Bizutage

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Vous avez peut-être vu ces images édifiantes du bizutage d’un jeune policier par ses collègues. Le jeune homme, noir, était menotté à une grille et recouvert de farine. Je peux (presque) comprendre que les flics, comme tout un chacun, éprouvent le besoin de se détendre, même aux dépends d’un tiers, personne n’est jamais mort attaché à un portail et recouvert de farine. Quoique. Ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est la raison qui les a poussés à commettre leur forfait potache sur la voie publique, ou, en tous cas, dans un endroit visible du premier badaud égaré et muni d’un smartphone. Après, ils vont se plaindre d’être associés aux pires des abrutis.

Je me souviens d’un fait-divers tragique qui eut lieu dans un internat breton quand j’étais gosse. La tradition d’accueil des nouveaux arrivants dans cet établissement consistait en l’épreuve dite du sandwich. La victime était coincée entre deux matelas proprement ficelés l’un à l’autre, puis le tout, le « sandwich », était propulsé par la fenêtre du premier étage. La victime était bonne pour une grosse frousse, voire un pantalon fichu. Sauf qu’un jour, quelqu’un eut l’excellente idée de monter d’un étage. Fut-ce l’ivresse des sommets ou celle de la bière bon marché, quoi qu’il en soit le jambon arriva à destination un quart de seconde avant les tranches de pain. Une mauvaise manœuvre nodulaire ? Un excès de sueur ? Qui sait ? Le garçon glissa de la gangue et s’écrasa la tête sur le macadam irrégulier de la cour de récréation. Mort sur le coup. Quel maladroit !

Mon oncle architecte m’a raconté le bizutage en vogue en archi dans les années cinquante. Les anciens associaient les nouveaux deux par deux, une femme et un homme, les obligeaient à se dévêtir, et les recouvraient de la tête aux pieds de peinture bleue pour l’un, jaune pour l’autre. Puis ils les enfermaient dans une pièce de laquelle ils n’avaient le droit de sortir qu’une fois devenus tout vert. Ensuite, ils les embarquaient dans une camionnette, toujours nus et verts et les larguaient dans le centre de Paris (que certains provinciaux comme mon oncle n’avaient jamais arpenté). Leur mission était de rentrer à l’école, à pied, en demandant leur chemin dans les bistrots. Ils devaient, en outre, écluser toutes les consommations à portée de main sans débourser de l’argent (qu’ils n’avaient pas puisqu’ils étaient nus). Ah, on savait rigoler à l’époque !

Je n’ai jamais été bizuté (je n’ai même pas été tripoté par les curés, c’est limite vexant). Lorsque j’étais étudiant, nous enviions presque les médic’ qui subissaient l’épreuve du tunnel. Un passage souterrain reliait la fac de médecine à l’hôpital de Brest. Les premières années, nues elles aussi, pour s’accorder les faveurs des anciens, traversaient  le fameux tunnel dont le sol était jonché de déchets organiques dont je ne veux pas connaître la provenance. Ceux qui échouaient devenaient les esclaves des vainqueurs pendant toute l’année. Quelle bonne rigolade !

Le bizutage est nécessaire selon certains. Il permet d’endurcir celle ou celui qui va étudier comme un chien avant de passer sa vie dans une profession exigeante, morbide. Personnellement, je n’y vois qu’un aspect du sadisme humain. Humilier son prochain est jouissif semble-t-il. Bien. J’attends que quelqu’un m’en apporte la preuve. Croyez-moi, ce n’est pas gagné.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

13 commentaires sur “Bizutage

      1. Non, vous ne vous abusez pas (bien que l’on ne soit jamais aussi bien abusé que par soi-même).
        Je connais les guerres de l’étoile, mais j’avoue que je n’ai jamais vu.

        J’aime

  1. Le bizutage… Je n’ai pas fait d’études qui méritaient, si j’ose l’écrire, cette entrée en « matières » que je trouve à bien des égards dénués de toute raison. Mais le propre de nous autres n’est-il pas la déraison. Me voilà sauf. Pas d’expérience à mon compteur, mais (étant né au quaternaire) une année de bon service militaire à ramper dans la boue et l’idiotie autoritaire pourrait-elle rivaliser ? En temps et en heures peut-être… Qui tiendrait un bizutage de 12 mois ?
    En tous cas bravo pour cet article à nouveau parfaitement senti. J’avoue que vous me régalez.
    JPT

    J’aime

  2. Bonjour,
    Tout ce que tu décris, ces bizutages, quelle horreur..
    Je n’ai par chance jamais vécu cela, et j’espère que mes filles ne vivront jamais cela
    L’espèce humaine est parfois si méprisable.
    Bonne journée à toi et merci pour cet article, je ne connaissais pas cette histoire avec des policiers qui font ce genre de « connerie ». Qu’est ce qu’il faut être con !
    Non mais sérieusement…

    Aimé par 1 personne

  3. Bon hé bien moi je n’ai pas pu m’empêcher d’éclater de rire au bizutage du « sandwich ». J’avoue que ce n’est pas l’atterrissage du jambon dans sa réalité qui a retenu mon attention, non ça c’est terrible, mais plutôt la narration que tu en fais.
    Rire est mon sport préféré et sans doute pour cela que je ressens un certain manque en la matière. Aussi quand ça m’arrive, je le fais savoir !
    Au final je pense que l’on peut rire de tout. Vraiment de tout mais avec le savoir-faire, et là, ce n’est pas donné à tout le monde !

    Aimé par 1 personne

  4. policiers qui ont agi de la sorte ont agi comme des c… finis sans cervelle.
    Comme beaucoup de bizutages prenaient des tournures indignes d’un être humain et que ces bizutages étaient humiliants voire parfois dangereux, heureusement, il a été de bon ton de les déclarer hors la loi même si ces bizutages avaient soit disant pour but de forger le caractère des étudiants ou de permettre à des étudiants d »intégrer une communauté ou une corporation.
    Personnellement, j’ai été bizuté en fac de Droit : avec une trentaine d’autres étudiants, je me suis retrouvé nu et on m’a passé un pénis au cirage noir, une bonne couche en plus.
    Ensuite on nous a emmené dans le centre de la ville où j’étudiais et que je ne connaissais que très Peu : Rennes. Nous avons dû, comme ces étudiants peints, demander notre chemin dans des cafés en consommant. Heureusement, nous avons fait rire patrons et clients et avons consommé chaud et froid gratis !
    Si sur le coup, je n’en menais pas large et avais une légère honte, avec le recul, j’en rigole

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s