De son vivant

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

J’ai adoré Renaud, de son vivant. Depuis son décès, je l’aime beaucoup moins. Surtout, je déteste ces gens qui l’exhibent comme une bête curieuse. Ce n’est pas un jouet merde !

Renaud est le plus grand parolier de l’histoire de la chanson française, je ne veux rien savoir. Il a écrit la pus belle chanson sur l’enfance, « Le sirop de la rue » (avec le plus bel enjambement de l’histoire des enjambements), sur les ravages de la drogue, « P’tite conne », sur la grossesse, « En cloque », sur un sujet extrêmement touchy que je vous laisse le soin de deviner, « Le petit chat est mort » (et ce petit air d’accordéon qui m’émeut à chaque fois), sur les jeunes de banlieue, « Deuxième génération », sur une certaine vie quotidienne, « La mère à Titi », sur une épreuve sportive inutile, « 500 connards sur la ligne de départ »… Je pourrais continuer longtemps ainsi. Tout est bon dans le Renaud jusqu’à l’album « A la belle de mai », inclus. Ensuite…

Ensuite Renaud est mort, et c’est très triste. Tout le monde du spectacle s’est enthousiasmé sur son premier album posthume, « Boucan d’enfer », nombreuses récompenses à la clé. Pourtant, ce disque est très mauvais. Je l’ai acheté, mais pas les suivants. Pour moi, ils n’existent pas.

Ce soir, je regarde tout un tas de bons chanteurs rendre hommage à une momie. Sa moue, ses tremblements, ses gestes malhabiles, sa silhouette me font de la peine. Je vais être honnête, sa voix me surprend, elle a été bien pire. J’ai observé attentivement les mouvements de ses lèvres, persuadé qu’ils avaient trafiqué le son pour l’occasion. Il ne me semble pas. Sa version de la chanson de Bourvil est même une réussite, selon moi. Mais son image est catastrophique.

Malgré tout, sincèrement, je crois que c’est une erreur, de la part de son entourage, d’accepter ce genre d’événement. Le mot qui me vient à l’esprit est « pathétique », mais ce n’est pas le terme juste. Je devrais dire… Je devrais, peut-être, fermer ma gueule. Au fond, Renaud ne mérite pas cela. Il a combattu des démons, et ses millions n’y ont rien changé. Il intègre la lignée des poètes maudits, trop sensibles pour supporter le monde qui les entoure.

Lolita est rayonnante aux côtés de son père.

Renaud a écrit parmi les plus belles pages de la poésie française, je ne veux rien savoir. Et sans lui, le bandana rouge, ce serait juste moche.

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29

12 commentaires sur “De son vivant

  1. J’ai eu la même impression que vous. Renaud m’a fait beaucoup de peine. Ce regard vide et cette apathie… je ne trouve pas les mots mais j’étais mal à l’aise. Il ne semble reprendre un peu de vie que lorsqu’il chante ou regarde sa fille.

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