Laboratoire

Je ne sais pas vous, cher lectorat attentif, mais moi, parfois, je me demande.

Depuis quelque temps, je m’interroge sur ma vie. Je m’introspecte. Et comme vous êtes accros à mes élucubrations, je ne vois pas pourquoi je ne vous ferais pas partager mon autoanalyse. Alors installez-vous confortablement, comme d’habitude préparez-vous un chat et caressez votre tisane sur vos genoux.

Je possède 20256 jours (sans compter les années bisexuelles, c’est trop compliqué) et à peu près autant de nuits. Je suis célibataire sans enfant(s) reconnu(s). Je sais, c’est louche. Ce que je me propose d’explorer, en votre compagnie, c’est mon autre vie, la virtuelle, celle qui commence le 12 juillet 1996.

C’est le jour de mon mariage. 177 personnes. Un traiteur spécialisé en kig-a-farz. Un lieu en bord de mer qui permet de coucher tout le monde. Car la noce c’est bien, mais le retour, c’est mieux. Tout le monde sont là. Même les morts.

Mon épouse et moi sommes fous amoureux. Dès le lendemain des libations, nous nous envolons pour Ouessant, la destination de notre voyage de noces payé par la générosité de nos invités, essentiellement des Léonards, ce qui explique que Tahiti soit hors budget, bien que Tonton Marcel ait versé 18 francs et un bouton de culotte. Ensuite, nous emménageons dans un F2 spacieux avec vue sur l’Arsenal de Brest. De toute beauté. Eustache nait exactement un an après notre mariage, le 12 juillet 1997. Heureux présage. Encore une année et Gertrude fait son apparition le 12 juillet 1998, vers 23 heures. Je ne suis pas à l’hôpital, je suis bourré, comme tout le monde, pour fêter le titre de champion du monde. Premier faux pas. Premier nuage.

Le F2 est trop petit pour nous quatre. Les loyers grimpent en flèche dans la ville la plus prisée de France (c’est une fiction hein !). Nous devons déménager. Loin. Trop loin pour que nous gardions tous les deux notre boulot en ville car nous n’avons pas les moyens d’acquérir un second véhicule. Mon épouse se sacrifie et abandonne son poste à l’hôpital. Elle élèvera nos enfants alors que moi je continuerai à enseigner à ceux des autres. Deuxième nuage. Un cumulonimbus.

Le boulot, la route, ma maîtresse, je ne vois pas ma progéniture grandir. Je ne vois pas ma femme s’éloigner. On aura tenu douze ans. Pas si mal. Elle me quitte le jour de notre anniversaire de mariage, le jour des treize ans d’Eustache, le jour des douze ans de la coupe du monde. Le 12 juillet 2010.

Elle a dressé les gamins contre moi. Ils ne veulent plus me voir. Ma maîtresse non plus. Je dégringole dans la neurasthénie et me met à collectionner les sous-bocks.

A quatorze ans Eustache sombre dans la drogue et contracte une hépatite. La même année Gertrude, treize ans, rencontre celui qui deviendra son époux, Jean-Claude 67 ans, SDF. Mon ex me rappelle, un soir de déprime alcoolisée. Je l’envoie sur les roses. Elle se jette par la fenêtre. Heureusement, elle habite en rez-de-chaussée. Malheureusement, une horde de zombies passe au même moment dans la rue en chantant des chansons paillardes. Et hop, un casse-croûte pour éponger la bière.

Mouais…

J’ai, sans doute, bien fait de rester célibataire.

Un petit conseil au passage. Si vous êtes en couple et si vous avez des enfants, ne dites jamais à un célibataire sans gamin(s) : « Quelle chance tu as ! La liberté, tout ça… » La plupart aura des envies de meurtre.

Non, mais sérieusement.

Gifnem29

10 commentaires sur “Laboratoire

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