Titine

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me décide.

Voilà un certain temps que j’ai envie de vous parler de Titine.

Je l’ai rencontrée au milieu des années soixante-dix, lorsqu’elle est entrée dans ma famille.

Tout d’abord, elle a accompagné ma mère dans ses tournées d’infirmière libérale. Elle était jeune, fougueuse, énergique. Elle ne la quittait plus. Mais l’intensité du boulot l’a fatiguée avant l’heure. Il fallait qu’elle souffle. Mon père était malade et sans emploi, il avait tout le temps de prendre soin d’elle, à un rythme moins soutenu. Puis il est disparu. Ma sœur ainée s’est dévouée, puis ma sœur cadette. Enfin moi.

J’avais à peine dix-huit ans, c’était une grande responsabilité. Pourtant, j’ai assumé. J’ai fait tout mon possible, mais sa santé s’est dégradée assez rapidement. Très vite, elle a eu du mal à assimiler son alimentation en lipides, puis sa motricité a failli, enfin la paralysie l’a saisie.

Nous l’avons cédée à un voisin, bien décidé à tout faire pour lui rendre le goût de vivre. Sans succès.

4918 RN 29. Titine était une Golf de première génération. Et ma première voiture. Quand j’en ai hérité, elle avait déjà connu quatre chauffeurs dont deux débutants. Elle était déjà fragile. La boite grinçait. La carrosserie ressemblait au pelage d’un léopard ayant perdu un duel pour une femelle. Elle mangeait plus d’huile que d’essence. Et, cocasse, parfois, elle refusait de s’arrêter. J’avais beau couper le contact, le moteur continuait à tourner.

J’ai fait de nombreuses rencontres avec Titine. Le cul d’une R5. Un poteau téléphonique en béton (en marche arrière). Un fossé (qui a traversé la route).

Lorsqu’elle a rendu l’âme, une de mes connaissances, pas la plus honnête, m’a proposé 500 francs pour l’épave. Il avait pour but de la « maquiller » en GTI et de la revendre à un gogo. Tâche impossible pour un bras cassé comme lui. J’ai longtemps aperçu la carcasse de Titine dans son jardin. Je n’ai jamais vu la couleur du Pascal.

J’ai souvent essayé de remplacer Titine. Mais je n’ai jamais retrouvé des sièges si défoncés, des ceintures si récalcitrantes, un volant si décalé, un frein à main si fragile, une direction non-assistée. J’ai dû me contenter de véhicules modernes.

RIP Titine.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

8 commentaires sur “Titine

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