Néant maritime

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, ce soir, je n’ai rien à raconter.

Et lorsque je n’ai rien à dire, je me tais.

C’est vrai, voilà 767 jours que je ponds un ou deux billets, tous les jours. Même si je suis malade, même si je suis triste, même si je n’ai pas envie.

Donc, ce soir, motus.

Je ne déteste rien de plus que les gens qui parlent pour ne rien dire. Qui parlent pour combler le silence. J’adore le silence. Alors quand quelqu’un rompt le silence pour raconter des trucs sans intérêt, j’ai envie de l’étrangler. Le nombre de personnes capables de débiter des paroles sans l’once d’intérêt à longueur de journée me rend fou. J’ai déjà mis fin à une histoire sentimentale car la jeune femme commençait à parler au réveil et s’arrêtait en s’endormant, le soir. Et encore, elle causait dans son sommeil.

Il m’arrive de passer des journées entières, voire deux ou trois jours d’affilée sans adresser la parole à quiconque (sauf aux commerçants). Pour certains humains, c’est synonyme de désespoir. Pas pour moi. Pendant vingt-cinq ans, mon métier consistait à dégoiser toute la journée. Je repose donc mes cordes vocales. Ce qui est étrange quand on parle peu, c’est que, lorsque l’occasion de raconter quelque chose se présente, on ne peut plus s’arrêter. C’est assez paradoxal, je trouve.

Je l’ai déjà écrit ici, mais mon rêve, pour gagner des sous et, ainsi, faire plaisir à la dame de PE, serait d’être gardien de phare en pleine mer. Un message radio chaque soir, et le silence tout le reste du temps. Le bonheur. Bon, avec une bonne connexion internet, tout de même, pour vous raconter ma vie au large.

18 décembre 2022

La mer est démontée, c’est magnifique. Les vagues viennent se briser sur les fondations du phare au rythme d’une toutes les trente-sept secondes. Mon repas de ce soir s’est échoué sur le rebord de la fenêtre. Un bar de cinq bonnes livres. J’attends les pommes de terre. Ce matin, Sigourney est venue me rendre visite. Elle m’a encore supplié de l’accompagner dans l’onde. J’ai beau lui expliquer que je suis nul en apnée, la sirène ne veut rien entendre. J’ai terminé de lire les œuvres complètes de Michel Onfray. J’ai tout de suite appelé le Guiness Book qui a refusé de me croire m’affirmant que certaines choses sont vraiment impossibles. J’ai accepté de remplacer Gurwan pendant la période de fête, à condition que la compagnie me livre du chocolat saveur thé à la bergamote et de la moutarde ultra-forte. J’ai battu mon record de montée des 387 marches. 12 fois. Ma glycémie m’a félicité. Demain, je me mets au kite-surf.

Allez, bon vent !

Non, mais sérieusement.

© Gifnem29 – décembre 2022

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25 commentaires sur “Néant maritime

  1. « Oh Eh ! Eh oooooohhh, le sportif de l’escalier! Pourriez pas vous faire un plat de coquillages et m’en jeter un petit en com.? J’voudrais pas devoir quitter votre îlot faute de bon coin où me bercer au gré des flots bretons. » Signé : une Saint-Bernarde du web qui écoute votre radio.

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      1. Vous m’inquiétez. Que comprenez-vous donc à part l’image d’un animal qui reste chez lui? N’imaginez rien d’autre. Ma pensée est métaphorique, absolument sans aucune arrière-pensée. Tenez… Effacez donc absolument tous mes commentaires chez vous. Je suis vexée de ne pas comprendre. Adieu.

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      2. Ah. Alors me voici dévexée de ne pas avoir su faire de jeu de mots clair. Je manie mal la proxémie. J’allais bouder jusqu’à l’année prochaine et vous faire cadeau d’un grand silence ( et ça m’aurait coûté cher, croyez-moi ?). Je reprends mon bernard-l’ermite et mon Saint-Bernard… Et je reprendrai le bac vers vous, plus tard, sans eux… Quand j’aurai surmonté l’émotion que vous venez de me donner là ! Faut que je me recueille en moi-même après tant de tendresse. J’ai pas l’habitude avec mon gardien de phare à domicile !

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  2. j’avoue que vous m’impressionnez énormément de trouver des sujets aussi divers tous les jours et de lire autant. Un phare… avez vous lu « une vie entre deux océans » ? un roman plein de sentiments mais qui vaut par la description de la vie sur un phare en… 1920. et bravo pour les montées des marches. Bon repos ce jour

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  3. Vivre dans un phare…. J’avais vu au cinéma (c’était avant l’épidémie de Covid) « The Lighthouse », un film sur fond d’alcoolisme chronique et d’hallucinations des gardiens d’un phare… Je n’avais pas du tout « accroché » avec ce film mais je m’en souviens encore. Des sensations très déplaisantes me reviennent !…

    Et je suis tout à fait d’accord avec Marina : même lorque vous n’avez rien à dire, c’est très bien ! 🙂
    Votre texte est beaucoup plus plaisant que le film « The Lighthouse » ! 🙂

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  4. Je ne supporte pas qu’on me parle le matin. Le matin, c’est sacré. J’avais fort heureusement un collègue merveilleux qui écartait toute visite dans mon bureau avant 10h. Pour les autres et suivants, j’ai appris à fermer les écoutilles.
    Une chance, Poupou parle peu, à part quand il a faim ou besoin d’un câlin.

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