Kusturica’s friends

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

(attention chronique naïve)

Je ne comprends pas pourquoi les êtres humains se détestent. Enfin si, c’est plus compliqué que cela. Je comprends parfaitement qu’on déteste son voisin. Par exemple, le mien est con comme une bûche. Il n’arrête pas de me briser les noix pour que je coupe un arbre qui lui fait de l’ombre. Quand je pense que ma mère, paix à son âme (elle n’est pas morte, j’anticipe c’est tout), lui a permis de construire sa baraque toute pourrie à moins de cinq mètres de la limite de propriété pour qu’il puisse profiter davantage de je ne sais quoi. Sans passer chez le notaire, juste en se crachant dans la main, mais c’était avant la pandémie, donc tout va bien.

Je comprends aussi qu’on déteste les assureurs. En février, après une tempête, mon toit a à moitié foutu le camp. Bon, juste une partie de bardage. J’ai une assurance habitation. Vérifications faites, les dégâts sur le toit étaient couverts. Je me présente donc chez l’assureur qui me reçoit très gentiment. Je lui expose le problème et il me propose de venir faire les photos lui-même pour constituer un dossier. Sympa. Comme convenu, quelques jours plus tard, je lui présente deux ou trois devis. Il se transforme en troll hideux et me hurle qu’il n’est pas un pigeon qui va me payer ma toiture. Je garde mon sang-froid bien que l’envie me titille de lui tordre le kiki et lui rétorque que je n’exige rien, que je lui présente les devis, que c’est lui l’assureur. Connard.

On peut aussi détester son garagiste, sa belle-mère, les hommes politiques, les chanteuses dont les noms se ressemblent, les comiques pas marrants etc…

Il arrive même que votre voisin ou votre assureur soit noir, arabe, gitan ou les trois à la fois, et rien ne l’empêche d’être un enfoiré.

Cependant, il est extrêmement rare, voire jamais vu, qu’une catégorie humaine liée à ses origines géographiques ou à sa couleur de peau soit intégralement composée de débiles profonds. Je rappelle, à toutes fins utiles, que les êtres humains proviennent tous de la même souche, même si la souche change de place tous les dix ans, car les archéologues veulent être les nouvelles rock-stars, et que selon toute vraisemblance, notre peau était très brune après la chute des poils.

Un peuple attire particulièrement une haine larvée. Une haine ordinaire. Une haine presque normale. Les Gitans. Je ne sais pas très bien quel est le nom générique le plus approprié. Tziganes ? Gens du voyage ? Peu importe, ce sont des personnes. Pour ceux d’entre vous qui ont zappé les cours d’histoire (qui eux-mêmes zappent souvent certains aspects de la 2nde guerre mondiale), il n’est pas inutile de rappeler que les Gitans furent déportés en masse lors de la solution finale.

Les hasards de la vie font que je connais, un peu, les Gitans. Mais pas plus que beaucoup de gens. C’est juste que ma famille trouve ses racines dans une ville de centre Bretagne dans laquelle de nombreux Forains (je vous assure que sous ma plume ce n’est pas péjoratif, c’est ainsi qu’on disait à Carhaix ; d’ailleurs, mes grands-parents étaient forains à leur manière, et même moi, un soupçon ; je vous narrerai cela une autre fois), avaient choisi de se sédentariser. Outre le fait qu’ils portaient tous le même nom, ils étaient parfaitement intégrés. Pourtant ceux qui connaissent le centre Bretagne savent que ce n’est pas l’ONU. L’étranger est forcément louche et donc mal vu. Les Gitans n’étaient pas des étrangers, bizarrement, et notamment parce qu’ils étaient de fervents catholiques pratiquants et possédaient les plus belles tombes du cimetière. Personne n’est parfait.

Gamin, j’habitais une autre ville qui, à l’instar de nombreuses municipalités, avait aménagé un endroit destiné à accueillir les Gitans nomades, quelques mois d’hiver. Ce n’était pas le grand luxe, c’est vrai, mais ils disposaient de branchements électriques, de l’eau et d’un bâtiment sanitaire. Ce dernier était refait à neuf tous les ans car, ces chenapans démontaient tout ce qu’ils pouvaient avant de partir vers d’autres aventures. Voilà, vous vous dites, là il s’est dévoilé. En réalité, ce que je vous raconte est rigoureusement exact, mais je peux rajouter que les anciens de la communauté venaient toujours présenter des excuses à la mairie. Malgré leurs efforts, ils éprouvaient beaucoup de difficultés à maîtriser leurs jeunes turbulents. Ces anciens fréquentaient un bistrot un peu éloigné du centre, dans lequel je passais, à l’occasion, m’humecter le gosier. Un jour, je remarquais tout un groupe agglutiné autour d’une table sur laquelle trônait une marmite fumante. Comme je les saluais, ils me proposèrent de me joindre à eux. C’est ainsi que j’ai mangé du hérisson. Je les trouve très mignons les hérissons. Comme les veaux, les agneaux, les lapinoux et les cochonnets. Et c’est bon aussi.

Les gens ne détestent pas les Gitans parce qu’ils dérobent, parfois, deux robinets en laiton et une cuvette de chiotte. Ils les détestent parce qu’ils ne les connaissent pas (je vous avais prévenus de la naïveté de cette chronique). Moi, je les connais un peu. Ils ne dérogent pas à la règle des 15%. 15% de connards dans n’importe quel groupe humain. Cela laisse 85% d’êtres humains avec qualités et défauts. Comme les voisins et les assureurs.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

2 commentaires sur “Kusturica’s friends

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