréments s’évacuent tout seuls. Bon, pour l’instant ils finissent leur course dans le lavoir, mais franchement, c’est un progrès.

Au 18è siècle, un dénommé Jean-Claude, descendant du Jean-Claude de la préhistoire, mais pas du Jean-Claude du 9è siècle, assistait à une exécution publique. Monsieur Guillotin venait tout juste d’importer d’Allemagne une nouvelle machine pour soulager le travail du bourreau qui souffrait d’un lumbago tenace à force de soulever cette hache trop lourde. L’engin consistait en une sorte de fenêtre à l’intérieur de laquelle une lame lestée coulissait pour venir trancher le cou du supplicié bien proprement. Un sacré progrès. Sauf que Jean-Claude a tout de suite décelé un petit dysfonctionnement. Alors il a pris rendez-vous avec monsieur Guillotin et il lui a conseillé de biseauter la lame de façon à gagner en efficacité. Jean-Claude fut ravi que son conseil ait été adopté quand son cou fut impeccablement sectionné en 1792. Il avait misé sur le mauvais cheval.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

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